CHAPITRE XXV. 33î
— Vous dites bien, comte. Clarenee a trahi son beau-frère ; Louis a empoisonné son ft'ère... Les affections domestiques, bah! elles peuvent bien se tenir chaudement au coin du feu d'un simple particulier, mais elles ne peuvent venir ni sur les champs de bataille ni dans les palais des princes où le vent souffle froid. Non , mon alliance avec Edouard par un mariage ne me sera pas d'un grand secours en cas de besoin. Je consentirais aussi volontiers à monter un cheval indompté sans meilleure bride qu'une jarretière ; mais que résultera-t-il ? II fera la guerre avec Louis : quel que soit le vainqueur, moi que doit renforcer leur mutuelle faiblesse, j'en tirerai avantage... les Anglais tueront les Français avec leurs flèches d'une aune , et les Français par des escarmouches affaibliront , ruineront et détruiront les Anglais, Au printemps j'entrerai en campagne avec une armée supérieure aux leurs , et alors , saint George pour Bourgogne ! — Et si , en attendant , Votre Altesse daignait seconder, même le moins du monde, la cause la plus honorable pour laquelle chevalier mit jamais sa lance en arrêt... une faible somme d'argent et un corps peu nombreux de lances du Hainault qui gagneraient et réputation et fortune à nous servir , peuvent remettre le malheureux héritier de Lancastre en possession des domaines qui lui appartiennent légalement par droit de naissance. — Oui vraiment, seigneur comte, dit le duc , vous en venez sans gène à votre but ; mais nous avons vu et même secondé tant de variations de fortune entre York et Lancastre , que nous ne savons guère quel est le parti en faveur duquel le ciel s'est déclaré pour le droit, et le peuple pour le pouvoir effectif; nous sommes vraiment étourdis à la vue de toutes les révolutions extraordinaires dont l'Angleterre a été le théâtre. — Preuve, monseigneur, que ces changements ne sont pas encore finis, et que votre généreuse assistance peut donner au meilleur parti un heureux retour de fortune. — Et prêter à ma cousine Marguerite d'Anjou mon bras pour détrôner le frère de ma femme? Peut-être mérite-t-il peu de bienveillance de ma part, puisque lui et ses insolents nobles m'ont pressé avec des remontrances, et même avec des menaces, de laisser de côlé toutes mes autres importantes affaires, et de me joindre à Edouard, Dieu me pardonne ! dans une expédition de chevalier errant contre Louis. Je marcherai contre lui à mon temps , pas plus tôt; et par saint George ! ni roi ni noble d'outre- mer ne feront la loi à Charles de Bourgogne. Vous êtes des compères diablement fins, vous autres Anglais d'un parti comme de l'autre , qui pensez que les affai-
res de votre méchante île doivent intéresser tout le monde autant que vous-mômes ; mais ni ceux d'York, ni ceux de Lancastre, ni mon frère Blackburn , ni ma cousine Marguerite d'Anjou , même avec John de Vere, pour la soutenir, ne parviendront à m'abuser. On ne leurre pas le faucon avec des mains vides. >
Oxford familier aves le caractère du duc le laissa se déchaîner à loisir contre l'insolence de quiconque prétendrait diriger sa conduite , et lorsqu'il garda enfin le silence , il répondit avec calme : « Faut- il que je vive pour entendre le duc de Bourgogne , le miroir de la chevalerie européenne, dire qu'on ne l'a engagé par aucune bonne raison à seconder une entreprise où justice doit être rendue à une reine abandonnée... où une royale maison doit être relevée de la poussière? Ny a-t-il point là los et honneur immortels ? La trompette de la Renommée ne doit-elle pas proclamer le nom du souverain qui seul daas un siècle dégénéré a su unir les devoirs d'un généreux chevalier à ceux d'un prince indépendant?... »
Le duo l'interrompit en lui frappant en même temps sur l'épaule... <• Et les cniq cents musiciens du roi René pour racler à ma louange leurs maudits violons? Et le roi René lui-même pour les écouter et pour dire : « Bien combattu, duc!... bien joué, musicien!» Je vous le déclare, John d'Oxford, quand nous portions vous et moi une armure vierge , des mots tels que renommée, honneur, /o.y, gloire de chevalier , amour des dames et autres semblables étaient d'excellentes devises pour nos boucliers blancs comme la neige , et d'assez bons arguments pour rompre des lances. . . oui , et aujourd'hui même en champ clos , quoique un peu vieux pour ces vaillantes folies, j'exposerais encore ma personne dans une semblable quer lie , comme il convient à un chevalier de l'ordre ; mais quand il s'agit de débourser des couronnes et d'embarquer de nombreux esrcadrons, nous devons pouvoir donner à nos sujets quelque excuse valable peur les engager ainsi dans une guerre, alléguer un motif d'intérêt public... ou un avantage à nous personnel, ce qui, par saint George, est lu même chose. Voilà le chemin que prend tout le monde , et pour vous dire franchement la vérité, Oxfoid, c'est aussi celui là que je veux suivre. — A Dieu ne plaise que je m'attende à voir Votre Altesse agir autrement que pour augmenter le bien-être de vos sujets... c'e>t-à-dire pour accroître, comme Votre Grâce i'a si bien dit, votre propre pui.»sance , vos propres domaine.^. L'argent que nous deinaudous n'e.st pas un simple cadeau , mais un prêt; et Marguerite cousent à laisser eu gage