‹ Anne de GeiersteinChapitre 169 sur 246 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

nous devrions le trouver prêt à nous secourir , mes amis d'Angleterre sont résolus à ne pas tirer Tépée sans hommes et sans argent fournis par le duc de Bourgogne. — C'est une crainte, mais non la pire de toutes. Je redoute davantage la politique de Louis qui, à moins que mes espions ne m'aient grossièrement trompée , a déjà même proposé une paix secrète à Edouard , lui offrant des sommes considérables pour acheter l'Angleterre des Yorkistes et conclure une trêve de sept ans. — Impossible !... aucun Anglais commandant une armée semblable à celle que conduit actuellement Edouard n'oserait , ne fîit-ceque par honte , sortir de France , sans avoir fait une courageuse tentative pour recouvrer ses provinces perdues. — Telles auraient été les pensées d'un prince légitime , dit Marguerite , qui eût laissé derrière lui un royaume obéissant et fidèle ; telles ne peuvent être les pensées de cet Edouard, mal nommé Plantagenet, vil peut-être d'esprit comme de naissance, puisque son véritable père fut, dit-on, un Blackburn, un archer de Middleham... usurpateur du moins, sinon bâtard... * telles ne seront pas ses pensées. Chaque brise qui souffle d'Angleterre apportera avec elle des craintes de défection parmi les sujets sur lesquels il exerce sa puissance usurpée ; il ne dormira point en paix , qu'il ne retourne en Angleterre avec ses coupe-gorges , grâce auxquels il espère défendre la couronne qu'il a volée. Il ne s'engagera jamais en guerre avec Louis, car Louis n'hésitera point à flatter son orgueil en s'humiliant... à gorger son avarice et à nourrir sa voluptueuse prodigalité avec des sommes d'or; et je crains beaucoup que nous n'entendions bientôt dire que l'armée anglaise se retire de France avec la vaine vanterie d'avoir déployé ses bannières une fois de plus , pour une semaine ou deux , dans les provinces qui jadis leur appartenaient. — Nouveau motif pour nous de presser Bourgogne afin qu'il se décide; et dans ce dessein je pars pour Dijon. Une armée aussi nombreuse que celle d'Edouard ne peut traverser ce détroit qu'eu plusieurs semaines. Il est probable qu'elle passera l'hiver en France, quand même la trêve se conclurait avec le roi Louis. Avec mille lances du Hainaut rassemblées dans la partie orientale de la Flandre , je puis être bientôt dans le Nord où nous avons beaucoup d'amis , outre l'assurance du secours de l'Ecosse. Le fidèle Occident se soulèvera au premier signal... on pourra trouver un CUfford , bien que les brouillards des montagnes l'aient dérobé aux

1. Le parti Lancastre jetait sur Edouard VI l'imputation d« b&tardijse » V^ itoit tQtalemeat dénu«« do fondement, à. ai.

S5i ANNE DE GEIERSTEIN.

recherches de Richard... Les Gallois s'assembleront au mot magique de Tudor... la Rose-Rouge relève encore une fois la tête... et alors : " Dieu protège le roi Henri ! » — Hélas!... mais il n'est pas mon époux... pas mon ami... seulement fils de ma belle-mère et d'un capitaine gallois... froid, dit-on, et rusé... mais soit enfin... que je voie seulement Lancastre triompher et obtenir vengeance d'York, et je mourrai contente! — Votre bon plaisir est-il donc toujours que je fasse les offres que me marquaient les derniers ordres de Vptre Majesté , pour décider Bourgogne à épouser votre cause? S'il entend parler d'une proposition de trêve entre la France et l'Angleterre , ce sera pour lui un stimulant plus vif que tout ce que je pourrai dire. — Promettez tout néanmoins... Je connais le fond de son âme... il ne songe qu'à étendre de tous les côtés les domaines de sa maison. Aussi s'est-il emparé de la Gueldre... aussi inond»vt-il, occupe-t-il maintenant la Lorraine... aussi convoite-t-il les pauvres restes de Provence que mon père appelle encore sa propriété. Après ces augmentations de territoire, il se propose de changer son diadème ducal contre une couronne de souverain indépendant. Dites au duc que Marguerite peut seconder ses vues... dites-lui que mon père René lèvera l'opposition par lui faite à l'occupation de la Lorraine par les soldats de Bourgogne... il fera plus... il déclarera Charles son héritier pour la Provence de mon plein consentement... Ajoutez que le vieillard lui cédera tous ses domaines à l'instant où ses lanciers du Hainaut s'embarqueront pour l'Angleterre, en se réservant une petite pension pour entretenir un concert de musiciens et une troupe de danseurs moresques : tels sont les seuls besoins de René en ce monde. Les miens sont moins nombreux... vengeance sur York et la mort ensuite !... Pour le peu d'or qui peut nous être nécessaire, vous avez des joyaux à donner en gage... quant aux autres conditions, toutes les sûretés qu'on demandera. — En fait de sûretés, madame, je donnerai ma parole de chevalier, en addition à votre parole royale; et si Ton exige plus, mon fils restera en otage près du duc de Bourgogne. — Oh! non... non ! • s'écria la reine détrônée, cédant au seul sentiment peut-être, à la seule tendresse que des infortunes réitérées et extraordinaires n'avaient pas tarie en elle ; « ne hasardez pas la vie de ce jeune homme... lui qui est le dernier de la loyale et fidèle maison de Vcre... lui qui aurait dû être le compagnon d'armes de mon bien-airaé Edouard... lui qui a été si près de le suivre dans une tombe sanglante et prématurée 1

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