‹ Anne de GravilleChapitre 111 sur 154 · Bibl. nat., ms. fr. 6144, f° 27 v<\ Copie · texte numérisé non relu

Bibl. nat., ms. fr. 6144, f° 27 v<\ Copie

HENRIETTE DE BALSAC 227

vous voye en particulier, et que, devant que les feuilles tombent, je vous les fasse voir à l'envers. » — « Mon inclination et toutes mes résolutions me portent tellement à vous aimer, ajoute-t-il le 20 octobre, qu'il faudroit de grands efforts d'ingratitude pour m'ébranler » ; et trois jours après : « Hors de vostre présence ou de vos nouvelles, je n'ay non plus de joie qu'il n'y a de salut hors de l'Église 1. » — En 1608, le ton des billets se maintient au même diapason : 8 avril. « Mon cher cœur, ce ne sont point les dévotions qui m'ont empesché de vous escrire, car je°ne pense point mal faire de vous aimer plus que chose du monde... 2 » — 22 mai. « Mon cher cœur... Un lièvre m'a mené jusqu'aux rochers devant Malesherbes, où j'ay esprouvé

Que des plaisirs passés doulce est la souvenance.

Je vous ay souhaitée entre mes bras comme je vous y ay veue ; souvenez-vous-en, en lisant ma lettre... Mes chères amours, si je dors, mes songes sont de vous ; si je veille, mes pensées sont de mesme. Recevez, ainsy disposée, un million de baisers de moy. » — Il lui écrit encore, cette même année 1608 : « Croyez que je vous ayme plus chèrement que tout ce qui est au monde. » Et il faudra que l'acariâtre Henriette ait apparemment mis le comble à ses mauvais procédés pour qu'il se décide — lui, le plus débonnaire des amants — à luiadres-

1. Le billet se termine sur ces mots : « Bonjour, l'âme à moy, je te baise un million de foys. »

2. Il était pourtant marié. Mais l'était-il avec Henriette ou avec Marie de Médicis ? — Lui-même ne le savait pas bien.

ser, de guerre lasse, ce moi, qui semble annoncer une rupture définitive : « Enfin vostre ingratitude a accablé ma passion. * »

Elle aurait pu, malgré tout, se maintenir longtemps encore en une sorte de faveur, si le hasard ne lui avait donné une rivale triomphante en la personne de Charlotte-Marguerite de Montmorency. On sait qu'Henry IV se prit d'une passion sénile et d'autant plus violente pour la fille du connétable, et comme quoi il la maria (17 mai 1609) avec le prince de Condé, en qui il espérait trouver un mari de bonne composition. « Le roi, dit à ce propos madame de Verneuil (elle ne se refusait jamais un bon mot, ce que nous appellerions une rosserie), le roi veut rabattre le cœur de M. le Prince et rehausser sa tête 2. » Mais Condé, qui prétendait garder sa femme pour lui, s'enfuit aux Pays-Bas (30 novembre 1609).

Pendant ce temps, Henriette se laissait faire la cour par le duc.de Chevreuse, puis par le duc de Guise. Avec ce dernier, les choses allèrent loin : il fut question de mariage. La marquise, en femme d'expérience, s'empressa de se faire donner une promesse et fit même dresser le contrat et publier les bans3. Henri IV, averti, éloigna le duc en l'envoyant dans son gouvernement de Provence. Il tenait à ce que Mine de Verneuil passât encore pour

1. Lettres-Missives, t. VII, p. 665 : orig. autog. sans date (1608).

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