‹ Anne de GeiersteinChapitre 47 sur 246 · CHAPITRE VII. «t · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. «t

Ernest et Sigismond , les trois fils aînés d'Arnold , accompagnaient la députation : du reste, ils n'observaient aucun ordre militaire et ne marchaient ni à côté ni près du cortège patriarcal. Au contraire, ils formaient des troupes de cinq ou six chasseurs , qui exploraient les rochers, les bois et les défilés des montagnes, à travers lesquels passaient les envoyés. Leur pas plus lent permettait à ces jeunes garçons actifs , qui étaient accompagnés de leurs énormes chiens à longs poils, de détruire à loisir les loups et les ours, et parfois de surprendre un chamois sur les crêtes des rochers ; tandis que les chasseurs , tout en poursuivant même leur exercice amusant, ne manquaient pas d'examiner les endroits qui pouvaient favoriser des embuscades : et ainsi ils assuraient les personnes qu'ils escortaient d'une protection plus efficace que s'ils les eussent suivies de près. Une note particulière , qu'on devait tirer du long cornet suisse , fait de la corne d'un taureau des montagnes, était le signal convenu pour se réunir en corps en cas de danger. Rudolphe Donnerhugel , quoique beaucoup plus jeune que ses collègues , dans cette importante mission , prit le commandement de ces gardes-du-corps montagnards, qu'il accompagnait d'ordinaire dans leurs excursions. Sous le rapport des armes, ils étaient bien pourvus , portant des sabres à deux mains , de longues pertuisanes et des pieux, aussi bien que des arbalètes, des arcs longs, des coutelas courts et des couteaux de chasse. Les armes plus lourdes, comme pouvant gêner leur activité, étaient portées avec le bagage, mais disposées de manière à être saisies aisément à la moindre alarme.

Arthur Philipson , comme étant son ancien adversaire , préféra la compagnie et les exercices des plus jeunes à la conversation grave et à la marche lente des pères de la république des montagnes. Il y avait pourtant une tentation à rester en arrière avec le bagage, qui aurait pu, si d'autres circonstances l'avaient permis, réconcilier le jeune Anglais avec l'idée de renoncer aux amusements que les jeunes Suisses recherchaient avec tant d'avidité, et d'endurer le pas lent et l'entretien grave des vieillards de la troupe. En un mot, Anne Geierstein, accompagnée d'une jeune Suissesse, sa suivante, voyageait à l'arrière-garde de la députation.

Les deux femmes étaient montées sur des ânes qui avaient grande peine à suivre les mules portant le bagage ; et l'on peut bien soupçonner qu'Arthur Philipson, en retour des importants services qu'il avait reçus de cette Jolie et intéressante demoiselle, n'aurait pas regardé comme un devoir bien pénible celui de venir de temps

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à autre , durant le cours du voyage , lui offrir ses secours et charmer par sa conversation l'ennui de la route. Mais il n'osait pas se permettre de témoigner des attentions que les usages du pays semblaient défendre, puisqu'elles n'étaient tentées par aucun des cousins de la jeune personne, ni même par Rudolphe Donnerhugel, qui certainement n'avait paru jusqu'alors négliger aucune occasion de se rendre agréable à la charmante cousine. D'ailleurs Arthur avait assez de bon sens pour être convaincu que, s'il cédait au penchant qui le portait à cultiver la connaissance de cette aimable jeune fille, il encourrait à coup sur le sérieux déplaisir de son père, et probablement aussi de son oncle , dont ils avaient mis l'hospitalité à contribution, et dont la sauvegarde leur permettait encore de voyager sans crainte ni péril.

Le jeune Anglais se livrait donc aussi aux amusements qui intéressaient les autres jeunes gens de la troupe; mais, aussi souvent que leurs halles le permettaient, il en profitait pour témoigner à la jeune fille des marques de politesse qui ne pouvaient donner lieu ni aux remarques ni aux censures. Et sa réputation de chasseur se trouvant alors bien établie, il se permettait parfois, même quand le gibier était traqué, de rester en arrière dans le voisinage du sentier, au dessus duquel il pouvait au moins voir flotter le voile gris d'Anne de Geierstein , et distinguer les contours des formes qu'il couvrait. Cette indolence apparente, attribuée à une simp'e insouciance à poursuivre le gibier le moins noble ou le moins dangereux, n'était pas défavorablement interprétée par ses compagnons ; car lorsqu'on venait à lancer un ours, un loup , ou quelque autre animal de proie, lépieu, le coutelas , la flèche de personne , pas même de Rudolphe Donnerhugel , n'étaient aussi prompts à frapper que les armes du jeune Anglais.

Cependant le vieux Philipson avait des sujets de considération autres et plus sérieux. C'était un homme qui, ainsi que le lecteur peut déjà l'avoir remarqué, connaissait beaucoup le monde, où il avait joué des rôles différents de celui sous lequel il se montrait alors. D'anciens souvenirs se réveillaient en lui et se pres.«aient dans sa mémoire, à la vue d'amusements familiers à sa jeunesse : les cris des chiens, répétés par les échos des montagnes sauvages et des noires forêts qu ils traversaient; l'aspect des jeunes et braves chasseurs, apparaissant selon la route que prenait le gibier qu'ils avaient lancé , sur des pics aériens, ou descendant au fond des précipices qui paraissaient inaccessibles aux pieds humains ; les

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