‹ Anne de GravilleChapitre 109 sur 154 · L'Esloile · texte numérisé non relu

L'Esloile

HENRIETTE DE BALSAC 225

demandait. Celle-ci, toujours aigre et revêchê, répondit fièrement « qu'elle n'avoit jamais offensé le roy et que, quand il n'y avoit point d'offense, il n'y échéoit point de pardon » !. Cependant la vieille Marie Touchet vint, accompagnée de sa seconde fille, se jeter aux pieds du roi ; et, de son côté, le duc de Lennox, ambassadeur extraordinaire du roi d'Angleterre, et beau-frère de François de Balsac 2, sollicita pour ses proches. Henriette enfin, quoi qu'il en coûtât à son indomptable orgueil, se résigna à solliciter elle-même, et elle écrivit au roi une lettre bizarre et d'ailleurs fort habile, où se trouvaient les mots essentiels :

Un temps fust que Vostre Majesté recepvoitde moy

de doux baizers au lieu des propos amers qu'elle reçoit maintenant, et des souspirs d'amour au lieu des sanglots d'affliction. J'estoys tousjours collée à vostre bouche, et, mieux encore, à vostre âme 3; que si parfoys je m'en séparois pour souspirer mes amours, mes souspirs vous estoient les plus doux et les plus favorables qui puissent conduire au port la félicité la plus désirée; et si j'ouvrois la bouche pour vous dire quelque chose, il vous sembloit que le ciel s'ouvroit pour vous recevoir. Mais tous ces contentemens passés se sont maintenant changés en dégoûts. . . J'aime comme auparavant, je brûsle avec autant d'ardeur qu'auparavant, mais non avec autant de félicité que je ressentois avant cette dernière amer-

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