‹ Anne de GeiersteinChapitre 245 sur 246 · CHAPITRE XXXVI. tU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. tU

mais, assure-t-on, réunir une autre armée. — Jamais, jeune homme, dit le comte d'Oxford, car vous le voyez mort devant vous. »

Sigismond tressaillit; car il attachait un grand respect, et même une espèce de crainte au nom terrilile de Charles-le-Téméraire, et il pouvait à peine croire que le cadavre déchiré qui gisait sous ses yeux fût le personnage qu'on lui avait appris à redouter. Mais sa surprise fut mêlée de douleur, lorsqu'il aperçut aussi le corps de son oncle, le comte Albert de Geierstein.

• 0 mon oncle! dit-il... mon cher oncle Albert, toute votre grandeur, toute votre sagesse ne vous ont-elles amené qu'à mourir aux bords d'une mare comme un malheureux mendiant!

Allons , il faut cependant porter cette triste nouvelle à mon père, et la mort de son frère va encore augmenter la vive douleur que lui cause déjà l'infortune du pauvre Rudiger ; mais c'est une petite consolation de penser que mon père et mon oncle étaient ennemis irréconciliables, i

Ils aidèrent encore avec quelque peine le comte d'Oxford à remonter à cheval , et ils se remettaient déjà en route lorsque le noble Anglais dit : « Voudrez-vous placer ici une garde pour préserver ces corps de nouvelles insultes , afin qu'on puisse les enterrer avec toute la solennité convenable? — Par Notre-Dame d'Einsiedlen! je vous remercie de l'idée, dit Sigismond. Oui, nous ferons ce que l'Église peut pour mon oncle Albert : il est à espérer qu'il n'a point perdu d'avance son âme , en jouant avec Satan à pair ou non. Je voudrais que nous eussions un prêtre pour rester auprès de son pauvre corps; mais n'importe, puisqu'on n'a jamais oui parler d'un démon qui soit apparu avant déjeuner. •

Ils se rendirent au quartier du landamman à travers des tableaux et des scènes qu'Arthur, et même son père si bien accoutumé à la guerre sous toutes ses formes , ne purent voir sans frissonner; mais le simple Sigismond, qui marchait à côté d'Arthur, amena la conversation sur un sujet si intéressant, qu'il détourna l'attention de son ami des horreurs qui les entouraient.

« Avez-vous encore affaire en Bourgogne, maintenant que votre duc a perdu la vie?demanda-t-il. — Mon père le sait mieux que moi, mais je pense que non. La duchesse de Bourgogne qui doit maintenant succéder à une partie de l'autorité de feu son époux dans ses domaines , est sœur de cet Edouard d' York , et mortelle ennemie de la maison de Lancastre et de ceux qui lui sont demeu-

rés fidèles. Il ne serait ni prudent ni sûr pour nous de rester dans un pays où elle est souveraine. — En ce cas, mon plan va réussir à souhait. Vous reviendrez à Geierslein, et vous habiterez avec nous. Votre père sera un frère pour le mien, et un meilleur que mon oncle Albert qu'il ne voyait pas , et avec qui il ne causait que rarement, tandis qu'avec voire père il conversera du matin au soir, et nous laissera tout l'ouvrage de la ferme; et vous, Arthur, vous viendrez avec nous ; vous serez un frère pour nous tous, en place du pauvre Rudiger, qui était certainement mon véritable frère, ce que vous ne serez jamais; cependant je n'ai jamais pu l'aimer autant que je vous aime, attendu qu'il n'était pas d'un si bon caractère. Et puis, Anne... ma cousine Anne... est tout-à-fait confiée aux soins de mon père. . . Elle est maintenant à Geierstein ... et vous savez, roi Arthur, nous avions coutume de l'appeler reine Geneviève. — Vous disiez alors une grande folie. — Mais c'est une grande vérité... car, voyez-vous , j'aimais à conter à ma cousine Anne nos histoires de chasse et nos autres prouesses ; mais jamais elle ne voulait entendre un mot avant que Je lui parlasse un peu du roi Arthur, et alors je réponds qu'elle se serait tenue aussi tranquille qu'une poule de bruyère quand l'épervier plane dans les cieux ; et maintenant que Donnerhugel est tué, vous savez que vous pouvez épouser Anne quand vous voudrez, vous et elle, car personne n'a intérêt de vous en empêcher. »

Arthur rougit de plaisir sous son casque, et oublia presque tous les malheurs compliqués du matin de ce premier joui de l'an.

« Vous oubliez, •> répliqua-t-il à Sigismond du ton le plus indifférent qu'il put prendre, « que la mort de Rudolphe peut l'aire naître dans votre pays des préventions contre moi. — Pas du tout, |)as du tout; nous ne gardons pas rancune de ce qui a été loyalement fait sous le bouclier. Ce n'est pas plus que si vous l'aviez vaincu à la lutte ou au palet.... Seulement c'est un jeu auquel on ne peut recommencer la partie. •

Ils entrèrent alors dans la ville de Nanci, les fenêtres étaient ornées de tapisseries, et les rues encombrées d'une foule tumultueuse, ivre de joie , que le succès de la bataille avait délivrée de toute crainte relativement à la formidable résistance de Charles de Bourgogne.

Les piisonniers furent reçus avec la plus grande bienveillance par le laudanmian , qui les assura de sa protection et de son amitié.

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