DÉTAILS HISTORIQUES
Que celui qui n'accepte pas la paix qu'on lui offre
soit accablé de tous les maux que peut causer la
guerre ! Va , ta haine pour la paix est bien connue , gi
ton âme rep ousse maintenant les avances de l'amitié.
Le Tasse.
La confiance qui existait entre le landamman et le marchand anglais parut augmenter encore pendant un espace de quelques jours qui s'écoulèrent avant le jour marqué pour le commencement de leur voyage à la cour de Charles de Bourgogne. Nous avons déjà exposé l'état de l'Europe et de la Confédération helvétique; mais, pour la plus grande clarté de notre histoire, nous voulons la récapituler ici brièvement.
Dans l'intervalle d'une semaine que les voyageurs anglais passèrent à Geierstein, des assemblées ou diètes furent tenues par les cantons des villes fédérées, aussi bien que par ceux de Forêts. Les premiers , irrités des taxes qu'imposait à leur commerce le duc de Bourgogne, et que rendait plus intolérables encore la violence des agents qu'il employait pour cette oppression , demandèrent à grands cris la guerre qui leur avait toujours procuré jusqu'alors des victoires et des richesses. Plusieurs d'entre eux étaient aussi excités en secret à prendre les armes par les largesses de Louis XI, qui n'épargnait ni les intrigues ni l'or pour amener une rupture entre ces intrépides confédérés et son implacable ennemi , Charlesle-ïéméraire.
D'un autre côté, il y avait plusieurs raisons qui semblaient rendre impolitique pour les Suisses de s'engager dans une guerre contre l'un des plus riches , des plus obstinés , et des plus puissants princes de l'Europe... car tel était sans contredit Charles de Bourgogne.... sauf le cas où il aurait existé de graves motifs touchant à leur honneur et à leur indépendance. Chaque jour, des nouvelles de l'intérieur confirmaient qu'Edouard IV, d'Angleterre, avait conclu une alliance étroite et intime, offensive et défensive, avec le duc de Bourgogne, et que le roi des Anglais, renommé par ses nombreuses victoires sur la maison rivale de Lancastre , victoires qui , après différents revers , lui avaient enfin assuré la possession certaine du trône , avait formé le projet de faire valoir encore une fois ses droits sur les provinces de France , si long-temps pos§édée«
n ANNE DE GEIERSTEIN.
par ses ancêtres. Il semblait que cette conquête seule manquât à sa renommée, et qu'après avoir dompté ses ennemis intérieurs, il devait naturellement songer à reconquérir ces riches et précieuses provinces étrangères qui avaient été perdues durant le règne du faible Henri VI , et les discordes civiles si horriblement continuées par les guerres de la Rose blanche et de la Rose rouge. Il était universellement connu que , dans toute l'Angleterre en général , la perte des provinces françaises était regardée comme une dégradation nationale , non seulement par la noblesse qui par suite avait été privée des fiefs considérables qu'elle avait obtenus dans la jN'orraandie , la Gascogne , le Maine et l'Anjou , mais encore par tous les hommes de guerre accoutumés à acquérir renommée et richesses aux dépens de la France. De plus ces archers redoutables, dont les flèches avaient décidé tant de batailles terribles , ne demandaient qu'à recommencer, comme leurs ancêtres, les combats de Crécy , de Poitiers et d'Azincourt , et à suivre leur souverain sur les champs de victoire que leurs hauts faits avaient immortalisés.
La nouvelle la plus récente et la plus authentique portait que le roi d'Angleterre était sur le point de passer en France en personne, invasion que rendait aisée sa possession de Calais , avec une armée supérieure en nombre et en discipline à toutes celles qui avaient été jamais conduites par un monarque anglais dans ce royaume; que tous les préparatifs de guerre étaient achevés , et que l'arrivée d'Edouard devait être attendue d un jour à l'autre , tandis que la puissante coopération du duc de Bourgogne, et l'assistance d'une foule de nobles français amis de l'Angleterre dans les provinces qui avaient si long-temps été soumises à la domination anglaise , annonçaient que l'issue de la lutte serait fatale à Louis XI, si rusé, si sage et si prudent que fût ce prince.
Sans aucun doute la meilleure politique de Charles de Bourgogne, lorsqu'il s'engageait ainsi dans une alliance contre son très formidable voisin , contre son ennemi héréditaire aussi bien que personnel, aurait été d'éviter toute cause de querelle avec la Confédération helvétique, nation pauvre mais très guerrière, qui avait déjà montré par d'innombrables succès que sa brave infanterie pouvait, en cas de besoin, lutter avec égalité, ou même avec avantage, contre la fleur de cette chevalerie qui avait été jusqu'alors considérée comme formant la force des armées européennes. Mais les mesures de Charles, que la fortune avait opposé au monarque le plu» astucieux et le plus politique de son temps, étaient toujours