Bibl. nat., ms. fr. 4120, f°s 151-155 v
22\ LA POSTÉRITÉ d'aNNE DE GRAVlLLI.
son apanage, et on renferma à la Bastille (il y devait rester douze ans). Quant à la marquise, bien que gardée à vue, elle ne perdit rien de son assurance. Elle ne demandait, disait-elle, que trois choses au roi : le pardon pour son père, une corde pour son frère — et justice pour elle ; et elle ajoutait que, si le roi la faisait mourir, on dirait qu'il avait fait mourir sa femme, « et qu'elle étoit reine devant l'autre » x.
Le Parlement instruisit l'affaire. Interrogé, le vieux François de Balsac s'efforça de disculper Henriette ; le comte d'Auvergne, lui, rejeta sur sa sœur la responsabilité du complot. Quant à celle-ci, elle soutint hautement son innocence ; elle avait été avertie, dit-elle, que, si le roi venait à disparaître, la reine la « détruirait », elle et les siens ; de là les démarches faites par son père pour lui ménager un asile en Espagne. L'arrêt du Parlement fut rendu le 2 février 1605. Convaincus du crime de lèsemajesté, le comte d'Auvergne, François de Balsac et Thomas Morgan (un agent secret de l'Espagne, qui avait joué dans l'intrigue un rôle subalterne) furent condamnés à avoir la tête tranchée. Au sujet d'Henriette, les juges décidèrent qu'il serait plus amplement informé ; en attendant ce supplément d'information, elle devait être détenue au couvent de Beaumont-lez-Tours. Henri IV ordonna de surseoir à l'exécution de l'arrêt et fit dire à son ingrate maîtresse qu'elle obtiendrait son pardon, si elle le