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CHAPITRE XXVIII. 5T

VOS déserts aussi vite que vos pieds vous y pourront conduire. A notre première rencontre, vous saurez mieux qui vous avez offensé.... Qu'on apprête notre cheval... la séance est levée. »

Le maire de Dijon , à l'instant où tout le monde était en mouvement pour quitter la salle, s'approcha encore du duc , et exprima timidement l'espérance que Son Altesse daignerait accepter un banquet que les magistrats avaient préparé, dans l'attente qu'il leur ferait un pareil honneur.

« Non, par saint George de Bourgogne! seigneur maire, •> répondit Charles , avec un de ces regards terrassants par lesquels il avait coutume d'exprimer son indignation mêlée au dédain.... « nous n'avons pas été assez satisfait de notre déjeuner pour être disposé à contîer à la loyauté de notre bonne ville de Dijon le soin de notre dîner. »

En parlant ainsi , il tourna brusquement le dos au magistrat mortifié, et montant à cheval, il revola à son camp , s'entreteuant d'une manière très vive avec le comte Campo-Basso durant le chemin.

« Je vous offrirais bien à dîner, railord d'Oxford , » dit Colvin au noble exilé quand il mit pied à terre devant sa tente ; « mais je prévois qu'avant qu'il vous soit possible de manger une bouchée, vous serez mandé en présence du duc , car c'est l'habitude de notre Charles , quand il a pris une mauvaise résolution , de discuter avec ses amis et conseillers pour leur prouver qu'elle est bonne. Pardieu! il fait toujours un prosélyte de ce souple Italien. >

L'augure de Colvin fut promptement réalisé ; car un page vint presque aussitôt avertir le marchand anglais Philipson de se rendre auprès du duc. Sans attendre un instant, Charles s'abandonna à une série incohérente de reproches contre les États de son duché, qui lui refusaient leur appui dans une affaire si peu importante, et s'étendit en longues explications sur la nécessité où il se trouvait de punir l'audace des Suisses. «Et toi aussi, Oxford,» dit-il en terminant , « ton impatience est-elle poussée au point de souhaiter que je m'engage dans une guerre lointaine avec l'Angleterre, et que je transporte mes forces au delà des mers , quand j'ai de si insolents rebelles à châtier sur mes frontières ? »

Quand il cessa enfin de parler, le comte anglais lui exposa avec une chaleur respectueuse le danger qu'il semblait devoir courir, en luttant contre un peuple pauvre, il est vrai, mais universellement redouté pour sa discipline et son courage , et encore sous

les yeux d'un rival aussi dangereux que Louis de France , qui certainement soutiendrait les ennemis du duc sous main, s'il ne se joignait pas à eux ouvertement. Sur ce point la résolution du duc était inébranlable. « On ne dira jamais de moi, répliqua-t-il , qu'après avoir prononcé des menaces, je n'ai pas osé les exécuter. Ces rustres m'ont déclaré la guerre , et ils apprendront quelle colère ils ont témérairement provoquée; mais cependant je ne renonce pas à ton projet , mon cher Oxford. Si tu peux toujours m'obtenir celte cession de la Provence , et persuader au vieux René d'abandonner la cause de son petit-fils , Ferrand de Vaudemont , en Lorraine , tu mériteras ainsi que je t'envoie un redoutable secours contre mon frère Blackburn, qui, pendant qu'il boit des santés et s'enivre en France , peut bien venir à perdre ses domaines en Angleterre. Et ne t'impatiente pas s'il m'est impossible d'envoyer en ce moment même des hommes par delà le détroit. La marche que je vais foire sur Neufchâlel , qui est , je crois , le point le plus proche où je trouverai ces manants, sera comme une excursion du matin. J'espère que vous viendrez avec nous, mon vieux compagnon; j'aimerais à voir si vous avez oublié dans ces montagnes comment se manie un cheval et se tient une lance en arrêt. — J'accompagnerai Votre Altesse, répondit le comte , ainsi que mon devoir me l'ordonne, car ma conduite est soumise à votre volonté. Mais je ne porterai [tas d'armes , surtout contre ces peuples de l'Helvétie qui m'ont donné l'hospitalité , sauf pour ma défense personnelle. — Eh bien! soit, répliqua le duc; nous aurons en vous un excellent juge pour nous dire qui remplit le mieux son devoir contre ces rustres de montagnards. »

A cet endroit de la conversation , on frappa à la porte du pavillon, et le chancelier de Bourgogne entra aussitôt en grande hâte , et avec un air de vive inquiétude : « Des nouvelles, monseigneur... Iles nouvelles de France et d'Angleterre, » dit le prélat; puis remarquant la présence de l'étranger, il observa le duc et garda le silence.

<» C'est un fidèle ami , seigneur évèque , dit le duc ; vous pouvez me communiquer vos nouvelles devant lui. — Elles seront bientôt généralement connues , reprit le chancelier.... Louis et Edouard sont complètement d'accord. » Le duc et le comte anglais tressaillirent.

« Je m'y attendais , dit le duc , mais pas sitôt. — Les rois se sont rencontrés, répliqua son ministre. — Comment.... dans nne ba-

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taille ? » dit Oxford s'oubliant dans l'excès de sa curiosité. Le chancelier fut un peu surpris ; mais comme le duc semblait attendre qu'il fît une réponse, il répondit : « Non, seigneur étranger. . . pas dans une bataille, mais à un rendez-vous, et en paix, en amitié. — Ma foi le spectacle a dû être curieux , repartit le duc , de voir le vieux renard Louis et mon frère Black... je veux dire mon frère Edouard, à une entrevue. Où la rencontre a-t-elle eu lieu? — Sur un pont de la Somme, à Picquigny. — Je voudrais que tu eusses été là , » dit le duc en regardant Oxford ; « avec une hache en main tu aurais frappé un bon coup pour l'Angleterre et un autre pour ia Bourgogne. Mon grand-père fut traîtreusement assassiné à une entrevue toute pareille , au pont de Montereau sur l'Yonne. — Pour prévenir un semblable accident , dit le chancelier , on a élevé au milieu du pont une forte barrière du genre de celles qui ferment les cages où l'on renferme des animaux sauvages , de sort" qu'il leur était impossible même de se toucher l'un l'autre la main. — Ah! ah ! par saint George ! voilà qui sent l'adresse et la prudence de Louis ; car l'Anglais , pour lui rendre justice , connaît aussi peu ia crainte que la politique. Mais quelles conditions ont-ils arrêtées? Où l'armée anglaise passera-t-elle l'hiver ? Quels châteaux , forteresses et villes lui sont livrés en gage ou à perpétuité? — Aucune , mon souverain, répondit le chancelier. L'armée anglaise retournera en Angleterre aussitôt qu'on pourra se procurer des bâtiments pour l'y transporter, et Louis leur fera cadeau de toutes les voiles et rames de son royaume , plutôt que de ne pas les voir évacuer immédiatement la France. — Et par quelle concession Louis a-t-il obtenu une paix si nécessaire à ses affaires? — Par de belles paroles , répondit le chancelier, par de magnifiques présents , et par quelque cinq cents tonnes de vin. — De vin! s'écria le duc... a-t-on jamais vu chose pareille, seigneur Philipson? En vérité, vos compatriotes ne valent guère mieux qu'Esau, qui vendit son droit d'aînesse pour une écuelle de potage. Ma foi, je dois avouer que je n'ai jamais vu un Anglais qui voulût conclure un marché sans s'humecter les lèvres. — Je puis à peine croire ces nouvelles , dit le comte d'Oxford. Si cet Edouard s'était contenté de passer la mer avec cinq mille Anglais , simplement pour revenir de suite en Angleterre, il y a dans son camp assez de nobles fiers et d'orgueilleux bourgeois pour s'opposer à cette honteuse résolution. — L'argent de Louis, répliqua le ministre , a trouvé de nobl esj mains disposées à le recevoir. Le vin de France a inondé |tous les gosiers de

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l'armée anglaise... le désordre et le tumulte étaient au comble; et une fois la ville d'Amiens, où résidait Louis lui-même, était tellement remplie d'archers anglais, tous plongés dans l'ivresse, que la personne du roi de France se trouvait presque en leur pouvoir. Tout sentiment d'honneur national s'est évanoui dans cette grande débauche; et ceux qui, parmi eux, prétendent à plus de dignité et au rôle de sages politiques , disent que , comme ils étaient venus en France de concert avec le duc de Bourgogne , et que ce prince ne les a point soutenus par ses forces , ils ont bien fait, sagement et bravement fait , vu la saison de Fannée et 1 impossibilité d'obtenir des logements, de recevoir un tribut de la France et de retourner en triomphe chez eux.— Et de laisser Louis , dit Oxford, complètement libre d'attaquer la Bourgogne avec toutes ses troupes. — Non pas, ami Philipson, répliqua le duc : sache qu'il existe une trêve entre la Bourgogne et la France pour un espace de sept ans ; et si elle n'eût pas été conclue et signée, il est probable que nous aurions trouvé moyen d'empêcher le traité entre Edouard et Louis, au risque même d'approvisionner les voraces insulaires de bœuf et de bière pendant les mois d'hiver.... Seigneur chancelier, vous pouvez nous laisser, mais soyez prêt à répondre au premier appel. »

Quand son ministre eut quitté le pavillon , le duc , qui à son caractère rude et impérieux unissait beaucoup de bonté, si on ne peut dire de générosité naturelle, s'approcha du comte lancastrien, qui se tenait immobile comme un homme aux pieds duquel la foudre vient de tomber, et qui ressent encore la frayeur du coup.

« Mon pauvre Oxford , dit-il , tu es stupéfié de ces nouvelles qui , tu n'en peux douter , doivent produire un efifet fatal .sur le plan que ton noble cœur combine avec une si sincère fidélité. Je voudrais pour toi avoir pu retenir les Anglais un peu plus longtemps en France ; mais si j'avais tenté de le faire , c'eût été anéantir ma trêve avec Louis , et par suite m'Oter le pouvoir de châtier ces misérables cantons ou d'envoyer une expédition en Angleterre. Dans l'état actuel des choses , donne-moi seulement une semaine pour punir les montagnards , et je te prêterai un secours plus considérable que tu n'oses le demander pour ton entreprise. En attendant je prendrai soin que Blackburn et les archers, ses cousins , ne puissent pas s'embarquer sur les bâtiments de Flandre.

Allons, l'ami , ne crains rien tu seras en Angleterre long-temps

avant eux ;let encore une fois compte sur monîassistance... toujours

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