CHAPITRE XXXII
VOUS de la vérité de ces nouvelles , très inattendues , et apportezmoi des détails : Mordaunt vous laissera entrer chez moi. »
Elle Jeta alors un coup d'œil sur le Jeune Suisse , et répliqua poliment à son gauche salut. Les royales personnes quittèrent la chambre; René ne songeant qu'à conduire son petit-fils à la partie de chasse qui avait été interrompue , et Marguerite à chercher la solitude de ses appartements particuliers pour y attendre la confirmation de ce qu'elle regardait comme de fausses nouvelles.
Ils ne furent pas plus tôt passés que Sigismond observa....» Est-ce donc là un roi et une reine!... Peste! le roi ressemble passablement au vieux Jacono, le joueur de violon, quia coutume de nous racler quelques airs lorsqu'il vient ù Geierstein dans ses rondes, mais la reine est une personne tout-ti-fait majestueuse. La première vache du troupeau , qui porte les bouquets et les guirlandes et conduit les autres au chalet , n'a pas une démarche plus imposante. Et avec quelle aisance vous avez approché d'elle et vous lui avez parlé! Je ne m'en serais pas acquitté avec tant de grâce... mais vous avez sans doute fait votre apprentissage dans la profession de courtisan? — Laissons-là ce sujet pour le moment, mon cher Sigismond, répondit Arthur, et parlez-moi encore de cette bataille. — Par Sainte-Marie! mais il faut d'abord que je mange et que je boive, répliqua Sigismond , si votre crédit dans cette belle maison peut alier jusqu'à me faire servir quelque chose. — Sans doute , Sigismond , » dit Arthur; et par l'inierRiédiaire de I\iordaunt il lui procura sans peine, dans un appartement plus retiré, une collation et du vin, auxquels le jeune Biederman fit grand honneur, faisant claquer ses lèvres d'un air de connaieseur, après avoir bu les vins délicieux, qu'en dépit des préceptes ascétiques de son père il sablait lestement : son palais commençait à se former et à s'y habituer au mieux. Quand il se trouva seul avec un flacon de Côte-Rôtie, un biscuit et son ami Arthur, il n'hésita plus à continuer le récit de leurs exploits. Eh bien... où en étais-je?... — Ah ! quand nous enfoncions leur infanterie... Eh bien ! ils ne se retiraient jamais , et la confusion aiigmenlait dans leurs rangs à chaque pas... Nous aurions pu en exterminer au moins la moitié si nous ne nous fussions pas arrêtés à examiner le camp de Charles. Merci de nous! Arthur, quel spectacle! C'était!... chaque tente était pleine de riches habits , de splendidcs armures, de grands plats et de flacons, tous en argejit, au dire de certaines personnes, mais je savais qu'il n'existait |)as tant d'argent au monde , et j'étais bien sîir que cette vais-
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selle n'était qu'en élain soigneusement éclairci. Il y avait des armées de laquais galonnés, de valets, do pages, et autant de domestiques que de soldats; de plus, jo ne suis pourquoi , des milliers de jolies filles. Par la même raison, domestiques et filles se trouvaient à la disposition des vainqueurs; mais je vous réponds que mon père se montrait rudement sévère à l'égard de quiconque voulait abuser des droits de la guerre. Mais quelques uns de nos jeunes gens lui obéissaient si mal qu'il était obligé pour les contraindre à l'obéissance de les frapper avec le bois de sa hallebarde. Ah ! Arthur, le beau village ! les Allemands et les Français qui étaient avec nous ne se refusaient rien, et quelques uns des nôtres suivaient leur exemple... L'exemple tente si vite! J'entrai, moi, dans le pavillon même de Charles où Rudolphe et plusieurs de ses gens lâchaient d'empêcher les autres de pénétrer, pour piller lui-même à son aise , je pense. Mais ni lui ni aucun de ses Bernois n'osèrent lever leurs bâtons sur ma tète; j'entrai donc, et je les vis mettre des piles d'assiettes d'étain, si brillantes qu'elles semblaient être d'argent, dans des coffres et des caisses; je pénétrai au milieu d'eux jusque dans l'intérieur, et là je vis le lit de Charles... Je dois lui reiiire justice... c'était le seul lit dur qui était dans son camp... il y avait de belles pierres fines et brillantes, éparses parmi des gantelets, des bottes, des écussons, et mille autres objets... Je pensai alors à votre père et à vous, et je cherchai quelque chose à vous offrir quand j'aperçus précisément mon vieil ami que voilà. (A ces mots il tira de son sein le collier de la reine Marguerite). Je le reconnus, parce que, si vous vous en souvenez , je l'avais repris à Scharfgerichter, après l'assaut de La Ferette... Oh! oh ! mes jolis brillants , dis-je, vous ne serez pas plus long-temps Bourguignons, et vous retournerez à mes bons amis les Anglais. En conséquence... — Cecollier est d'une immense valeur, dit Arthur, et n'appartient ni à mon père ni à moi, mais à la reine que vous venez de voir. — Lt il lui ira admirablement, répondit Sigismond, Si elle élait seulement d'une \ingtaine ou d'une trentaine d'années plus jeune , elle serait une femme parfaite pour un cultivateur suisse. Je réponds qu'elle mènerait joliment une maison. — Elle te récompensera libéralement pour lui avoir rapporté ces joyaux, » dit Arthur retenante peine un sourire à l'idée que la fière Marguerite put devenir ménagère d'un berger suisse. ->
. Comment!... une récompense! s'écria IHelvétien. Songe que je suis Sigismond Biederman, fils du landammand'Unterwalden...