‹ Anne de GeiersteinChapitre 190 sur 246 · CHAPITRE XXVili · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVili

l'audience.

Vraiment ! c'est un style dur et cruel , un style de défi. Vraiment ! elle nous provoque comme de Tuïc à Chrétien. Shakspeark. Comme il vous plaira.

Les portes de la salle furent alors ouvertes aux députés suisses qu'on avait fait attendre pendant l'heure précédente en dehors de rëdifice , sans leur témoigner les moindres égards qui, chez les nations civilisées , sont ordinairement rendus aux représentants d'un pays étranger. Il est vrai que leur extérieur, habillés qu'ils étaient de gros drap gris comme les chasseurs et les bergers de la montagne , au milieu d'une assemblée étineelante de vêtements aux couleurs variées , de galons d'or et d'argent , de broderies et de pierres précieuses, servait à confirmer l'idée qu'ils n'étaient venus là que pour y jouer le rôle des plus humbles pétitionnaires.

Cependant Oxford , qui épiait avec attention le maintien de ses "ex-compagnons de voyage, rie manqua point de remarquer qu'ils conservaient chacun en leur personne le caractère de fermeté et d'indifférence qui les distinguait auparavant. Rudolphe Donnerhu- '^gel n'avait pas quitté son air hardi et hautain , ni le banneret l'insouciance militaire qui le portait à regarder avec une apathie apparente tout ce qui l'environnait ; le bourgeois de Soleure était aussi formaliste et important que jamais ; enfin , aucun des trois ambassadeurs ne paraissait nullement ému par la pompe du spectacle déployé sous ses yeux , ou embarrassé par le sentiment de son infé- Horité comparative sous le rapport des costumes. Mais le noble landaraman , sur lequel Oxford fixa principalement son attention, semblait accablé par l'idée de l'état précaire où son pays se trouvait placé, craignant, d'après la manière rude et peu honorable dont ils étaient reçus, que la guerre ne fût inévitable, tandis qu'en même temps il gémissait, en bon patriote, sur les conséquences d'une défaite qui détruirait la liberté de son pays , et sur le risqua

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que faisaient courir à sa simplicité et à sa vertueuse indifférence pour les richesses l'introduction du luxe étranger et l'invasion des maux qui accompagnent la conquête.

Connaissant bien les opinions deBiederraan, Oxford put aisément expliquer cet abattement du landamman , tandis que son camarade Ronstetten , moins capable de comprendre les sentiments qui animaient son ami, le regardait avec l'expression quon peut voir dans la physionomie d'un chien fidèle , lorsque l'animal indique sa sympathie pour le chagrin de son maître, quoiqu'incapable d'en deviner ou d'en apprécier la cause. Son regard d'étonnement était promené de temps à autre sur la brillante assemblée, et par tous les individus qui formaient le groupe déconcerté, à l'exception de Donnerhugel et du landamman ; car l'indomptable orgueil de l'un et le ferme patriotisme de l'autre ne pouvaient pas, même un instant, être détournés par les objets extérieurs de leurs profondes et sérieuses réflexions.

Après un silence d'environ cinq minutes, le duc parla avec le ton hautain et dur qu'il croyait convenir à sa dignité, mais qui n'était réellement que l'expression de son caractère.

" Hommes de IJcrne , de Schwitz et de tout autre hameau ou désert que vous pouvez représenter, sachez que nous ne vous aurions pas honorés , rebelles que vous êtes à l'autorité de vos supérieurs légitimes , d'une audience solennelle , sans l'intercession d'un ami que j'estime, qui a séjourné dans vos montagnes, et que vous pouvez connaître sous le nom de Philipson, Anglais, suivant la profession de marchand, et chargé de certaines marchandises précieuses qu'il apportait à notre cour. Nous avons si complètement accédé à ses prières, qu'au lieu de vous envoyer tout de suite, comme vous le méritiez, au gibet et à la roue sur la place de Morimont, nous avons poussé la condescendance Jusqu'à vous recevoir en notre présence, siégeant en courplénicrc, à l'effet d'entendre la justification que vous avez à offrir pour l'insultante prise d'assaut de notre ville de La Ferette , p(-)ur rassas«!inat d'un si grand nombre de nos sujets , et pour le meurtre audacieux du noble chevalier Archibald d'Ilagenbach, exécuté en votre présence, à votre instigation et avec votre appui. Parlez... si vous pouvez dire quelque chose pour excuser votre félonie et votre trahison, on pour détourner un juste châtiment, et solliciter un pardon que vous ne méritez pas. >

Le landamman sembla vouloir répondre; mais Rudolphe Donnerhugel, avec la témérité et la hardtesse qui le caractérisaient, se

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