CHAPITRE VI
que par le repentir et la pénitence ! — Arthur , » dit le vieux Philipson, qui arrivait en même temps que le landamman , « quelle est cette folie ? Vos devoirs sont- ils d'une nature si légère et si peu importante qu'ils vous laissent le temps de vous quereller et de vous battre avec le premier rustre qui se trouve être fainéant , présomptueux et bourru ? »
Les jeunes gens , dont le combat avait cessé à l'entrée de ces spectateurs inattendus , restèrent à se regarder l'un l'autre, appuyés sur leurs lames.
<• Rudolphe Donnerhugel , dit le landamman , remets-moi ton épée... à moi propriétaire de ce terrain , chef de cette famille et magistrat du canton. — Et qui plus est , » répliqua Rudolphe avec soumission , « à vous qui êtes Arnold Biederman , aux ordres de qui tout homme né dans ces montagnes dégaîne et remet dans le fourreau son épée. »
Il donna alors son épée à deux mains au landamman.
« Mais , sur ma parole , reprit Biederman , c'est la même avec laquelle ton père Stephen combattit si glorieusement à Sempach , à côté du fameux Wenkelried ! Il est honteux qu'elle ait été tirée contre un étranger tranquille... Et vous, jeune homme... » continua le Suisse en s'adressant à Arthur , à qui son père disait en même temps : « Mon fils, rendez votre épée au landamman. — Il n'est pas besoin, mon père, répondit le jeune Anglais, puisque, pour ma part, je regarde le combat comme fini. Ce brave garçon m'a engagé à venir ici pour essayer , j'imagine , notre courage : je puis rendre un complet témoignage de sa valeur et de son habileté à manier le sabre ; et comme j'espère qu'il ne dira rien à la honte de ma bravoure, je pense que notre combat a duré assez long-temps pour le motif qui Ta occasionné. — Trop long-temps pour moi, » répliqua Rudolphe avec franchise 5 « la manche verte de mon pourpoint, que je porte de cette couleur par amour pour les cantons de Forêts , est maintenant teinte d'une couleur cramoisie aussi foncée qu'elle aurait pu l'être par un teinturier d'Ypre^ ou de Gand. Mais je pardonne du fond du cœur au brave étranger qui a de la sorte sali ma veste et donné à son maître une leçon qu'il n'oubliera point de sitôt. Si tous les Anglais avaient été comme votre hôte , mon vénérable parent, il me semble que le monticule de Buttisholz ne se serait pas facilement élevé si haut. — Cousin Rudolphe , » répliqua le landamman qui avait déridé son front tandis que le jeune Bernois parlait ainsi , je t'ai toujours regardé comme aussi généreux que tu es léger et
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querelleur; et vous, mon digne hôte, vous pouvez être sûr que, quand un Suisse déclare une querelle finie, il n'y a pas moyen qu'elle recommence. Nous ne ressemblons pas aux hommes des vallées de l'Est , qui nourrissent la vengeance comme si c'était un enfant favori. Maintenant donnez-vous la main, mes enfants, et oublions cette sotte dispute. — Voici ma main , brave étranger , dit Donnerhugel ; tu m'as appris un coup d'escrime , et quand nous aurons pris le repas du matin , nous irons , si tu y consens , à la forêt , où je te montrerai en retour une manière facile de prendre le gibier. Lorsque ton pied aura la demi-expérience de ta main , et que ton regard saura avoir une partie de la fermeté de ton cœur , tu ne trouveras guère de chasseurs qui te vaudront. »
Arthur, avec cette prompte confiance si naturelle à un jeune homme , embrassa aussitôt une proposition si franchement faite , et avant qu'ils regagnassent la maison , ils discutèrent ensemble sur diverses espèces d'amusements avec autant de cordialité que si leur bon accord mutuel n'avait pas été troublé.
« Maintenant les choses sont ce qu'elles doivent être , dit le landamman. Je suis toujours prêt à oublier la bouillante impétuosité de nos jeunes gens , pourvu qu'ils soient sincères et francs dans leur réconciliation , et qu'ils portent le cœur sur les lèvres , comme le doit un vrai Suisse. — Ces deux jeunes gens n'auraient néanmoins fait que de mauvaise besogne , dit Philipson , si vos soins , mon digne hôte , n'eussent découvert le rendez-vous , si vous ne m'eussiez pas appelé à votre secours pour rompre leurs projets. Puis-je vous demander comment la connaissance vous en est venue si à temps? — Ce fut grâce aux avis de ma fée domestique , répondit Arnold Biederman , qui semble née pour le bonheurde mafamille... je veux dire ma nièce Anne, qui avait observé ces deux jeunes fanfarons échanger leurs gants et parler de Geierstein , de pointe du jour. Oh ! monsieur , c'est chose merveilleuse que la finesse d'esprit d'une femme ! Il se serait passé bien du temps avant qu'aucun de mes fils dépourvus de pénétration se fût montré si intelligent. — Il me semble apercevoir notre chère protectrice qui nous épie du haut de ce monticule , dit Philipson : mais on dirait qu'elle ne serait pas fùchée de nous observer sans être vue à son tour. — Oui , répliqua le landamman ; elle s'est mise en vedette pour voir s'il n'est rien arrive de factieux; «*t maintenant, j'en réponds, la pauvre enfant est toute honteuse d'avoir montré un si louable intérêt dans une affaire de ce genre. — J'éprouverai véritablement, dit i'Ajiglais,