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CHAPITRE XXXII

Je ne suis pas un vil lansquenet, dont la politesse se paie avec des piastres. Qu'elle m'accorde seulement un mot de remercîraent, ou la valeur d'un baiser, et je nsesliraerai heureux. — Un baiser sur la main, peut-être, •> dit Arlhur souriant encore de la simplicité de son ami.

« Hum ! sur la main ! passe pour une reine qui a bien la cinquantaine, mais ce serait un bien pauvre hommage pour une reine de mai. »

Ici, Arthur ramena encore la conversation sur la bataille, et apprit que le carnage des soldats du duc avait été beaucoup moindre durant la fuite que pendant l'action.

« Beaucoup se sauvèrent à cheval , dit Sigismond; et nos reiters allemands coururent au butin, au lieu de poursuivre le gibier. Et d'ailleurs, pour dire la vérité, le camp du duc nous retarda nousmêmes dans la poursuite des fuyards ; mais si nous étions allés un mille plus loin, et que nous eussions vu nos amis pendus à des arbres , aucun confédéré ne se serait arrêté tant qu'il aurait eu des jambes pour courir après les Bourguignons. — Et qu'est devenu le duc? — Charles s'est retiré en Bourgogne , comme un sanglier qui a senti la pointe d'un épieu, et il est plus furieux que blessé. Mais il est, dit-on, triste et taciturne. D'autres assurent qu'il a réuni les restes épars de son année , et d'immenses forces en outre , et qu'il a contraint ses sujets à lui donner de l'argent , de sorte que nous pouvons compter sur une nouvelle attaque. Mais toute la Suisse se joindra à nous après une telle victoire. — Et mon père est avec lui ?

— Oui vraiment , et il a essayé de tous les moyens imaginables pour faire conclure un traité de paix entre le duc et mon propre père. Mais il est douteux qu'il réussisse. Charles est aussi irrité que jamais; nos compatriotes sont tout fiers de notre victoire, et ils ont raison de l'être. Cependant mon père prêchera toujours que de pareilles victoires et de pareils monceaux de richesses changeront nos mœurs antiques, et que le laboureur quittera ses travaux pour devenir soldat. Il parle sans cesse sur ce ton-là : mais pourquoi de l'argent, des mets et des vins choisis, et de beaux vêtements feraient-ils tant de mal? Je ne puis mettre cela dans ma pauvre tête... et maintes têtes meilleures que la mienne sont aussi embarrassées... A votre santé, ami Arthur... cette liqueur est délicieuse !

— Et pourquoi , vous et votre général , le prince Ferrand , accourez-vous ainsi à Aix ? — Ma foi ! vous êtes vous-même cause de notre voyage. — Moi, j'en suis la cause? et comment, Je vous

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prie ? — Voici : on prétend que vous et la reine Marguerite vous pressez ce vieux musicien de roi René de céder ses domaines à Charles, et de désavouer Ferrand dans sa réclamation de la Lorraine. Et le duc de Lorraine a envoyé un homme que vous connaissez bien... c'est-à-dire vous ne le connaissez pas, lui, mais vous connaissez quelqu'un de sa famille , et il vous connaît mieux que vous, lui... pour mettre un bâton dans vos roues, et vous empêcher de faire céder à Charles le comlé de Provence, ou de troubler et de traverser Ferrand de Vaudemont dans ses justes prétentions sur la Lorraine. — Sur ma parole, Sigismond , je ne vous comprends pas. — Alors je suis bien infortuné : toute notre maison dit que je ne puis rien comprendre , et l'on va dire que je ne puis être compris de personne... Eh bien, pour parler clairement, je veux dire mon oncle, le comte Albert de Geierstein, comme il s'appelle, le frère démon père. — Le père d'Anne de Geierstein! — Oui, vraiment; je pensais bien que nous trouverions quelques indices qui pourraient vous le faire reconnaître. — Mais je ne l'ai jamais vu. — Oui , vous le croyez ; mais... ! ah ! c'est un habile homme, et qui connaît les affaires des autres mieux qu'ils ne les connaissent eux-mêmes. Oh ! ce n'est pas pour rien qu'il a épousé la fille d'une Salamandre ! — Fi ! Sigismond ! comment pouvez-vous croire cette bêtise? — Rudolphe m'a dit que vous aviez été aussi dérouté que moi, cette fameuse nuit que nous avons passée à Graff's-Lust. — En ce cas , ii a falhi que je fusse véritablement un âne. — Rien : mais cet oncle mien dont nous parlions a tiré de la bibliothèque d'Arnheim tous les vieux livres de magie qu'elle renfermait, et l'on prétend qu'il peut se transporter d'un lieu dans un aulre avec une promptitude plus qu'humaine , et qu'il est aidé dans ses projets par des conseillers plus puissants que de simples mortels; toujours estil certain cependant que si habile, si favorisé qu'il soit, ses hautes qualités, qu'elles viennent d'une source légitime ou illégitime, ne lui procurent pas d'avantages durables; il est éternellement plongé dans lesquerelles et. les périls. — Je connais peu les détails de sa vie, » dit Arthur déguisant du mieux qu'il pouvait son désir d'en apprendre davantage sur le compte de cet homme ; « mais j'ai ouï dire qu'il avait quitté la Suisse pour se joindre h l'empereur. — C'est vrai , et il épousa la jeune baronne d'Arnheim... mais ensuite il encourut le déplaisir de mon royal homonyme , et non moins celui du duc d'Autri(Jie. On dit (pi'on ne peut demeurer à Rome et être en guerre avec le pape : mon oncle crut donc qu'il valait mieux passer le

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