‹ Anne de GeiersteinChapitre 175 sur 246 · CHAPITRE XXV. Kl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. Kl

les joyaux dont Votre Grâct connaît la valeur , jusqu'à ce qu'elle vous ait rendu la somme que votre amitié peut lui avancer dans le besoin où elle se trouve. — Ah ! nh ! dit le duc, notre cousine voudrait-elle faire de nous un prêteur sur gage etnousmettre dans le cas d'agir à son égard comme unusiirier juif à l'égard de son débiteur?... Oui, en vérité; pourtant, Je puis avoir besoin de ces diamants, car si cette affaire était faisable plus tard, il serait possible qu'il me fallût emprunter moi-mê ne pour obvier au manque d'argent de ma cousine. Je me suis adressé aux États du duché qui sont assemblés en ce moment, et j'attends d'eux, comme de juste, un bon subside. Mais j'ai là des têtes turbulentes et des mains serrées : je puis donc me trouver sans mailles ni sous... En attendant , mettez vos joyaux sur la table. . bien , admettons que ma bourse ne doive pas souffrir par suite de la prouesse de chevalier errant que vous me proposez , encore les princes ne s'engagent-ils pas dans une guerre sans quelque espoir d'avantage? — Ecoutez-moi, noble souverain, vous êtes naturellement ambitieux d'unir les grands États de votre père et ceux que vous avez acquis par la force des armes , en un duché ferme et compacte... — Dites en un royaume, interrompit Charles, le mot est plus propre. — En un royaume dont la couronne reposera aussi belle , aussi brillante sur le front de Votre Altesse , que celle de France sur la tète de votre suzerain actuel, le roi Louis. — Il ne fallait pas tant de finesse que vous en avez pour voir que tel est mon dessein; autrement, pourquoi seraisje ici le casque en tête et l'épée au côté ; et pourquoi mes troupes occuperaient-elles les places fortes de la Lorraine , chasseraient-elles devant soi le mendiant de Vaudemont, qui a l'insolence de réclamer cette province comme un héritage? Oui , mon ami , l'agrandissement de la Bourgogne est un motif qui fera toujours combattre le duc de ce beau domaine, tant qu'il pourra mettre le pied dans l'étrier. — Mais ne pensezvous pas , dit le comte anglais , puisque vous me permettez de vous parler avec franchise, du ton d'une vieille connaissance; ne pensez vous pas que sur cette carte de vos domaines , du reste si bien bornés , il y a quelque chose vers la frontière du sud qui pourrait être arrangé plus avantageusement pour un roi de Bourgogne ? — Je ne devine pas où vous en voulez venir, » répondit le duc en regardant un plan de son duché et de ses autres possessions , vers lequell'Anglais avait attiré son attention ; puis tournant son grand œil vif sur la figure du comte banni :

f Je voulais vous dire, répliqua celui-ci, que, pour un prince

aussi puissant que Votre Altesse , il n'y a de voisin sûr que la mer. Voici la Provence qui se trouve entre vous et la Méditerranée, la Provence avec ses ports magnifiques, ses champs de blé et ses vignobles si fertiles. Ne serait-il pas bien de renfermer dans la carte de votre royaume et de toucher ainsi la mer du milieu d'un côté , et de l'autre celle qui baigne les côtes de Flandre? — La Provence, dites-vous? » répliqua le duc avec chaleur ; « ma foi, ami, je ne vois dans mes rêves que la Provence. Je ne puis sentir une orange sans qu'elle m'en rappelle les bois et les bosquets embaumés, les olives, les citrons et les grenades. Mais comment réaliser mes prétentions sur ce point? 11 serait honteux de ma part de troubler René, cet innocent vieillard , moi surtout qui suis son proche parent. Puis il est oncle de Louis , et très probablement , à défaut de sa fille Marguerite, ou peut-être de préférence à elle, il a déjà nommé le roi de France son héritier. — De plus hautes prétentions pourraient être élevées parla personne même de Votre Altesse, dit le comte d'Oxford, si vous vouliez prêter à Marguerite d'Anjou le secours qu'elle vous demande. — Prenez l'assistance que vous demandez, » répliqua aussitôt le duc j « prenez-en le double en hommes ainsi qu'en argent; que j'aie seulement un droit à faire valoir sur la Provence, fùt-il aussi faible qu'un cheveu de votre reine Marguerite, et seul

je me charge de le rendre plus fort qu'un câble quadruple mais

je suis bien fou d'écouter les rêves d'un homme qui , ruiné luimême, ne peut rien perdre en faisant concevoir aux autres les plus extravagantes espérances. »

En parlant ainsi , Charles respirait fortement et changeait de couleur.

« Je ne suis pas un tel homme , monseigneur duc , répliqua le comte. Écoutez-moi... René est accablé d'années, ne demandant que du repos, et trop pauvre pour maintenir son rang avec la dignité nécessaire; trop bon de caractère, ou trop faible d'esprit pour mettre de nouveaux impôts sur ses sujets; las de lutter contre la mauvaise fortune et désireux de céder son territoire... — Son territoire? — Oui, tout ce qu'il possède actuellement; et les domaines beaucoup plus étendus qu'il avait à réclamer, mais qu'il s'est laissé prendre. — Vous m'ôtez la respiration! René, céder la Provence! Et que dit Marguerite la fière, la hautaine Marguerite?... Souscrira-t-elle à des conditions si humiliantes? — Pour la chance de voir Lancastre triompher en Angleterre, elle renoncerait non seulement à tout domaine , mais encore à la vie. Il est

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