‹ Anne de GeiersteinChapitre 191 sur 246 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

chargea du soin de répliquer. Il fixa le duc orgueilleux d'un œil intrépide et avec une physionomie aussi fière que la sienne.

« Nous ne venons ici, dit-il, compromettre ni notre honneur ni la dignité du peuple libre que nous représentons, en tâchant de nous excuser en son nom et au nôtre des crimes dont nous sommes innocents. Et quand vous nous appelez rebelles, vous devriez vous souvenir qu'une longue suite de victoires, dont l'histoire est écrite avec le plus noble sang de l'Autriche , a rendu à la confédération de nos communes la liberté dont une injuste tyrannie a voulu nous priver. Tant que l'Autriche fut une maîtresse juste et bienfaisante, nous l'avons servie au péril de nos jours... quand elle est devenue oppressive et tyrannique, nous avons revendiqué notre indépendance. Si elle a quelque chose à réclamer de nous , les descendants de Tell, de Faust et de StaufPenbach seront aussi prêts à défendre leurs libertés que l'ont été leurs pères à la conquérir. Votre Grâce, si tel est votre titre , n'a rien à démêler dans nos discussions avec l'Autriche. Quant à vos menaces de gibet et de roue, nous sommes ici des hommes sans défense sur qui vous pouvez faire ce qu'il vous plaira ; mais nous saurons mourir, et no6 compatriotes sauront nous venger. »

Le superbe duc aurait répliqué en commandant l'arrestation immédiate et probablement l'exécution instantanée de toute la députation j mais le chancelier, profitant du privilège de sa charge , se leva , et ôtant sa toque avec une profonde révérence au duc, demanda permission de répondre au téméraire jeune homme qui, ditil , s'était si grandement mépris sur le sens des paroles du duc.

Charles, se sentant peut-être trop irrilé dans le moment pour prendre une décision calme, se rejeta sur son trône, et d'un signe de tète impatient et colère, donna à son chancelier permission de parler.

« Jeune homme, dit ce haut officier, vous avez mal compris le discours de l'illustre et puissant souverain en présence de qui vous êtes. Quels sont les droits de l'Autriche sur les villages révoltés

qui se sont soustraits à l'empire de leurs supérieurs naturels?

Nous n'avons pas besoin d'argumenter sur ce point; mais voici la question à laquelle la Bourgogne vous prie de répondre: pourquoi, venant ici sous le costume et avec le caractère d'envoyés pacifiques, à propos d'affaires qui touchent vos propres communes et les droits des sujets du duc, avez-vous excité la guerre dans nos paisibles domaines, pris d'assaut une forteresse, massacré la garnison, et mis

à mort un noble chevalier qui en était le commandant?. . . Toutes ces actions sont contraires au droit des jens, et méritent à Jamais la punition dont vous avez été menacés , rn.iis dont notre gracieux souverain vous dispensera, J'espère, si vous donnez quelque excuse passable pour une insolence si inconcevable, avec offre de vous' soumettre, comme il est Juste, au plaisir de Son Altesse , et de faire ' une réparation satisfaisante pour une si grande injure. — Vous êtes prêtre, grave seigneur? " répondit Rodolphe Donnerhugel en s'adressant au chancelier de Bourgogne. ^ S'il y a dans cette assemblée un soldat qui veuille soutenir votre accusation contre nous, \é^ le défie au combat singulier, dliomme à homme. Nous n'avons pas pris d'assaut la citadelle de La Ferette... Nous avons été admis dans l'intérieur de la place d'une manière pacifique, et là subitement' entourés par les soldats de feu Archibald d'Hagenbach, avec dessein manifeste de nous assaillir et de nous massacrer, en dépit de notre mission de paix , et alors je vous assure que vous auriez ouï parler d'autres morts que la nôtre; mais une émeute éclata soudain parmi les habitants de la ville, assistés , je crois, par plusieurs voisins à qui l'insolence et l'oppression d'Archibald d'Hagenbach étaient devenues odieuses, comme à tous ceux sur qui s'étendait son autorité. Nous ne leur avons prêté aucun secours-, et, J'aime à le croire, on ne devait pas s'attendre que nous intervinssions en faveur de gens qui s'étaient tenus prêts à nous faire le plus mauvais parti. Mais aucune pique , aucune épée appartenant à nous ou aux hommes de notre suite n'a trempé dans le sang bourguignon. Archibald d'Hagenbach a péri , il est vrai , sur un échafaud , et je l'ai vu mou-' rir avec plaisir d'après un arrêt rendu par une cour compétente , reconnue comme telle en Westphalie et dans ses dépendances de ce côté-ci du Rhin. Je ne .suis pas obligé de justifier ses procédures;' mais je déclare que le duo a reçu la preuve irrécusable de sa setl| tence régulière, et enfin quelle était vraiment méritée pour oppression, tyrannie et abus d'autorité; Je le soutiendrai contre tous ceux qui diront le contraire. Voici mon gant. »

Et confirmant par une action le langage qu'il venait de tenir, le fier Helvétien jeta son gant droit au milieu de la salle. Entraînés par l'esprit du siècle , par l'amour qu'il entretenait de se distinguer dans les armes , et peut-être par le désir de gagner la faveur du duc, tous les jeunes Bourguignons se levèrent subitement pour accepter le défi , et plus de sept ou huit gants furent aussitôt Jetés par les jeunes chevaliers présents ; ceux qui étaient plus éloignés les

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