Antoine Arnauld, le chef de l'illustre tribu des Arnauld
5. Il faut croire que cette contre-lettre ne fut pas donnée . L'avocat de Bassompierre, lors du procès de Rouen, dont il sera plus
la promesse en question. Il s'exécuta le 10 juillet 1610 ^ Et Mme d'Entragues, qui avait gardé toute sa foi dans ce genre d'engagements, consentit à reprendre sa fille.
Elle n'en était pas moins irritée pour cela contre le séducteur. Un proche parent du roi, Charles de Bourbon, comte de Soissons, cousin (par Jacqueline de Rohan) des fils de François de Balsac, ne se lassait pas d'ailleurs de leur répéter que Bassompierre « déshonorait leur maison », et leur promettait son appui pour obtenir la réparation à laquelle leur sœur pouvait prétendre.
Poussée par eux et par lui, Mme d'Entragues somma Bassompierre de faire honneur à sa promesse du 10 juillet 1610. Mais ce bourreau des cœurs n'avait pas, ai-je dit, la vocation conjugale. On a même de lui — car il se piquait de littérature — une « épître à Cléandre » où il a pris la peine de développer, en style académique, les motifs de l'aversion que lui inspirait le mariage 2 :
loin question, n'eût pas manqué de s'en servir : or, il n'y fait môme pas allusion.
1. Voici le texte de cette promesse, tel que le cite, dans sa plaidoirie, l'avocat de Bassompierre : « Nous, François de Bassompierre, promettons et jurons devant Dieu à Marie-Charlotte de Balsac cy présente de l'espouser et prendre à femme. En foy de quoy nous avons escrit et signé de nostre main le dixième de juillet mil six cent dix. m — Au bas de la feuille, Marie-Charlotte avait ajouté, paraît-il : « Nous, Marie-Charlotte de Balsac, promettons et jurons devant Dieu à François de Bassompierre cy présent de l'espouser et prendre à mary. Faict ce dixième juillet 1640. »
2. Bibl. nat., mss. fr. 19195-196 et 645. Ce dernier ms., comprenant les sept premiers morceaux contenus dans le ms. 19195, a pour titre : Discours académiques de Monsieur le mareschal de Bassompierre en forme d'épistres à Monsieur de Balzac. Mais Bas-
Après tout, Cléandre, — ainsi se termine ce réquisitoire — il fait mauvais s'obliger par contract à une action si libre et si vollontaire. Ce n'est pas que je veuille approuver ici ni le débordement (ni) le vice, quelque volupté qui se trouve dans une affection secrète. Il y a toujours du blasme en ce qu'elle est illégitime ; mais, sans faire le casuiste en ce point... j'estimerois que Tofense n'est guères moindre de ceux qui, mescontents de leur mariage, chargent leur moitié de malédictions et d'injures... Une licence modérée est moins criminelle à mon advis qu'une pareille vie, où l'on ne sort jamais de la rage et du désespoir.
Il n'est que trop véritable, Gléandre, qu'après la religion des chartreux, celle des mariez est la plus austère. Que si vous en voulez prendre tout à la fois une sommaire idée, représentez-vous l'inconstance et les vanitez d'une femme, les infîrmitez de son sexe, l'incertitude de sa fidélité, les chagrins de sa grossesse, les cris de l'enfantement, l'incommodité de ses couches, les importunes clameurs des petits enfants, le soin de leur avancement, la crainte de les perdre et le regret de les quitter. Après tout cela, sondez jusques au fond de vostre âme. Et s'il vous reste encore quelque volonté de vous marier, allez à la bonne heure vous embarrasser dedans ces espines ; car si l'appas d'une foible douceur vous oste l'appréhension de tant de peines, vous méritez de les souffrir.
On peut juger, d'après celte déclaration de principes, de l'accueil que fit Bassompierre à la mise en demeure de Mme d'Entragues : « il s'en moqua ». Sur quoi celle-ci de le faire citer par sa fille devant
sompierre n'est l'auteur probable que de l'épître intitulée : « S'il faut se marier ou non. » « Monsieur de Balzac », c'est Guez de Balzac. Guez de Balzac était en rapports littéraires avec Bassompierre : « Dans cette distribution (probablement de la douzième édition de ses œuvres, 1644) il ne faudrait pas oublier Monsieur le mareschal de Bassompierre », écrit-il à Chapelain le 2 mai 1G44 (Lettres de Jean Louis Guez de Balzac, éd. Tamizey de Larroque. Paris, Impr. nationale, 1873).
l'official de Paris qui, par une sentence du 18 mai 1612, déclara valide la promesse de mariage représentée par Marie-Charlotte. Bassompierre en appela de Tévêque de Paris à son métropolitain, l'archevêque de Sens. De l'officiante de Sens, l'affaire fut portée au Parlement de Paris, puis, en exécution d'un arrêt du Grand Conseil, renvoyée au Parlement de Rouen, à raison des parentés qu'avaient les Balsac parmi les magistrats parisiens 1 .
A Rouen, elle prit tournure de cause célèbre et donna lieu à des scènes curieuses, bien caractéristiques de nos anciennes mœurs judiciaires 2. Le comte de Soissons3, l'archevêque d'Aix 4, tous les Balsac allaient sollicitant les juges pour Marie-Charlotte. Se targuant de la protection, publiquement accordée, de la reine5, Bassompierre, de son côté, avait amené deux cents gentilshommes, et faisait ses
1. Antoine Hennequin, seigneur d'Assy (le père de Catherine Hennequin, femme de César de Balsac), était conseiller au Parlement de Paris et allié à de nombreuses familles parlementaires.
2. A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie. Rouen, 1861, t. IV, p. 279 et suiv.
3. Son appui ne tarda pas à manquer à Marie-Charlotte : il mourut le 1er novembre 1612.
4. Paul Hurault de l'Hôpital. — Il fut archevêque d'Aix de 1595 à 1624. Bassompierre le qualifie de safranier (homme ruiné, banqueroutier) et de fripon.
5. Bibl. nat., Cinq-Cents Colbert 89, fol. 150 et suiv. ; cf. Batiffol, op. cit., p. 337 : « Soit sincère amitié à l'égard du jeune homme (Bassompierre), soit rancune contre une famille dont elle n'avait pas à se louer, la régente exerça sur les magistrats une pression inimaginable. Elle écrivit au premier président, M. Faucon de Ry, aux cinq présidents, au procureur général, aux deux avocats généraux et aux vingt-deux conseillers, plusieurs lettres, à chacun séparément ; elle envoya Marillac à Rouen porter ces lettres avec charge de joindre des recommandations pressantes de vive voix ; elle ordonna au maréchal de Fervaques, lieutenant-
visites à la tête d'une petite armée. Il fallut que la Cour rendît un arrêt par lequel elle défendait aux parties de se faire accompagner chez leurs juges de plus de six ou huit parents ou amis. Et comme, par ordre du maréchal de Fervaques, lieutenantgénéral à Rouen, la cinquantaine et la compagnie des arquebusiers, sous prétexte de maintenir Tordre, venaient, pendant les audiences, stationner dans la grand' salle, le Parlement dut protester contre des démonstrations militaires qui menaçaient de porter atteinte à l'indépendance de la justice.
« Mes parties *, raconte Bassompierre, m'avoient fait une ruse de Palais, qui est d'avoir fait consulter, par tous les fameux avocats de Rouen, leur cause. » — Ayant donné des consultations pour Marie-Charlotte, les avocats rouennais se trouvaient, en effet, dans l'impossibilité de plaider contre elle. Bassompierre se rabattit sur un avocat de Paris, nommé Mauguin. Mais la reine, mal satisfaite de ce choix, poussa la bienveillance jusqu'à lui désigner ellemême, comme plus apte à gagner le procès, le procureur syndic des Etats de Normandie, François de la Bertinière ou de Brétignières, qui était en grande réputation d'éloquence 2.
général à Rouen, d'agir avec instance auprès de chaque magistrat; un exempt de ses gardes, Montbron, partit même afin de lui rendre compte de ce qui se passerait et de réclamer auprès du premier président le huis clos ; mais Bassompierre voulut l'audience publique. D'autres personnages, l'évêque d'Évreux, furent invités par la souveraine à joindre leurs instances aux siennes... »