‹ Anne de GeiersteinChapitre 145 sur 246 · CHAPITRE XXI. 28T · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 28T

revenus du riche domaine entourant le château étaient une compensation suffisante aux peines de cet officier , et il avait soin de ne pas s'exposer à les perdre en négligeant son devoir. Il avait été récemment rappelé , et il paraissait qu'actuellement la jeune baronne d'Arnheim avait trouvé un asile dans les tours désertes de ses ancêtres.

La jeune Suissesse ne laissa point au voyageur le temps d'étudier en détail l'extérieur du château , ou de trouver le sens des emblèmes et des devises où dominait le caractère oriental dont il était couvert en dehors, et qui attestaient de différentes manières, plus ou moins directement , l'amour des fondateurs de cet immense édifice pour les sciences des sages de l'Orient. Avant même qu'il pût se livrer à un examen un peu détaillé des bâtiments , la voix de la jeune fille se fit entendre vers un angle de la muraille où se trouvait un avancement d'où une longue planche s'étendait sur un fossé sec, et communiquait avec une fenêtre dans laquelle se tenait Annette.

« Vous avez déjà oublié les leçons que vous avez prises en Suisse, » dit-elle en observant qu'Arthur ne s'avançait que timidement sur le pont-levis fragile et temporaire.

La réflexion qu'Anne, sa maîtresse, pourrait faire la même observation, rappela le jeune homme au degré de calme nécessaire. Il passa sur la planche avec le même sang-froid qu'il apprit à montrer en bravant le pont plus terrible encore qui se trouvait au bas du château ruiné de Geierstein. Une fut pas plus tôt entré sous la fenêtre qu'Annette, retirant son masque, lui souhaita la bienvenue en Allemagne et auprès de vieux amis dont les noms étaient nouveaux.

« Anne de Geierstein , dit-elle , n'existe plus ; mais vous verrez à présent madame la baronne d'Arnheim , qui lui ressemble d'une manière frappante; et moi, qui étais Annette Veilchen en Suisse, suivante d'une demoiselle qui n'était pas plus grande dame que moi-même, je suis maintenant femme de chambre de la jeune baronne , et je tiens à distance toute personne de qualité inférieure. — Si, en de telles circonstances, répliqua le jeune Philipson, vous jouissez du crédit dû à votre mérite , permettez-moi de vous prier de dire à la baronne , puisque nous devons maintenant l'appeler ainsi, que mon ignorance seule du chemin m'a obligé à venir la gêner en son château. — Allez, allez , » repartit la jeune fille en riant , c je sais mieux ce qu'il me faut dire en votre faveur : vous

n'êtes pas le premier pauvre homme ou pèlerin qui aurait gagné les bonnes grâces d'une grande dame ; mais je vous réponds que ce n'était pas en faisant d'humbles excuses , en alléguant qu'on était venu sans intention. Je l'entretiendrai d'un amour que toute l'eau du Rhin ne pourrait refroidir et qui vous a amené ici, ne vous laissant pas d'autre choix que d'y venir ou de périr ! — Oh ! mais Annette, Annette... — Mon Dieu! que vous êtes sot; raccourcissez un peu mon nom , criez Anne , Anne ! et vous aurez alors plus de chance qu'on vous réponde !... »

A ces mots, la vive soubrette sortit en courant de la chambre, enchantée , comme une montagnarde de son caractère devait l'être, d'avoir feit ce qu'elle aurait désiré qu'on fît pour elle, d'avoir tâché par pure bienveillance de réunir deux amants lorsqu'ils étaient à la veille d'une séparation inévitable.

Ainsi satisfaite d'elle-même , Annette monta rapidement un escalier tournant et étroit, conduisant à un cabinet de toilette où la jeune maîtresse était assise, et s'écria dès son entrée : « Anne de Gei.... je veux dire madame la baronne, ils sont arrivés! ils sont arrivés ! — Les Philipson? » dit Anne , respirant à peine en faisant cette question.

« Oui... non... répondit la soubrette; c'est-à-dire oui... car le meilleur des deux est arrivé : c'est Arthur. — Que dis-tu donc , ma fille? M. Philipson le père n'est-il pas avec son fils? — Non, en vérité , et .je n'ai pas même songé à m'informer de lui. Il n'a jamais été de mes amis, ni l'ami de personne, excepté du vieux landamman ; et i's se rencontraient bien pour faire une couple de benêts , ave: leurs éternels proverbes à la bouche, et leurs soucis sur le front.— Méchante! fille étourdie ! qu'as-tu fait? ne t'avais-jc pas avertie et commandé de les amener tous deux ici? Et tu amènes le jeune homme seul dans un lieu où nous sommes presque en solitude! Que va-t-il... que pourra-t-il penser de moi? — Mais que pouvais-je donc faire? • répliqua Annette, qui ne se tenait pas pour battue. « Il était seul, devais-je l'envoyer au village pour qu'il y fût assassiné par les lansquenets du rhingrave? Tout ce qui tombe dans leur filet, je pense, est poisson pour eux. Et comment lui est-il possible de traverser un pays qui est hérissé de soldats errants, de barons voleurs, j'en demande pardon à Votre Seigneurie, et de bandits italiens qui accourent sous l'élendard du duc de Hourgogne , pour ne pas parler du plus grand sujet de crainte qui , d'une manière ou d'une autre , n'est jamai?

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