‹ Anne de GeiersteinChapitre 52 sur 246 · LA. SENTINELLE · texte numérisé non relu

LA. SENTINELLE

Francisco. Je vous souhaite une bonne nait.

Marcellus. Oh! adieu, honnête soldat; qui tous a relevé ?

Francisco. Je vous souhaite une bonne nuit; Bernardo a pris ma place.

Shaespeàre. Hamlet.

La première occupation de nos voyageurs fut de trouver les moyens de traverser le fossé, et ils ne furent pas long-temps à découvrir la tête de pont sur laquelle le pont-levis, lorsqu'il était baissé, s'appuyait jadis. Le pont lui-même avait disparu depuis bien des années , mais un passage temporaire de fascines et de planches avait été construit récemment, à ce qu'il paraissait, et ce passage les conduisit à l'entrée principale du château. Dès les premiers pas ils découvrirent un guichet sous le portail , et une lumière qu'ils y virent briller les guida vers une salle évidemment préparée pour les recevoir aussi bien que les circonstances le permettaient.

Un large feu de bois bien sec brûlait avec éclat dans la cheminée et avait été entretenu si long-temps , que l'air de la salle , malgré sa grandeur et son aspect un peu délabré, semblait doux et bienfaisant. Il y avait aussi à l'extrémité de l'appartement un monceau de bois assez considérable pour entretenir le feu , quand même ils auraient dû y rester une semaine. Deux ou trois longues tables étaient dressées et n'attendaient que leur arrivée ; mais en examinant les lieux avec plus d'attention , ils trouvèrent, en outre, dans un coin, plusieurs grandes corbeilles contenant des provisions froides préparées avec le plus grand som, dont ils devaient faire tout de suite usage. Les yeux du bon bourgeois de Soleure brillèrent de joie lorsqu'il vit les jeunes gens s'occuper à tirer des corbeilles les ingrédients du souper, et à les arranger sur la table.

« Bien! dit-il , ces pauvres gens de Bàle ont sauvé leur réputation , puisque , s'ils n'ont pas voulu nous donner l'hospitalité , ils nous ont fourni en abondance les moyens de faire bonne chère. — Ah! mon ami, répliqua Arnold lîiederman, l'absence du maître ôte à un repas beaucoup de valeur. Mieux vaut la moitié d'une pomme reçue de la main de voti e hôte , qu'un banquet de noces sans sa compagnie. — Nous leur devrons d'autant moins de reconnaissance pour leur festin, dit le banneret de Berne; mais, d'après le langage douteux qu'ils ont tenu, je pense qu'il serait convenable d'établir une forte garde cette nuit, et même que quelques uns de nos jeunes gens fissent de temps à autre une patrouille autour de ces vieilles ruines. La place esl forte et facile à défendre: nous devons donc en savoir gré à ceux qui ont agi comme nos quartier-maîtres. Pourtant , avec votre permission, mes honorables confrères , nous examinerons l'intérieur de ce bâtiment , puis nous arrangerons des gardes régulières et des patrouilles... A votre poste donc, jeunes gens, et fouillez-moi soigneusement ces ruines... peut-être renferment-elles d'autres gens que nous-mêmes ; car nous sommes près d'un homme qui , semblable à mi renard voleur, agit plus volontiers de nuit que de jour, et cherche sa proie plutôt au milieu des ruines et des lieux abandonnés qu'en pleine campagne, t

Tous accédèrent à cette proposition. Les jeunes gens prirent des torches dont il avait été laissé une ample provision à leur usage , et firent une exacte recherche dans les ruines.

La plus grande partie du château était beaucoup plus en délabrement et en mauvais état que la portion que les citoyens de Bâie semblaient avoir destinée au logement des ambassadeurs. La toiture n'existait presque nulle part , et le tout était en ruines. L'éclat des lumières.... le brillant des armes.... le son de la voix humaine et les échos répétant le bruit des pas, faisaient sortir de leurs sombres retraites des chauve-souris , des hibous et d'autres oiseaux de sinistre augure , habitants ordinaires de tous les édifices rongés par le temps, dont la fuite à travers les chambres désertes jetait sans cesse l'alarme parmi ceux qui entendaient le bruit sans en voir la cause, et occasionnait de grands éclats de rire quand elle était connue. Ils découvrirent que le fossé profond entourait leur retraite de tous côtés, et que par conséquent ils étaient en sùnîté contre toute attaque qui pourrait être faite du dehors, à moins qu'elle ne fiit tentée par l'entrée qu'il était facile de barri-

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