‹ Anne de GeiersteinChapitre 142 sur 246 · LA SOUBRETTE · texte numérisé non relu

LA SOUBRETTE

Arrière ces idées!... le monde où règne la suprême sagesse doit s'être créé de lui-même , ou avoir reçu la création de toi , maternelle nature ! car, qui fertilise comme toi les bords du Rhin majestueux? Ici Childe- Harold contemple une œuTre divine, une réunion da tontes les beautés , ruisseaux et valions , fruits , feuillages, rochers , bois, montagnes , champs, vignes, châteaux sans maîtres , disant de sombres adieux à la gloire avec leurs murs gris , mais couverts de verdure où habite la ruine.

Lord Byron. Pèlerinage de Childe-Earold , ch. m.

Lorsque Arthur Philipson quitta son père pour monter sur la barque qui devait le transporter sur l'autre rive du Rhin, il ne prit que peu de précautions pour s'assurer des moyens de subsistance durant une séparation qu'il calculait ne devoir être que fort courte. Les simples vêtements nécessaires pour changer , et quelques pièces d'or étaient tout ce qu'il crut indispensable de prendre avec lui j il laissa le reste du bagage et de l'argent, avec le cheval de somme, pensant que son père en aurait besoin pour soutenir son rôle de marchand anglais. Dès qu'il fut entré avec son bidet et son léger bagage dans une barque de pêcheur, le màt temporaire fut dressé, la voile étendue le long de la vergue , et soutenue par la force du vent contre la rapidité du torrent qui l'entraînait en sens contraire, la barque traversa le fleuve obliquement dans la direction de Kirch-Hoff, qui, comme nous l'avons dit, est situé un plus bas que la chapelle de Hans. Leur passage fut si heureux qu'ils atteignirent la rive opposée en quelques minutes, mais non pas si vite qu'Arthur , dont les yeux et les pensées étaient fixés sur la rive gauche, ne pût voir son père quitter la chapelle du Bac, accompagné de deux cavaliers , qu'i conclut aisément être le guide Barthélémy et quelque autre voyageur qui par hasard s'était joint à eux. Mais l'un des deux , comme nous l'avons déjà rapporté, était le prêtre noir de Saint-Paul.

Cette augmentation de compagnie, il n'en pouvait douter, devait rendre probablement la sûreté de son père plus complète , puisqu'il n'était pas présumable qu'il aurait consenti à prendre de force un camarade de route, et qu'au contraire, en se l'adjoignant

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de bonne volonté , il pouvait s'en faire un protecteur dans le cas où son guide ne serait qu'un traître. D'ailleurs il avait à se réjouir d'avoir vu son père s'éloigner sain et sauf du lieu où ils avaient raison de craindre qu'un danger ne les attendît. Il résolut donc de ne pas se reposer à Kirch-Hoff, mais de poursuivre son chemin aussi vite que possible vers Strasbourg , et de s'arrêter , quand l'obscurité le forcerait à faire halte, dans un de ces villages qui étaient situés sur la rive allemande du Rhin. Il se flattait, une fois arrivé à Strasbourg ( car la jeunesse ne doute de rien ), de pouvoir aisément rejoindre son père; et s'il ne parvenait à bannir toute inquiétude à propos de leur séparation , il entretenait avec amour l'espérance de l'y rencontrer sain et sauf. Après avoir permis à son cheval de manger une mesure d'avoine et de se reposer un peu , il ne perdit pas de temps pour continuer son voyage le long du large fleuve.

Il se trouvait alors sur la rive la plus intéressante du Rhin , car de ce côté le fleuve est comme défendu et emprisonné par les montagnes les plus romantiques , tantôt revêtues d'une végétation aux riches couleurs, diversifiée par les mille teintes de l'automne; tantôt surmontées de forteresses qui déployaient au dessus de leurs portes les bannières des orgueilleux possesseurs ou parsemées de hameaux où la fertilité du sol procurait au pauvre laboureur une nourriture dont la main oppressive de son seigneur menaçait toujours de le priver. Chaque ruisseau qui dans cette partie porte au Rhin le tribut de ses eaux , serpente au fond de la vallée dont il est le souverain , et toutes les vallées possèdent an caractère différent et varié , les unes riches de pâturages , de champs à blé et de vignobles , les autres effrayantes par leurs rocs , leurs précipices et leurs beautés pittoresques.

Les principes du goût n'avaient pas encore été expliqués ou analysés comme ils l'ont été depuis dans des contrées où l'on a trouvé le temps de se livrer à cette investigation. Mais les sentiments que produit la vue d'un paysage aussi riche que celui qui se déployait sur la vallée du Rhin , doivent avoir été les mêmes dans tous les cœurs depuis l'époque où notre Anglais poursuivit sa route solitaire le long du fleuve, en butte à l'inquiétude et au danger, jusqu'à celle où (-hilde-Harold indigné fit entendre en ces lieux enchanteurs un superbe adieu à sa terre natale , pour aller chercher en vain un pays où son cœur pût battre avec moins de violence.

Arthur jouissait de cette scène, quoique le jour faiblissant comment^ât à lui rappeler que, seul et voyageant avec un objet d'une

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