‹ Anne de GeiersteinChapitre 35 sur 246 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

triste bataille de Mont-Herzel, et à cet autre carnage delacha» pelle Saint-Jacob, qui forcèrent nos frères de Zurich à traiter, et réduisirent une nouvelle fois l'Autriche à la nécessité de conclure la paix avec nous. Après cette guerre de trente ans, la diète porta une sentence de bannissement à vie contre mon frère Albert, et l'aurait dépouillé de toutes ses possessions; mais elle s'en abstint par considération de ce qu'on appela mes services. Lorsque la sentence fut signifiée au comte de Geierstein, il répliqua par un défi • pourtant, une singulière circonstance nous montra, long-temps après, qu'il conservait un vif attachement à son pays, et, malgré sa haine contre moi son frère, il rendit justice à mou inaltérable aftection pour lui. — Je parierais que ce qui va suivre se rapporte à cette jolie demoiselle, votre nièce. — Vous ne vous trompez pas. D'abord nous apprîmes, quoique vaguement, car nous n'avons, comme vous savez , que peu de communications avec les contrées étrangères , qu'il jouissait d'une haute faveur à la cour de l'empereur; mais depuis nous avons su que, devenant suspect à son maître , il avait été , par suite d'une de ces révolutions si fréquentes dans les cours des princes, envoyé en exil. Ce fut peu de temps après avoir reçu ces nouvelles, et il y a. Je crois , plus de sept ans de cette circonstance , que , revenant un jour de chasser sur l'autre rive du torrent, et après avoir traversé le pont étroit, comme de coutume , Je m'avançais à travers les cours que nous venons de quitter , car alors nous y passions pour abréger notre chemin , quand j'entendis une voix me dire en allemand : « Mon oncle, ayez pitié de moi! > Je regardai autour de moi, et j'aperçus une jeune fille de dix ans , sortie de derrière les ruines, se diriger vers moi, et se Jeter à mes pieds. « Mon oncle, me dit-elle, épargnez ma vie, » et elle levait ses petites mains d'un air suppliant, tandis qu'une terreur mortelle était peinte sur sa figure. Suis-Je donc votre oncle? ma petite fille, répliquai-je, et si Je le suis, pourquoi auriez-vous peur de moi... ? « Parce que vous êtes le chef des misérables et infâmes paysans qui se complaisent à verser le sang des nobles, » répondit- elle avec un couiage qui me surprit. « Quel est votre nom? ma belle enfant, lui demandai-Je, et qui a pu, après vous avoir donné une opinion si défavorable de votre parent,^ vous amener en ces lieux , pour vous faire voir s'il ressemble au portraitqu'on vous en a tracé? — C'est Ital Schreckenwaldqui m'a amenée ici, » répliqua- t-elle, ne comprenant qa'à moitié le sens de ma question. Ital Schreckenwald?répétai-je, choqué d'entendre le

nom d'un misérable que J'ai tant de raisons de haïr. Une voix , partant du milieu des ruines , comme celle de l'écho soudain qui part du tombeau, répondit : « Ital Schreckenwald ! » Et l'infâme en personne, sortant du lieu où il était caché, se présenta devant moi avec cette singulière indifférence pour le péril qu'il unit à son atrocité de caractère. J'avais à la main mon bâton ferré de montagnard... Que devais-je faire... ou qu'auriez-vous fait en pareille circonstance? — Je l'aurais étendu sur le carreau en lui brisant le crène comme un morceau de glace! » répondit l'Anglais avec fierté.

« Peu s'en fallut que je n'en fisse autant , reprit le Suisse ; mais il était désarmé ; il venait de la part de mon frère : je ne pouvais donc pas me venger sur lui. Son air imperturbable et son audacieuse conduite contribuèrent à le sauver. « Que le vassal du noble et illustre comte de Geierstein écoute les paroles de son maître , et fasse en sorte d'y obéir , dit l'insolent. Ote ton bonnet et écoute ; car, quoique la voix soit mienne, ces paroles sont celles du noble comte. >> Dieu et les hommes savent, répliquai-je , si Je dois à mon frère respect et hommage. C'est déjà beaucoup si, par respect pour lui, je diffère de payer à son messager le salaire que Je lui dois très certainement. Achève la mission et débarrasse-moi de ta détestable présence. • Albert, comte de Geierstein, ton seigneur et le mien, continua Schreckenwald , ayant à s'occuper des guerres et d'autres affaires importantes, t'envoie sa fille, la comtesse Anne, la confie à tes soins , et te fait l'honneur de permettre que tu l'élèves et la soignes jusqu'à ce qu'il juge convenable de te la redemander ; enfin il désire que tu emploies en sa faveur les rentes et autres revenus des terres de Geierstein , que tu as usurpées sur lui. » Ital Schreckenwald, répondis-je, je ne prendrai pas la peine de te demander si l'insolence avec laquelle tu me parles vient d'instructions que t'aurait données mon frère, ou seulement de ton caractère ignoble. Si des circonstances ont , comme tu dis , privé ma nièce de son protecteur, je lui servirai de père, et jamais elle ne manquera de rien que je puisse lui donner. Les terres de Geierstein sont confisquées au profit de l'Etat , le château est en ruines comme tu le vois , et c'est principalement par suite de tes crimes que la maison de mes pères est ainsi délabrée. JMais Anne de Geierstein demeurera où je demeure ; elle sera traitée comme sont traités mes enfants, et je la considérerai comme ma fille. Maintenant que ta commission est ren[>j)lie, pars... si tu liens à la viej car il est périlleux pour toi de

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