CHAPITRE XI. U
n'accomplissait pas davantage les autres cérémonies religieuses. Le chapelain , il est yrai , se déclarait fort satisfait de l'état de la conscience de l'étranger ; mais on a long-temps soupçonné que le digne ecclésiastique ne conservait ses faciles fonctions qu'à la condition très raisonnable d'approuver les principes et de certifier l'orthodoxie de tous les hôtes que le baron invitait à jouir de son hospitalité.
« On observa que Dannischemend était extrêmement rigide à remplir ses dévotions particulières, en se prosternant aux premiers rayons du soleil levant, et qu'il avait fabriqué une lampe d'argent dans les plus belles proportions, qu'il avait placée sur un piédestal représentant une colonne tronquée de marbre dont la base était couverte de signes hiéroglyphiques. Avec quelles essences en alimentait-il la flamme, c'était chose inconnue pour tout le monde, sauf peut-être pour le baron. Mais la flamme était plus vive , plus pure, plus brillante que toutes celles qu'on avait jamais vues, excepté celle du soleil lui-même , et l'on croyait généralement que Dannischemend en faisait l'objet de ses adorations en l'absence de cet astre sacré. On n'avait plus rien remarqué , sinon que ses moeurs semblaient sévères, sa gravité profonde, sa manière de vivre frugale, ses veilles et ses jeûnes très fréquents. Excepté dans des occasions particulières , il ne parlait à personne qu'au baron ; mais comme il avait une bourse bien garnie et qu'il était libéral, il était considéré par les domestiques avec respect, il est vrai, mais sans crainte ni répugnance.
f Le printemps avait succédé à l'hiver , l'été avait produit ses fleurs et l'automne ses fruits qui mûrissaient et mollissaient , lorsqu'un page qui les accompagnait quelquefois dans le laboratoire pour les aider manuellement au besoin , entendit le Persan dire au baron d'Arnheim : « Vous ferez bien, mon fils, de retenir mes paroles , car les leçons que je vous donne tirent à leur fin , et il n'existe pas de puissance sur terre capable de retarder plus longtemps ma destinée. — Hélas ! mou maître , répliqua le baron , fautil donc que je perde l'avantage d'être dirigé par vous , au moment même où votre aide me devient si nécessaire pour me placer sur le pinacle même du temple de la Sagesse? — Ne vous découragez pas , mon fils , répondit le sage ; je léguerai la tâche de vous perfectionner dans vos études à ma fille qui viendra ici tout exprès. Mais n'oubliez pas, si vous attachez du prix à la durée de votre famille , qu'il ne faut la regarder que comme un guide de vos études!
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ÏCe ANNE DE GEÏERSTEIN.
car si vous ne songez plus à l'institutrice en voyant la beauté de la jeune vierge , vous serez enseveli avec votre épée et votre écu comme dernier rejeton mâle de votre maison ; et d'autres malheurs , croyez-moi , s'ensuivront encore, car de telles alliances n'amènent jamais un heureux résultat, et j'en suis moi-même un exemple... Mais, silence! on nous observe. »
t Les domestiques du château d'Arnheim , dont les objets de distraction n'étaient pas fort nombreux , remarquaient avec d'autant plus d'attention ceux qu'ils pouvaient rencontrer ; et quand approcha le terme auquel le Persan devait cesser de recevoir l'hospitalité au château , grand nombre d'entre eux , sous différents prétextes, dont la frayeur était le mobile secret, allèrent se cacher, tandis que les autres se tinrent dans l'attente de quelque catastrophe singulière et terrible. Rien de tel n'arriva pourtant; et au jour déterminé, bien avant l'heure fatale de minuit, Dannischemend termina sa longue visite au château d'Arnheim en sortant à cheval par la porte, comme un voyageur ordinaire. Le baron avait cependant pris congé de son maître avec de nombreuses marques de regret et môme du plus vif chagrin. Le sage Persan le consola en lui parlant à voix basse et long-temps; mais on n'entendit que la fin de ses paroles : « Au premier rayon du soleil elle sera avec vous. Soyez bienveillant pour elle , mais avec une grande réserve. » 11 partit alors, eL depuis il ne fut jamais question de lui dans les environs d'Arnheim.
€ On remarqua que le baron , durant tout le jour du départ de l'étranger , fut d'une excessive mélancolie. Il resta , contre sa coutume , dans le grand salon, et ne visita ni la bibliothèque ni le laboratoire, où il ne pouvait plus jouir de la compagnie de son ancien instituteur. A la pointe du jour suivant, sire Herman appela son page, et contrairement à son habitude , qui était plutôt de s'habiller avec négligence, il mita sa parure le plus grand soin; et, comme il était dans le printemps de la vie et d'une noble figure , il avait raison d'être satisfait de son extérieur. Sa toilette finie, il attendit que le soleil se montrât au dessus de l'horizon , et alors , prenant sur la table la clef du laboratoire, que le page croyait y être restée toute la nuit, il .«se dirigea vers ce lieu, suivi de son serviteur. A la porte, le baron s'arrêta et sembla tout-à-coup hésiter, d'abord s'il ne renverrait pas le page, ensuite s'il ouvrirait la porte, comme eût fait une personne qui se serait attendue à trouver quelque chose d'extraoïdinaire en dedans. Il persista dans sa résolu-