CHAPITRE XX
tudesque des vers trop barbares pour que Philipson les pût bien comprendre, mais qu'on peut imiter ainsi :
Dispensateurs et des biens et df s manx , Donnez équerre, et compas et niveaux, Dressez Fautel, préparez le fossé , Où doit le sang bientôt être yersé ; Que six grands pieds en forment la longueur. Et qu''elle ait même une égale largeur. Vers le couchant le tribunal s'assemble ; Vers l'orient , le pâle accusé tremble : Frères, parlez , tout est-il bien fini ? Le rituel est-il bien accompli?
Un chœur nombreux sembla répondre à cette question. Beaucoup de voix, tant des personnes qui étaient déjà entrées sous la voûte que d'autres qui se trouvaient encore dans les différents corridors et passages qui communiquaient avec elle , et que Philipson conjectura alors être fort nombreux, s'unirent pour chanter la réponse suivante :
Pour la vie et pour l'àme et le sang et les os , Tout est, nous le jurons, réglé bien à propos.
Les voix, qu'on avait déjà entendues une première fois, reprirent alors :
Que m'apporte la nuit? le rayonnant malin De sa vive blancheur éclaire-t-il le Rhin ?
Quelle harmonie a murmuré son onde ?
L'oiseau, plus tard , dans le bocage gronde.
Frères, voyez sur le mont qui reluit ,
Et dites-moi ce qu'apporte la nuit.
Le chœur répliqua encore, mais moins haut que d'abord, et il semblait que les personnes à qui s'adressait la réplique étaient beaucoup plus éloignées qu'auparavant j néanmoins les paroles s'entendaient distinctement :
Déjà le jour approche, et sur le Rhin sans voiles, Lasses de leur repos, scintillent les étoiles ;
Aucun rayon ne brille à l'orient ;
Une voix crie en ce moment sur l'onde ;
Frère , elle exige du sang pour du sang :
U faut qu'enfin à son ordre on réponde.
Toutes les voix, encore plus nombreuses peut-être, chantèrent ensemble :
Debout! debout! qu'à la chute du jour La trahison par vous soit réprimée ; Rcodcz l'arrêt , frères ; c'est votre tour I La Tigilance vous est commandée.
Jamais ici la Tengeance ne veille :
Elle et la nuit s'entendent à merTsille.
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La nature des vers fit bientôt comprendre à Philipson qu'il était en présence des initiés ou sages, noms qui étaient ordinairement donnés aux fameux juges du tribunal secret qui subsistait encore , à cette époque , en Souab ' , en Franconie et dans d'autres districts de l'Allemagne, qu'on appelait, peut-être à cause de la terreur et delà fréquence des exécutions commandées par ces juges invisibles , la Terre-Rouge. Philipson avait souvent ouï dire qu'un franccomte, c'est-à-dire un président du tribunal secret, s'était même établi incognito sur la rive gauche du Pihin , et qu'il se maintenait en Alsace avec la persévérance habituelle de ces sociétés secrètes, quoique le duc Charles de l>ourgogne eût témoigné l'intention d'en découvrir et d'en paralyser l'influence , autant que possible, sans s'exposer aux coups de mille poignards que ce tribunal mystérieux pouvait diriger contre son sein... Redoutable moyen de défense qui long-temps rendit extrêmement dangereux pour les souverains de rAllemague, et pour les empereurs eux-mêmes, de dissoudre par autorité ces singulières associations.
Aussitôt que cette explication se présenta à l'esprit de Philipson comme un éclair, il crut pouvoir deviner quels étaient le caractère et le rang du prêtre noir de Saint-Paul, et supposant qu'il fût président ou membre principal de l'association secrète, il ne fallait pas s'étonner qu'il mît assez de confiance dans l'inviolabilité de son terrible office pour se croire capable de justifier l'exécution d'Hagenbach; que sa présence eût épouvanté Barthélémy qu'il avait la puissance déjuger et d'exécuter sur place, et que sa simple apparition au milieu du souper, le soir précédent , eût glacé d'eff'roi tous les convives; car, quoique tout ce qui concernait cette institution, ses actes et ses membres fût couvert d'une profonde obscurité, comme l'est à présent la franc-maçonnerie , néanmoins le secret n'était pas toujours si bien gardé qu'on ne pût soupçonner certains individus d'être initiés aux mystères , ou investis d'uue haute autorité par les réglemens véhmiques. Quand un tel soupçon s'attachait à une personne , son pouvoir secret et sa connaissance supposée de tous les crimes, si cachés qu'ils fussent, qui s'étaient commis dans la juridiction de la société dont elle faisait partie, la rendaient un objet de frayeur et de haine pour ceux qui la rencontraient; et elle jouissait à un haut degré de ce respect personnel qu'on aurait témoigné à un puissant enchanteur ou à un mauvais génie. Quand