‹ Anne de GeiersteinChapitre 32 sur 246 · LA PROMENADE · texte numérisé non relu

LA PROMENADE

J'étais nu de ces hommes qui aiment les rives

fleuries et les troupeaux mugissants, les plaisirs simples et la vie sans faste des villageois , assaisonnée d'un doux contentement , plus qae les salons où les convives s'en donnent à gagner la fièvre. Croyez-moi, il n'y eut jamais de poison dans une coupe d'érable. Anonyme.

Laissant les jeunes gens se livrer à leurs jeux , le landamman d'Unterwalden et le vieux Philipson s'allèrent promener de compagnie , s'entretenant entre autres choses des relations politiques de la France, de l'Angleterre et de la Bourgogne, jusqu'à ce que leur conversation changeât de sujet lorsqu'ils passèrent sous la porte du vieux château de Geierstein , où s'élevait le donjon soli-^ taire et délabré, entouré par les ruines des autres bâtiments.

« Ce château a dû être une orgueilleuse et superbe habitation dans son temps , dit Philipson. — Elle était fière et puissante en effet, la race qui l'occupa, répondit le landamman ; l'histoire des Geierstein remonte au temps des vieux Ilelvétiens , et leurs exploits passent pour avoir égalé leur illustre origine. Mais toute grandeur terrestre a une fin , et des hommes libres foulent aux pieds les ruines de leur château féodal , quoique jadis , de si loin

AMNB DB CEIERSTEIN. S

il ANNE DE GEIERSTEIN.

qu'ils en aperçussent les tourelles, les serfs fussent obligés d'ôter leurs bonnets , sous peine de subir le châtiment réservé aux rebelles.— Je remarque , dit le vieux marchand, un écusson gravé sur une pierre au bas de celte tourelle ; c'est, je pense, celui de la dernière famille : un vautour perché sur une pointe de roc , indiquant sans doute le sens du mot Geierstein. — Ce sont les anciennes armes de la famille; et, comme vous dites, elles expliquent le nom du château qui était le même que celui des chevaliers qui le possédèrent si long-temps. — J'ai aussi remarqué dans votre salle un casque surmonté du même cimier, des mêmes armes. C'est , je suppose, un trophée du triomphe des paysans suisses sur les seigneurs de Geierstein , comme l'arc anglais est conservé par vous en mémoire de la bataille de Buttisholz. — Et vous, mon beau monsieur , vous paraissez , par suite des préjugés de votre éducation, considérer l'une de ces deux victoires avec autant de déplaisir que l'autre?... Il est étrange que la vénération pour la noblesse soit si profondément enracinée dans l'esprit même de gens qui n'ont aucun droit d'y prétendre ! Mais quittez cet air refrogné , mon digne hôte , et veuillez croire que bien plus d'un château d'orgueilleux baron , lorsque la Suisse secoua le joug de l'esclavage féodal , fut pillé et détruit par la juste vengeance d'un peuple irrité. Tel ne fut pas le sort de Geierstein. Le sang des antiques possesseurs de ces tours coule encore dans les veines de celui dont ces domaines sont la propriété.—Quel sens dois-je attacher à ces paroles, seigneur landamman? N'êtes-vous pas vous-même propriétaire de ces lieux ?— Et vous pensez probablement, parce que je vis comme les autres bergers , que je porte un habit d'étotfe grossière , et que je dirige la charrue de mes propres mains, que je ne puis descendre d'une famille noble et ancienne ? Notre pays natal possède un grand nombre d'illustres paysans, monsieur le marchand, et il n'existe pas de noblesse plus ancienne que celle dont on trouve les restes dans cettecontrée. Mais ils ont renoncé volontairement à la partie oppressive de leur puissance féodale, et ne sont plus regardés comme des loups au milieu de brebis, mais comme des chiens tidèles qui accompagnent le troupeau en temps de paix , et sont toujours disposés à le défendre quand la guerre menace la communauté. — Mais , • ré|R'ta le marchand, qui ne pouvait pas encore se faire à l'idée que son hôte, avec ses manières rondes et son air paysan , fi^t un homme d'une illustre naissance , « vous ne portez pas, mon digne monsieur, le nom de vos pères.... Us élaieut , dites-vous, comtes de Geierstein,

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