‹ Anne de GeiersteinChapitre 81 sur 246 · LE GOUVERNEUR · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR

LMnimitié et la colère sont récemment entrées; dans l'esprit de votre duc soi-disant orfensé ; il sévit contre les marchands, nos honnêtes concitoyeïis , qui , manquant d'or pour racheter leur vie, ont scellé do leur sang ses rigoureuses lois.

Shakspeare. Comédie des Erreurs»

L'aurore commençait à peine à dominer l'horizon, lointain qu'Arthur Philipson était sur pied, préparant tout pour le départ de son père et le sien, qui, suivant les conventions de la nuit précédente, devait avoir lieu deux heures avant celle où I5 land;uiiman et sa suite se proposaient de quitter le château lui^é de Graffs-Lust. Il ne lui fut pas difficile de séparer les paquets soigneusement arrangés qui contenaient les etîets de son père, des malles grossières dans lesquelles était renfermé le ba^^oge des Suisses. Les un^ étaient confectionnés avecl'attentiond.egens accoutumés à de longs et périlleux voyages , les autres avec, la simple insouciance de ceux

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qui s'éloigoaient rarement de leur maison, et n'étaient que des voyageurs sans la moindre expérience.

Un domestique du landamman seconda Arthur dans cette tâche, et l'aida à placer le bagage de son père sur la mule appartenant au député barbu de Schwitz. II reçut aussi de ce personnage des instructions concernant la route de Graff's-Lust à La Ferelte, qui était trop simple et trop droite pour rendre vraisemblable qu'ils courussent aucun risque de perdre leur chemin , comme cela leur était arrivé lorsqu'ils voyageaient dans les montagnes de la Suisse. Tout se trouvant alors prêt pour leur départ, le jeune Anglais réveilla son père et lui annonça qu'ils n'avaient plus qu'à partir. Il se retira ensuite vers la cheminée, pendant que son père, suivant son habitude quotidienne , répétait la prière de saint Julien , patron des voyageurs , et s habdlait pour se mettre en route.

On ne s'étonnera point si, pendant que le père s'acquittait de ses dévotions et s'équipait pour le voyage, Arthur, le cœur plein de ce qu'il avait si récemment vu d'Anne de Geierstein, et la tète troublée par le souvenir des événements de la nuit précédente , tint ses yeux constamment fixés sur la porte de la chambre à coucher où il avait vu naguère celte jeune personne disparaître. Celte pâle, et, pour ainsi dire, fantastique ligure, qui avait deux fois passé si étrangement devant lui, était-elle un esprit vagabond des éléments , ou bien la substance vivante de la personne dont elle avait pris l'extérieur? Sa curiosité était si vive sur ce point, qu'il ouvrait ses yeux le plus large possible, comme s'ils eussent pu pénétrer, à travers le bois et la muraille, dans l'appartement de la jeune fille endormie, pour découvrir sises yeux ou ses joues portaient le moindre indice montrant qu'elle avait veillé ou couru les champs la nuit dernière.

««^Mais, » se disait-il intérieurement, « c'est la preuve à laquelle Rudolphe en a appelé, et Rudolphe seul sera à même d'en observer le résultat. Qui .sait quel avantage les communications que je lui ai faites peuvent lui donner pour favoriser ses prétentions auprès de cette aimable créature? et que pensera-t-elle de moi?.,. Que j'ai la tête légère et la lang^ue trop lon^juc; qu'il ne [)eut rien m'arriver d'extraordinaire sans que j'aille aussitôt le ci icr aux oreilles de ceux qui se trouvent les plus proches de moi dans le moment ! Je voudrais que mu langue se lût paralysée avant d'avoir dit un mot à ce her et rusé fernulleur. Je ne la reverrai plus!... Il faut s'y résoudre comme à une chose certaine. Je ne connaîtrai jamais la vé-

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