‹ Anne de GeiersteinChapitre 203 sur 246 · CHAPITRE \\\. . Z · texte numérisé non relu

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s'en vont ixar lîimbeaux , sa famille < bt àla veiile de s'éteindre , soi^ petit-fils est chassé de retraite eu retraite, on le dépouille de l'héritage de sa mère... et il peut trouver de l'amusement à ces frivolités! Je l'aurais pris, avec sa longue barbe blanche , pour un second Nicolas Bonstetten ; mais le vieux Suisse est un Salomon , comparé à René. »

Tandis que ces rélïexions et autres semblables, toutes au désavantage du roi , se succédaient dans 1 esprit d'Arthur, il arriva au lieu du rendez-vous , et trouva Thibaut près de la fontaine fumante , alimentée par une de ces sources d'eau chaude qui avaient su faire les délices des Romains d'un âge reculé. Thibaut, après avoir assuré son maître que sa suite, hommes et bêtes, pouvait être prête au premier signal , comprit aisément qu'il demandait à être conduit au palais du roi René qui , par sa bizarrerie et par la beauté de son architecture d'ailleurs, méritait les éloges que le vieux monarque lui avait donnés. La façade consistait en trois tours d'architecture romaine , dont deux étaient placées aux angles du palais , et la troisième , servant de mausolée, formait une partie du groupe, quoique un peu détachée des autres bâtiments. Cette dernière était construite dans les plus belles proportions ; la partie inférieure de l'édifice était carrée, servant comme de piédestal à la partie supérieure, qui était circulaire et entourée de colonnes en granit massif. Les deux autres tours aux angles du palais étaient rondes et aussi ornées de piliers avec un double rang de fenêtres. En face et communiquant avec ces restes romains , dont on fait remonter la date au cinquième siècle ou au sixième , s'élevait l'ancien palais des comtes de Provence , bâti un siècle ou deux plus tard , mais où une riche façade gothique ou moresque contrastait , et cependant était en harmonie avec l'architecture plus régulière et plus massive des maîtres du monde. Il n'y a pas plus de trente ou qu:.rante ans que ce très curieux reste de l'art antique a été détruit pour faire place à de nouveaux édifices publics qui n'ont pas encore été construits.

Arthur éprouva réellement une sensation du genre de celle que le vieux roi avait prédite , et il demeura immobile d'étonnement lorsqu'il vit la porte toujours ouverte du palais , où des gens de toute espèce seaiblaient entrer librement. Après avoir promené ses regards autour de lui , le jeune Anglais monta les degrés d'un magnifique portique, et demanda à un portier aussi vieux et aussi indolent que doit l'être le domestique d'un grand, le sénéchal que lui avait nommé le roi. Le^corpulent gardien, avec une excessive po-

litesse , confia l'étranger aux soins d'un page , qui l'introduisit dans une chambre où il trouva un autre fonctionnaire âgé, de plus haut rang, avec une mine avenante, un œil calme et serein, et un front qui, toujours exempt de rides, annonçait que le sénéchal d'Aix était un digne disciple de la philosophie de son royal maître. Il reconnut Arthur dès les premiers mots qu'il lui adressa.

« Vous parlez le français du Nord , beau sire ; vous avez les cheveux plus clairs et le teint plus beau que les naturels de ce pays... Vous demandez la reine Marguerite... A toutes ces marques je devine un Anglais... Sa Majesté d'Angleterre s'acquitte en ce moment d'un vœu au monastère du mont Sainte-Victoire, et si votre nom est Arthur Philipson, je suis chargé de vous conduire immédiatement près d'elle... aussitôt du moins que vous aurez goûté aux provisions du buffet royal. «

Le jeune homme aurait voulu faire des objections, mais le sénéchal ne lui en laissa pas le temps.

« Un repas et une messe, dit-il, ne relardent jamais la besogne... Il est dangereux pour un jeune homme de voyager trop long-temps l'estomac vide... Je mangerai moi-même un morceau avec l'hôte de la reine, et je lui ferai raison par dessus le marché avec un flacon de vieil Ermitage. »

La table fut couverte avec une promptitude qui montrait que l'hospitalité était souvent exercée dans les domaines du roi René. Des pâtés , des plats de venaison , une belle hure de sanglier , et d'autres mets délicats furent placés sur la table , et le sénéchal joua le rôle d'un maître de maison , ne cessant de s'excuser, et sans qu'il en fût besoin, de ce qu'il ne prêchait pas aussi d'exemple , attendu que son devoir était de découper en présence du roi René, et que rien ne plaisait plus au bon roi que lorsqu'il le voyait mettre autant de prestesse à manger qu'à découper.

< Mais pour vous, seigneur étranger, mangez à votre aise, attendu que vous pourrez bien ne pas faire d'autre repas jusqu'au coucher du soleil ; car la bonne reine prend ses infortunes tellement àc(cur que les soupirs sont sa nourriture, et ses larmes sa bouteille de breuvage , comme dit le p.«almi8le. Mais je pense que vous aurez besoin de chevaux pour aller vous et votre équipage au mont Sainte-Victoire qui est à sept milles d'Aix. >

Arthur répliqua qu'il avait un guide et des chevaux à sa disposition, etdjmanda la^permission'de faire ses adieux. Le digne sénéchal , dont la belle et ronde bedaine était ornée d'une chaîne

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