‹ Anne de GeiersteinChapitre 182 sur 246 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

ble, quoique secret ?|Songez , noble prince, à la position où se trouve votre trône , quoiqu'il déploie encore toute la splendeur de la puissance , et conserve encore les fondements solides qui appartiennent à un si auguste e'difîce. Je dois , moi , l'ami de votre maison, dû': ma franchise me coûter la vie, je dois vous dire que les Suisses menacent votre tête comme une avalanche, et que les associations secrètes travaillent sous vos pas comme les premières commotions d'un tremblement de terre qui se prépare. Ne provoquez pas la guerre , et la neige restera tranquille sur le flanc de la montagne... L'agitation des vapeurs souterraines sera assoupie; mais un seul mot de défi, une seule étincelle d'indignation dédaigneuse peuvenl. changer leurs terreurs en actes d'agression. — Vous parlez , répliqua le duc , avec plus de crainte pour une bande de manants nus ou une troupe d'assassins nocturnes , que je ne vous en ai jamais vu montrer pour un véritable péril. Pourtant je ne mépriserai pas votre conseil... j'écouterai patiemment les envoyés suisses, et je ne laisserai pas voir , si je peux y parvenir, le mépris avec lequel je ne puis que regarder leur prétention à être traités comme états indépendants. Quant aux associations secrètes, je garderai le silence jusqu'à ce que les circonstances me donnent les moyens d'agir de concert avec l'empereur, la diète et les princes de l'empire , pour les chasser toutes à la fois de leurs terriers. . . . Hein , seigneur comte, n'est-ce pas bien dit? — C'est bien pensé , monseigneur, mais peut-être malheureusement exprimé. Vous êtes dans une position où un mot entendu par un traître peut amener mort et ruine. — Je ne vois pas de traîtres autour de moi. Si je pensais qu'il s'en trouvât dans mon camp, j'aimerais mieux mourir tout de suite sous leurs coups que de vivre dans un état perpétuel de terreur et de soupçon. — Les anciens camarades et serviteurs de Votre Altesse pensent défavorablement du comte de Campo-Basso qui tient un si haut rang dans votre confiance. — Oui, » répliqua le duc avec calme , « il est facile de décrier le plus fidèle serviteur dans une cour en lui opposant la haine unanime de tous les autres. Je gage que votre obstiné compatriote Colvin aura médit du comte autant que des autres, car Caïupo-Basso ne remarque aucune négligence dans aucun service, qu'il ne la dénonce sans crainte ni espoir de faveur, Et puis ses opinions sont tellement jetées dans lemême moule que les miennes , que je ne l'amène jamais qu'avec peine à s'expliquer sur ce qu'il comprend mieux, lorsque nos idées viennent à différer sous quelque rapport. Ajoutez à cela noblesse, grâce,

gaîté, adresse, dans les exercices de la guerre et dans les arts de la paix, qui font les ornements d'une cour, tel est Campo-Basso; et tel étant, n'est-il pas une perle dans le cabinet d'un prince? — Voilà bien tout ce qu'il faut pour faire un favori, répliqua le comte d'Oxford ; mais il manque un peu de ce qui constitue un fidèle conseiller. — Oh ! que tu es donc méfiant ! Faut-il que je te dise le véritatable et grand secret sur cet homme, ce Campo-Basso , et que j'y sois forcé pour imposer silence à ces soupçons chimériques que ton nouvel état de marchand voyageur t'a porté à concevoir si témérairement?— Si Votre Majesté m'honore de sa confiance, je puis seulement dire que ma fidélité la méritera. — Sache donc , homme Incrédule , que mon bon ami et frère Louis de France m'a fait avertir en secret par intermédiaire , par un personnage non moins important que son fameux barbier Olivier-Ie-Diable , que Campo-Basso avait , pour une certaine somme , offert de remettre ma personne entre ses mains, vive ou morte.... Vous tressaillez? — Oui. je tressaille... réfléchissant que Votre Altesse a coutume de sortira cheval, légèrement armé et avec peu d'escorte, pour reconnaître les lieux et visiter les avant-postes : aussi , combien ne serait-il pas facile de mettre à exécution le dessein homicide que pourrait former un traître? — Bah ! répondit le duc. . . tu vois le danger comme s'il était réel, tandis qu'il n'y a rien de plus sinon que , si mon cousin de France eût jamais reçu une pareille offre, il aurait été la dernière personne à m'avertir de me mettre en garde contre son accomplissement. Non... il connaît le prix que j'attache aux services de Campo-Basso, et il a forgé l'accusation pour m'en priver. — Et cependant, monseigneur, répliqua le comte anglais, si vous suivez mon conseil, Votre Altesse ne jettera point de côté , sans besoin ou par impatience, son armure à l'épreuve , et ne sortira point sans être escortée de quelques vingtaines de ses fidèles Wallons. — Chut! l'ami , tu voudrais donc faire un vrai charbon d'un misérable fiévreux comme moi entre l'acier poli et le soleil brûlant. Mais je serai prudent, quoique je plaisante ainsi... Et vous, jeune homme, vous pouvez bien assurer à ma cousine Marguerite d'Anjou que je m'occuperai de son affaire comme si elle m'était personnelle; et n'oubliez pas, mon fils , que les secrets des princes sont de funestes dons lorsque ceux à qui ils sont confiés les divulguent; mais, convenablement ga'dés, ils enrichissent le dépositaire. Et vous aurez lieu de m'en croire, si vous rapportez avec vous d'Aix l'acte de renonciation dont a parlé votre père... Bonne nuit... bonne nuit!...»

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