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CHAPITRE VII

et la considération due aux services de ses ancêtres , avait acquis une certaine influence dans les conseils de son canton natal , et sur la jeunesse de la ligue en général , influence plus considérable que celle qu'accordaient ordinairement ces sages républicains aux hommes d'un âge si tendre. Arthur, qui était alors un compagnon souhaité et bienvenu de toutes leurs parties de chasse et de leurs autres amusements, n'entendait les jeunes gens parler que de projets de guerre , rendus délicieux par l'espérance du butin et de la distinction que devaient obtenir les Suisses. Les exploits de leurs ancêtres contre les Allemands avaient été assez merveilleux pour réaliser les victoires fabuleuses des héros de roman; et comme la race actuelle se recommandait aussi par des membres robustes et par un courage inflexible, ils se promettaient déjà des succès non moins brillants. Quand leur conversation venait à tomber sur le gouverneur de La Ferette, on le nommait à' or dinsLire \e maudit chien de Bourgogne, ou le dogue alsacien ; et l'on ne se cachait nullement pour dire que, si sa conduite n'était pas réprimée à l'instant même par son maître , s'il n'était pas rappelé des frontières de la Suisse , Archibald d'Hagenbach ne trouverait pas dans sa forteresse une protection suffisante contre la vive indignation des habitants de Soleure et particulièrement de Berne, qui gémissaient de ses injustices.

Cette disposition générale des jeunes Suisses à la guerre fut rapportée au vieux Philipson, par son fils, et en même temps le fit hésiter s'il ne devait pas plutôt s'exposer encore aux inconvénients et aux dangers d'un voyage , accompagné seulement d'Arthur, que de courir le risque des querelles où pourrait l'envelopper la conduite téméraire de ces jeunes et fiers montagnards , après qu'ils auraient quitté leurs propres frontières. Un tel événement aurait eu , à un degré tout particulier, l'effet de détruire absolument le but de son voyage ; mais , respecté comme Arnold Biederman l'était par sa famille et ses compatriotes, le marchand anglais en conclut qu'au total son influence pourrait contenir ses compagnons jusqu'à ce que la grande question de la paix ou de la guerre fût décidée , et spécialement qu'ils eussent accompli leur mission en obtenant une audience du duc de Bourgogne; ensuite il ne ferait plus compagnie avec eux , et l'on ne pourrait, sous aucun prétexte, le rendre responsable de leurs démarches ultérieures.

Après un délai d'environ dix jours , la députation chargée de fiorter plainte m, duc §ur les oppressions et les exîictions d'Archi-

ye ANNE DE GEIERSTEIN.

bald d'Hagenbach se réunit enfin à Geierstein, d'où les membres devaient partir et faire route ensemble. Ils étaient au nombre de trois, outre 1 ' jeune Bernois et le landamman d'Unterwalden. L'un était, comme Arnold , un propriétaire des cantons de Forêts, portant un costume à peine plus élégant que celui d'un berger ordinaire , mais remarquable par la beauté et la forme de sa longue barbe argentée. Il se nommait Nicolas Bonsletten. Melchior Sturmhal , porte-bannière de Berne, homme de moyen âge et soldat d'un courage distingué, avec Adam Zimmerraan, bourgeois de Soleure , qui était de beaucoup plus vieux , complétait le nombre des envoyés.

Chacun d'eux s'était revêtu de ses plus beaux habits ; mais, malgré que l'œil sévère d'Arnold Biederman censurât une boucle ou deux de ceinturon en argent , aussi bien qu'une chaîne de même métal , qui décorait la ronde personne du bourgeois de Soleure , il semblait qu'un peuple victorieux et puissant (car tels devaient être alors estimés les Suisses) n'avait été jamais représenté par une ambassade d'une simplicité si patriarcale. Les ambassadeurs voyageaient à pied, avec leurs bâtons ferrés à la main , comme des pèlerins se rendant à quelque lieu de dévotion. Deux mules, qui portaient leur léger bagage , étaient conduites par de jeunes garçons, fils ou cousins des membres de la députation, qui avaient obtenu de cette manière la permission de voir le monde d'au delà de ces montagnes , autant qu'un pareil voyage semblait devoir leur permettre de satisfaire leur curiosité.

Mais, quoique leur suite fût peu nombreuse , par rapport à leur caractère public ou au service et aux besoins de leurs personnes , néanmoins les circonstances dangereuses de l'époque et l'état peu rassurant du pays au delà de leur propre territoire , ne permettaient pas à des hommes chargés d'affaires si importantes de voyager sans escorte. Le danger même provenant des loups , qui étaient connus, pressés par l'approche de l'hiver, pour descendre de leurs montagnes solitaires dans les villages non fermés , comme ceux où pouvaient s'arrêter les voyageurs , rendait nécessaire la présence d'une garde ; et les bandes des déserteurs de différents pays , qui formaient des troupes de bandits sur les frontières de l'Alsace et de l'Allemagne , venaient encore recommander une pareille précaution.

En conséquence , une vingtaine de jeunes gens choisis dans les divers cantons de la Suisse, parmi lesquels se trouvaient Kudigeri

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