‹ Anne de GeiersteinChapitre 97 sur 246 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

revît dans une circonstance où il devait le moins s'attendre à les revoir. L'inexprimable étonnement du prisonnier lui imprima une espèce de respect religieux qui domina même ses craintes personnelles... € Est-ce possible?» se demandait-il tout bas; « a-t-elle réellement la puissance d'un esprit élémentaire? a-t-elle évoqué ce noir démon de la terre pour qu'il travaillât avec elle à ma délivrance? »

Sa supposition parut bientôt se réaliser, car la figure noire, donnant la lumière à Anne de Geierstein , ou du moins à l'apparition qui portait sa parfaite ressemblance, s'avança vers le prisonnier, et coupa la corde qui lui liait les bras avec tant de promptitude qu'elle sembla tomber comme par enchantement. La première tenta^ tive d'Arthur pour se lever fut infructueuse; et une seconde Ibis ce fut la main d'Anne de Geierstein.... main vivante , sensible au toucher comme à la vue.... qui l'aida à se remettre sur ses pieds et à se soutenir comme elle avait déjà]fait lorsque le torrent retentissait sous leurs pas. Son contact produisit un effet beaucoup plus profitable que l'aide physique dont les faibles forces de la jeune fille la rendaient capable. Le courage fut rendu à son cœur, la vigueur et la vie revinrent à ses membres meurtris et déchirés : si grande est l'influence de l'esprit humain sur les infirmités du corps quand son énergie est mise en jeu î II allait adresser la parole à Anne , avec l'accent de la plus vive reconnaissance ; maïs les mots moururent au bout de sa langue , lorsque la vierge mystérieuse , mettant un doigt sur ses lèvres , lui fit signe de garder le silence , et en même temps l'engagea à la suivre. Il obéit, muet de surprise. Ils franchirent le seuil de l'affreux cachot, et parcoururent deux ou trois corridors étroits, mais compliqués, qui, taillés dans le roc en certains endroits, et construits dans d'autres en pierres de taille non moins dures , conduisaient probablement à des caveaux semblables à celui où Arthur était depuis si peu de temps captif.

L'idée que son père pouvait bien être enfermé dans quelque horrible cellule comme celle d'où il venait de sortir engagea Arthur à s'arrêter un instant , lorsqu'ils arrivèrent au bas d'un petit escalier tournant qui conduisait sans doute hors de celte partie souterraine de l'édifice.

< Venez, chère Anne, dit-il, conduisez-moi à sa délivrance : je ne veux pas laisser ici mon père. »

Elle secoua impatiemment la tête , et lui fit signe de monter.

« Si votre pouvoir n'est pas assez grand pour sauver mon père.

je veux rester ici, moi , pour le sauver ou mourir!.. Anne, ma chère Anne ! »

Elle garda le silence ; mais l'homme qui l'accompagnait répliqua d'une voix creuse, répondant assez bien à son apparence : < Parle, jeune homme , à ceux qui ont la permission de te répondre , ou plutôt garde le silence , et écoute mes instructions , qui seules peuvent te mettre en état de rendre à ton père la liberté, et de lui assurer la vie. »

Ils montèrent l'escalier , Anne de Geierstein marchant la première, tandis qu'Arthur, qui la suivait de près, ne pouvait s'empêcher de penser que son corps même produisait une partie de la lumière qui était réfléchie par la torche sur ses vêtements. C'était probablement l'effet de la croyance superstitieuse que le récit de Rudolphe lui avait fait adopter relativement à la mère d'Anne, et qui était confirmée par l'apparition soudaine de sa fille dans un lieu et dans une circonstance où elle devait être si peu attendue. Il n'eut cependant pas beaucoup de temps à réfléchir à sa présence ou à sa conduite, car elle montait l'escalier trop vite pour qu'il lui fût possible de la suivre alors, et il ne la revit plus lorsqu'il arriva sur le palier. Mais s'était-elle dissipée dans l'air, avait-elle détourné par quelque autre corridor? On ne lui laissa point un instant de loisir pour l'examiner.

« Voilà voire chemin, » dit à Arthur son guide noir; et en même temps il souffla son flambeau, puis, saisissant Philipson par le bras, il le conduisit par une sombre galerie dune longueur considérable. Le jeune homme n'était pas toujours exempt de frayeur lorsqu'il songeait aux regards sinistres de son conducteur qui était armé d'une dague ou poignard qu'il pouvait lui plonger tout-à-coup dans le sein. Mais il ne pouvait se résoudre à redouter une trahison de la part d'un individu qui s'était trouvé et qu'il avait pu voir dans la compagnie d'Anne de Geierstein ; et dans son cœur il lui demanda pardon de la crainte qu'il avait sentie un moment , et se laissa conduire par son compagnon qui avançait d'un pas rapide mais léger, et lui recommanda à voix basse d'en faire autant. — Notre voyage, dit-il enfin , se termine ici. »

Comme il parlait, une porte s'ouvrit et ils entrèrent dans un sombre appartement gothique, garni de larges tablettes en chêne qui semblaient pleines de livres et de manuscrits. Tandis qu'Arthur promenait ses regards autour de lui , avec des yeux éblouis par l'éclat soudain du jour dont il avait été quelque temps privé , la porte

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