‹ Anne de GeiersteinChapitre 67 sur 246 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

«tance de leurs voisins moins puissants , dépouillant même les voyageurs que leur mauvaise étoile amenait dans les environs de la retraite du vautour, et cela , durant une année; puis, la suivante, fatiguant les autels du repentir de leurs fautes , accablant les prêtres de riches présents, au moyen des trésors qu'ils y avaient pillés, et enfin, s'engageant par des vœux , faisant des pèlerinages, tantôt comme pénitents et tantôt comme croisés, jusqu'à Jérusalem même, pour expier des crimes qu'ils avaient commis sans la moindre hésitation, sans le plus léger scrupule. — Telle fut en effet, m'a-t-on dit, l'histoire de la maison de Geierstein , jusqu'à ce qu'Arnold ou ses aïeux immédiats échangeassent la lance contre la houlette de berger.

« Mais on prétend que les puissants et riches barons d'Arnheim, en Souabe , dont la descendante unique devint l'épouse du comte Albert de Geierstein , et mère de cette jeune personne que les Suisses appellent simplement Anne, et les Allemands, comtesse Anne de Geierstein , étaient des nobles d'une espèce différente. Us ne renfermaient pas leur vie dans les limites du péché et du repentir.... ils ne se bornaient pas à piller d'inoffensifs paysans et à engraisser de gros moines ; mais ils se distinguaient par des actions plus éclatantes que celles de bâtir des châteaux avec des donjons et des chambres de torture, de fonder des monastères avec des dortoirs et des réfectoires.

« Ces mêmes barons d'Arnheim étaient des hommes qui travaillaient à étendre les bornes des connaissances humaines , et qui convertirent leur château en une espèce de collège , où il y avait plus d'anciens volumes que les moines n'en ont empilé dans la bibliothèque de Saint-Gall. Leurs études ne se bornèrent pas aux livres seuls. Enfoncés, presque ensevelis dans leurs laboratoires particuliers , ils découvrirent des secrets qui se transmirent ensuite dans la famille de père en fils, et l'on prétend qu'ils pénétrèrent, aussi loin que possible, dans les mystères les plus cachés de l'alchimie. La renommée de leur sagesse et de leur opulence arriva souvent Jusqu'au trône impérial, et dans les fréquentes disputes que les empereurs eurent autrefois avec les papes , on dit qu'ils étaient encouragés , sinon excités même par les conseils des barons d'Arnheim, et soutenus par leurs trésors. Ce fut peut-être cette conduite politique , jointe aux études extraordinaires et myolcrie ises que la famille d'Arnheim poursuivit si long-temps, qui excita contre elle l'opinion généralement reçue qu'elle était aidée dans ses recher-

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ches surhumaines par des puissances surnaturelles. Les prêtres mirent aussi tout en œuvre pour décrier des hommes qui i>€utètre n'avaient pas commis d'autre faute que celle d'être plus savants qu'eux.

•> Voyez quels hôtes , disaient-ils , sont reçus dans les salons d'Arnheim! Qu'un chevalier chrétien, estropie dans les guerres contre les Sarrasins, se présente sur le pont-levis, on lui donne par pitié une croûte et une coupe de vin , et on le prie de continuer sa route. Si un pèlerin , célèbre par la réputation de sainteté qu'il s'est acquise par de récentes visites aux plus saints autels, et par les reliques sacrées qui attestent et récompensent sa peine , approche de ces murailles profanes, la sentinelle bande son arc, et le portiCr ferme sa porte, comme si le digne personnage rapportait avec àii la pes* s de Palestine ! Mais vienne un Grec à barbe grise, à languo bien pendue, avec ses rouleaux de parchemin, dont les lettres seules sont offensantes pour des yeux chrétiens.... vienne un rabbin juif avec son Talmud et sa cabale... vienne un Maure au teint basané et brûlé par le soleil, qui puisse se vanter d'avoir lu le langage des étoiles en Chaldée, berceau de la science astrologique.... oh! alors, l'imposteur vagabond, ou le sorcier ambulant, occupe la plus haute place à la table du baron d'Arnheim, partage avec lui les travaux de l'alambic ou du fourneau, est initié à ses connaissances mystiques , comme celles qui furent communiquées à nos premiers pères au détriment de leur race, et lui donne en retour des leçons plus terribles que celles qu'il reçoit jnsqu'à ce que l'hôte profane ait ajouté à un amas de science impie toute celle que le visiteur païen peut lui communiquer. Et ces choses se passent en Allemagne, qu'on appelle le Saint-Empire Romain, dont tant de prêtres sont princes!... Elles s'y passent, et ni arrêts ni avertissements ne sont lancés contre une race de sorciers qui, d'âge en âge, triomphent par leur nécromancie !

« Ces déclamations qui étaient répétées depuis les abbayes des prélats mitres jusqu'aux cellules des anachorètes , paraissaient néanmoins ne pas produire grand effet sur le conseil impérial. Mais elles servaient à exciter le zèle de maint baron, de maint comte libre de l'empire, qui avaient appris à regarder alors une guerre ou une querelle avec les barons d'Arnheim comme tenant de la nature, et donnant droit aux privilèges spirituels d'une croisade contre les ennemis de la foi, et à considérer une attaque contre CCS potentats coupables comme un excellent moyen de régler

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