‹ Anne de GeiersteinChapitre 193 sur 246 · CHAPITRE XXVIII. 5ÎÎÎ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII. 5ÎÎÎ

sincère , et nos montagnes , défendues par des guerriers familiers avec la victoire , vous serviront de barrière contre l'Allemagne et l'Italie. En votre faveur, nous permettrons au comte Roment de traiter, et nous lui rendrons les pays que nous lui avons enleve's , à telles conditions que Votre Altesse elle-même jugera raisonnables. Quant aux offenses passées de vos lieutenants et gouverneurs sur la frontière, nous garderons le silence, et nous demeurerons persuadés que ces agressions ne recommenceront plus à l'avenir. Bien plus , et si c'est ma dernière offre , c'est aussi la plus importante, nous vous enverrons trois mille de nos jeunes gens pour vous seconder dans les guerres que vous pourrez entreprendre , soit contre Louis de France , soit contre l'empereur d'Allemagne. Ce sont dei hommes qui diffèrent... je le puis dire avec fierté et sans mentir, de cette écume de l'Allemagne et de l'Italie qui se forme en bandes de soldats mercenaires. Et si le ciel décide Votre Altesse à accepter nos conditions , il y aura dans votre armée un corps d'hommes qui laisseront tous leurs cadavres sur le champ de bataille, avant qu'aucun d'eux manque à ses serments. »

Un homme basané , mais grand et beau , portant un corselet richement orné d'arabesques , se leva de son siège animé de la plus violente exaspération. C'était le comte de Campo-Basso , commandant des Italiens mercenaires de Charles, qui possédait, comme nous y avons déjà fait allusion , beaucoup d'influence sur l'esprit du duc , influence qu'il avait principalement acquise en se prêtant aux opinions et aux préjugés de son maître , et en présentant au duc des arguments spécieux pour le justifier de suivre toujours son caprice.

« On doit m'excuser, dit-il, si, en cette auguste présence , je prends la parole pour défendre mon honneur et celui de mes bonnes lances qui, s'attachant à ma fortune, sont venues avec moi d'Italie, servir le plus brave des princes de la chrétienté. Je pourrais sans doute ne pas m'offenser du langage insultant de ce rustre à cheveux gris, dont les paroles ne peuvent affecter un chevalier et un noble plus que les aboiements d'un chien de paysan ; mais lorsque je l'entends proposer d'unir ses troupes de bandits indiscipHnables avec les troupes de Votre Altesse, je dois lui faire savoir qu'il n'y a pas dans mes rangs un palefrenier qui voulût combattre en pareille compagnie. Non , moi-même , attaché par mille liens de reconnaissance , je ne pourrais me résoudre à tirer l'épée au milieu de tels camarades. Je plierais mes baouières, et je mènerais

cinq mille hommes chercher. .. non un pkis noble maître, carlemonde n'en possède pas... mais des guerres où nous ne serions pas obligés de rougir de nos frères d'armes. — Silence, Campo-Basso, dit le duc, et soyez convaincu que tous servez un prince qui connaît trop bien ce que vous valez pour l'échanger contre les services douteux et non éprouvés de gens que nous n'avons jamais connus que comme des voisins perfides et turbulents. »

Puis s'adressant à Arnold Biederman , il dit d'un ton froid et sévère : t Seigneur landamman, nous vous avons écouté patiemment; nous vous avons écouté , quoique vous vinssiez devant nous Tes mains teintes encore du sang de notre serviteur, sir Archibald d'Hagenbach ; car, en supposant qu'il ait été assassiné par une infâme association , qui , par saint George! tant que nous vivrons et régnerons, ne lèvera jamais sa tète pestilentielle de ce côté-ci du Rhin.... cependant il n'en est pas moins incontestable et incontesté que vous assistâtes en armes à l'exécution , et que vous encourageâtes le meurtre que ces assassins accomplirent sous votre protection. Retournez dans vos montagnes, et remerciez Dieu de conserver la vie... Dites à ceux qui vous ont envoyés que je vais tout de suite marcher vers leurs frontières. Une députation de vos plus notables citoyens qui viendront au devant de moi la corde au cou, des torches dans leur main gauche, dans la droite leurs épées qu'ils tiendront par la pointe , pourra apprendre à quelle condition nous vous accorderons la paix. — Adieu donc la paix , et salut à la guerre ! répliqua le landamman ; puissent les maux et les malédictions de la guerre retomber sur les tètes de ceux qui préfèrent 1« sang et les batailles à la paix et à l'union! Nous viendrons à votre rencontre sur nos frontières, avec nos cpées nues, non pas la pointe , mais la garde dans nos mains. Charles de Bourgogne , de riandieet de Lorraine, duc de sept duchés, comte de dix-sept comtés, je vous défie et vous déclare la guerre au nom des cantons confédérés et des autres qui se joindront à eux. Voilà , ajouta-t-il, mes Icttre^de défi. »

Le héraut reçut des mains d'Arnold Biederman la fatale déclaration.

« Ne la lis pas, Toison-d'Or, dit l'orgueilleux duc. Que l'exécuteur la traîne par les rues attachée à la queue de son cheval , et qu'il la cloue ;ui gibet pour montrer quoi cas nous faisons de ce méchant parchemin et de ceux qui l'envoient.... Arrière, messieurs , " continua-t-il en s'adressant aux Suisses ; « retournez dans

Page 1