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CHAPITRE XXIV

pour en visiter d'autres ou pour aller vaquer aux affaires du monde.

Mais Arthur Philipson remarqua que , tandis qu'ils s'éloignaient tous les uns après les autres , la grande femme qui avait reçu l'aumône de son père demeurait toujours agenouillée près de l'autel , et il fut encore plus surpris de voir son père lui-même, qui ( et il avait de bonnes raisons pour le croire) ne désirait passer à l'église que le temps nécessaire pour remplir exactement ses devoirs de dévotion, restait aussi à genoux, les yeux fixés sur la dévote au long voile, car son costume annonçait qu'elle était dévote, comme si ses propres mouvements dussent être réglés par les siens. Mais nulle idée ne se présentait à l'esprit d'Arthur qui pût lui permettre de faire la moindre conjecture sur les motifs de son père... Il savait seulement qu'il était engagé dans une négociation critique et dangereuse, susceptible d'être arrêtée ou interrompue sur différents points; et que les soupçons politiques étaient si généralement éveillés en France , en Italie et en Flandre , que les agents les plus importants étaient souvent obligés de prendre les déguisements les plus impénétrables pour se glisser sans soupçon dans les pays où leurs services étaient jugés nécessaires. Louis XI, en particulier, dont la singulière politique semblait , pour ainsi dire , donner un caractère propre au siècle où il vivait , était bien connu pour avoir déguisé ses principaux émissaires et envoyés sous les costumes fictifs de moines mendiants , de ménestrels , d'égyptiens et d'autres vagabonds privilégiés de la basse classe.

Arthur conclut donc qu'il n'était pas improbable que cette femme fût, comme eux-mêmes, déplus d'importance que ne l'annonçaient ses vêtements ; et il résolut d'observer la conduite de son père à son égard, et de régler ses propres actions en conséquence. Une cloche annonça enfin que la messe allait être célébrée avec plus d'éclat sur le maltre-autel même de la cathédrale , et le son de cette cloche fit sortir de la chapelle isolée de Saint-George le peu de fidèles qui étaient restés devant l'image du saint guerrier, à l'exception d'Arthur et de son père , ainsi que de la pénitente qui était agenouillée vis-à-vis d'eux. Quand la dernière personne se fut retirée, la femme se leva et s'avança vers le vieux Philipson qui , croisant les bras sur sa poitrine et b-iissant la tête dans une attitude d'obéissance que son fils ne lui avait jamais vu prendre, sembla plutôt attendre ce qu'elle avait à dire que se préparer à parler lui-même. Il y eut une pause. Quatre lampes allumées devant l'autel du

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saint jetaient une pâle lumière surfson armure [et son coursier : il était représenté au mom. nt où il transperce avec sa lance le dragon terrassé, dont les ailes étendues et le cou contourné étaient en partie éclairéslpar Ja lueur des laropes. Le reste de la chapelle recevait un faible éclat du soleil d'automne qui ne se frayait qu'à grand'peine un passa {^e à travers les châssis de plomb d'une petite fenêtre en ogive , seule ouverture par laquelle l'air pût pénétrer ; les rayons tombaient, douteux et décolorés et conservant les différentes couleurs des verres qu ils li aversaieut , sur les formes imposantes de cette femme , quoique abattue et inclinée par l'âge , sur la figure du père mélancolique et inquiet , sur celle du fils enfin qui, avec le vif intérêt propre à la jeunesse, soupçonnait et conjecturait les conséquences extraordinaires d une si singulière entrevue.

Enfin la femme s'approcha du même côté de l'autel qu'Arthur et son père , comme puur être comprise plus facilement sans être obligée d'élever davantage la voix lente et solennelle qu'elle avait déjà fait entendre.

« Adorez-vous ici, dit-elle, le saint George de Bourgogne, ouïe saint George de la joyeuse Angleterre, la fleur de la chevalerie? — Je révère , » répondit Philipson en croisant avec humilité les bras sur la poitrine, « le saint auquel cette chapelle est dédiée, et le Dieu près de qui j'espère sa sainte intercession, soit ici soit dans mon pays natal. — Ainsi... vous, rép;iqua la femme , vous-même, vous avez pu oublier... vous, vous-même qui étiez au nombre de ceux qu'on regardait comme le miroir de la chevaleri'^... vous avez pu oublier que vous avez prié Dieu dans la royale église de Windsor... que vous y avez plié un genou orné de la Jarretière , alors que des princes et des rois s'agenouillaient autour de vous... vous avez pu l'oublier ! et vous faites vos prières devant un autel étranger , sans que votre cœur soit aucunement troublé par la pensée de ce que vous fûtes !... vous demandez , comme quelque pauvre paysan , le pain et la vie pour le jour qui s'écoule. — Madame , répliqua Philipson, aux jours de ma plus giande prospériié, je n'étais devant l'Être auquel mes prières s'adressaient que comme un ver dans la poussière... à ses yeux, je ne suis maintenant ni plus ni moins, si dégradé que je puisse être dans l'opinion des reptiles, mes semblables. — Cornaient peux-tu penser ainsi? répliqua la dévote; et pourtant il est hcui eux pour toi que lu le puisses ; mais quels ont été tes malheurs en comparaison des miens ?

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