CHAPITRE XXIII
se réveilleront le matin , ils marcheront infailliblement contre ce château, et vous courriez risque de tomber entre les mains de gens qui regarderaient les terreurs du château d'Arnheim comme fictions d'un conte de fée, et riraient des prétentions de la maîtresse à l'honneur et au respect. — Est-il impossible de faire résistance? demanda la jeune baronne. Le château est bien fortifié, et il me répugne de quitter la maison de mes pères sans rien tenter pour notre défense. — Cinq cents hommes, répliqua Schreokenwald, pourraient garder Arnheim , ses créneaux et ses tours. Ave« un nombre moindre , ce serait folie que d'essayer à défendre une telle étendue de murailles ; et comment rassembler vingt soldats? Assurément, je n'en sais rien.... Maintenant donc que vous êtes instruite de ce dont il s'agit, permettez-moi , je vous prie, de congédier cet hôte... trop jeune, je pense, pour loger dans le boudoir d'une dame... et je lui indiquerai le plus court chemin pour s'éloigner du château, car nous sommes dans une position où il faut nous contenter de veiller à notre propre sûreté. — Et où vous proposezvous d'aller? » répliqua la baronne , continuant à maintenir, à l'égard d'Ital Schreckenwald , cet air de calme et de supériorité absolue qui excitait chez le sénéchal des marques d'impatience telles qu'on en remarque dans un fier coursier que dompte un cavalier habile.
« Je me propose d'aller à Strasbourg.... c'est-à-dire, si la chose vous plaît.... avec la faible escorte que je pourrai réunir d'ici à demain. J'espère que nous ne serons pas observés par les rebelles; ou si nous tombons dans une bande de maraudeurs, je pense que nous n'aurons pas de peine à forcer le passage. — Et pourquoi préférez-vous Strasbourg comme lieu d'asile? — Parce que j'espère que nous y rencontrerons le père de Votre Excellence , le noble comte Albert de Geierstein. — C'est bien. Vous parliez aussi, je pense, signer Philipson, de vous rendre à Strasbourg. Si la chose peut vous convenir, profitez de la protection de mon escorte jusqu'à cette ville , où vous comptez rencontrer votre père. »
On croira sans peine qu'Arthur donna avec joie son assentiment à une proposition qui devait prolonger le temps qu'ils avaieut à passer ensemble, et qui pouvait, comme l'en avertissait son imagination romanesque , lui fournir l'occasion , sur une route semée de périls, de rendre quelque important service.
Ital Schreckenwald essaya quelques remontrances.
« Madame! madame! » dit-il avec des marques d'impatience.
« Reprenez haleine et donnez-vous le temps, Schj-eckenwald ,
ANNE DB GEIBRSTEIM. 20
vous serez alors plus capable de vous exprimer^nettement et avec
le respect convenable. »
L'impatient vassal murmara un jurement entre ses dents, et répondit avec une politesse forcée : « Permettez-moi de vous répéter que notre situation exige que nous ne nous chargions de veiller à personne qu'à vous-même. Nous serons déjà assez peu pour vous défendie , et je ne puis permettre à un étranger de voyager avec nous. — Si je concevais, dit Arthur, que je dusse être uu embarras iautUe à la retraite de celte noble jeune dame, tous les trésors du monde , seigneur écuycr, ne me feraient pas accepter son offre. Mais je ne suis ni une femme ni un enfant... je suis homme fait , et disposé à prendre avec courage la défense de votre maîtresse. ~ Si nous ne devons contester ni votre valeur ni votre adresse. Jeune homme, répliqua Schretkenwald, qui nous répondra de votre fidélité?— n serait dangereux, dit Arthur, de m'adresser ai.leurs une pareille question. »
Mais Anne s'interposa entre eux : « Il faut, dit-elle, aller prendre du repos, et nous tenir prêts à être réveillés, peut-être le serons-nous avant la pointe du jour. Schr^eckenwald , je vous confie le soin de veiller convenablement et de placer des sentinelles.... Vous avez assez d'hommes, pour cela du moins.... Maintenant, écoutez-rfloi et ne l'oubliez pas : c'est mon désir et ma volonté que ce jeune homme soit logé dans le château pour cette nuit, et qu'il fasee demain route avec nous. Je répondrai de ma conduite à mou père, et \otre rôle consiste seulement à exécuter mes ordres. J'ai long-temps eu l'occasion de connaître et cet étranger et son père, qui furent tous deux hôtes de mon onche le landamman. Durant 1^ roule , vous tiendrez ce jeune homme à côté de vous , et vous le Ifaileiez avec autant do politesse que vous le permettra votre caractère grossier. »
Ital Schreckenvvald annonça qu'il obéirait par un regard plein d'une amertume qu'il serait impossible de décrire. Il exprimait le dépit, la mortification, l'orgueil humilié et une .soumission involontaire. Il se résigna néanmoins, et conduisit le jeune Philipson dans une chambre décente où se trouvait un lit que la fatigue et l'agitation de la journée précédente Im rendirent très agréable.
Malgré l'ardeur avec laquelle Arthur attendait le lever d.' l'aurove, i^on sommeil profond, fruit de la fatigue, le retint jusqu'à 1 in ta; t < ù l'ori* ni c inmença à rougir, quand la voix de Schreckenvvald lui cria : - Uolà! seigneur anglais, levez-vous donc, si