CHAPITRE XXXVI
vantés pour l'effet de ce hardi langage. Mais il ne fut jamais possible de deviner au juste quelle impression ces paroles produisirent sur Charles. Il regarda autour de lui avec un sourire... « Entendezvous ce jeune coq anglais , messieurs ? dit-il : sur quel ton chantera-t-il un jour, s'il ouvre déjà le bec si bravement en présence d'un prince ? »
Plusieurs cavaliers arrivèrent alors de différentes directions , annonçant que le duc Ferrandet sa compagnie étaient rentrés dans leur camp, et que le pays était absolument libre d'ennemis.
« Alors, rétrogradons aussi, répliqua Charles, puisqu'il n'y a pas chance de rompre des lances aujourd'hui. Et toi, Arthur de Vere, ne me quitte pas. »
Arrivé dans le pavillon du duc, Arthur subit un interrogatoire, et dans ses réponses ne parla ni d'Anne de Geierstein , ni des desseins de son père relativement à lui-même , car il pensa que Charles n'avait rien à faire là-dessus, mais il lui avoua franchement les menaces personnelles dont le comte s'était servi tout haut. Le duc l'écouta avec assez de calme , et quand il entendit cette phrase : « Qu'un homme qui n'attache plus aucun prix à sa propre vie tient celle des autres absolument en son pouvoir, » il répliqua : « Mais au delà de cette vie , il en est une autre où l'homme lâchement assassiné et l'infâme assassin recevront chacun suivant leurs œuvres.» Il tira alors de son sein une croix d'or, et la baisa avec une grande apparence de dévotion. « Voilà, ajouta-t-il, en quoi je placerai ma confiance. Si je succombe en ce monde , puissé-je trouver grâce dans l'autre. Holà! sire maréchal, s'écria-t-il , amenez-nous vos prisonniers. »
Le maréchal de Bourgogne entra avec le comte d'Oxford, et déclara que son autre prisonnier, Campo-Basso , avait demandé avec tant d'instance qu'on le laissât aller relever des sentinelles sur cette partie du camp confiée à la garde de ses troupes , que lui , maréchal, avait jugé convenable de lui accorder cette permission.
€ C'est bien, » dit Bourgogne sans plus ample remarque... « Quant à vous, comte d'Oxford, je vous présenterais votre fils, si vous ne l'aviez déjà serré dans vos bras; il gagne grand lot et grand honneur, et m'a rendu un important service. Nous sommes à une époque de l'année où les gens de bien pardonnent à leurs ennemis.... je ne sais pourquoi mon esprit fut toujours assez peu propre à se charger de pareilles affaires.... mais j'éprouve le désir
d'empêcher le combat qui doit avoir prochainement lieu entre vous et Campo-Basso ; pour l'amour de moi, consentez à redevenir amis et à reprendre vos gages de bataille, que je finisse cette année... la dernière peut-être que je doive voir... par un acte de paix. — Monseigneur, répondit Oxford, vous me demandez là bien peu de chose, puisque votre demande ne fait qu'appuyer un devoir de chrétien, j'étais désespéré d'avoir perdu mon fils, je remercie le Ciel et Votre Allesse de me l'avoir rendu. Être l'ami de Campo-Basso m'est une chose impossible. La bonne foi et la trahisotf, la vérité et le mensonge, pourraient aussi bien se donner la main et s'embrasser. Mais l'Italien ne sera pour moi ni plus ni moins qu'avant celte rupture , c'est-à-dire absolument rien. Je remets mon honneur au soin de Votre Altesse,... s'il consent à reprendre son gage, je reprendrai le mien. John de Vere peut ne pas craindre que le monde suppose qu'il redoute Campo-Basso. »
Le duc lui en fit ses sincères remercîments , et retint les officiers à passer avec lui la soirée dans sa tente. Ses manières semblaient à Arthur être plus calmes qu'il ne les avait jamais vues, tandis qu'elles rappelaient au comte d'Oxford les anciens jours où avait commencé leur intimité, avant que le pouvoir absolu et des succès sans bornes eussent gâté le caractère de Charles, brusque, mais non sans générosité. Le duc ordonna une distribution de vivres et de vin parmi les soldats, témoigna un vif intérêt pour qu'ils fussent bien logés, s'informa des malades et des blessés, et de l'état de l'armée en général ; mais il ne reçut que des réponses peu satisfaisantes. Prenant à part quelques uns de ses conseillers, il leur dit : « Si nous n'avions pas fait un vœu, nous différerions cette entreprise jusqu'au printemps, où nos pauvres soldats pourraient se mettre en campagne sans avoir tant à souffrir. »
Il n'y eut rien autre chose de remarquable dans la conduite du duc, sinon qu'il demanda à plusieurs reprises où était Campo- Lasso. On lui annonça enfin qu'il était indisposé, et que son médecin lui avait recommandé le repos : il était donc allé se reposer, afin de pouvoir remplir ses devoirs à la pointe du jour, la sûreté du camp dépendant tout entière de sa vigilance.
Leduc ne fit aucune observation sur cette excuse, qu'il considéra comme in'li(iuant une répugnance cachée , de la part de l'Italien, à se rencontrer avec Oxford : les hôtes du pavillon ducal furent congédiés ime heure avant minuit.
Quand Oxford et son fils furent dans leur propre tente, le comte