‹ Anne de GravilleChapitre 141 sur 154 · Je ne dis pas même chrétiens · texte numérisé non relu

Je ne dis pas même chrétiens

Que s'il y a des torts ou injures prétendues d'une part ou d'autre, ce n'est à aucune des parties d'en juger ou avoir cognoissance. N'est-ce pas au Prince ou au Magistrat de cognoistre, voire juger à qui est l'offense, et qui est l'agresseur ? N'est-ce pas lui qui est l'âme de la Loy ? Chercher la vengeance, juger en sa cause, et se déclarer, comme dict est, partie, juge et bourreau ou exécuteur, n'est-ce pus entreprendre sur l'autorité du Prince ? Outre ce, est-ce vivre honorablement, que d'estre meurtrier contre le commandement de Dieu ? Au contraire, est-ce vivre honteusement que de le craindre et obéir aux loix de nos supérieurs, pour l'amour de luy ? Nous réputons à blasme de ne revancher nos oultraiges, et non pas d'estre vicieux. 0 temps ! 0 mœurs! 0 impiétés par trop grandes !

Je dis cecy, Noblesse françoise, non tant pour rafreschir la mémoire de nos playes et pertes advenues pour telles brèches faictes à la loy de Dieu et du Prince, comme pour vous supplier d'ensevelir la trop misérable imitation du triste passe-temps d'Abner et de Joab ' ...

Et Sorbin va préciser :

...Qu'est-il de plus triste, Françoys, quoy de plus déplorable, que de veoir un nombre de fils d'honnestes et honorables familles s'entrebattre et entretuer, par manière de dire, pour néant, et la décision de leur différent approcher par trop près de celle et du tems de Joab, et des Horatiens et Curiatiens, voire de plus près qu'il ne convient ni au bien, ni au bon nom de nostre nation, et françoyse et très chrestienne ?

1. II. Rois, II, 14-16 : « Abner dit à Joab : que quelques jeunes gens s'avancent et s'exercent devant nous. Joab répondit : qu'ils s'avancent. — Aussitôt douze hommes de Benjamin, du côté d'Isboseth, fils de Saùl, parurent et se présentèrent; et il en vint aussi douze du côté de David. — Et chacun d'eux ayant pris par la tête celui qui se présenta devant lui, ils se passèrent tous l'épée au travers du corps, et tombèrent morts tous ensemble ; et ce lieu s'appela le champ des vaillants en Gabaon. »

l'oraison funèbre de caylus 293

Mais, « le malheur étant advenu tel , je ne dois pour cela désister, poursuit Sorbin, de louer nostre defunct » ; et ce, « tant pour l'instruction de tous que pour la consolation de ses parents et amis ».

Et il le loue d'abord « pour estre issu d'honorable, voire illustre extraction »,

Ayant esté parent, de même nom et armes, de beaucoup de maisons de grand nom, comme celle qui est honorée du titre de mareschal de la foy * en nostre pays de Languedoc, pour avoir assisté, tant à toutes les expéditions faictes et dressées contre les Sarrazins en Levant, quant et 2 l'honorable maison de Montfort et aultres, voire nostre saint Louis, roy de France. Le père donc de nostre défunt, descendu de telle et si honorable tige, parent par même moyen de plusieurs fameuses maisons extraites de même (comme de Ventadour, Gozans, Cailus, Saint-Léran) a voit sa mère extraite de la fameuse famille d'Amboise 3, fameuse, dis-je, tant pour sa sincérité en la foy, que pour les bons et loyaux services rendus de longue main à la Couronne et

royaume de France La mère de nostre defunct fut fille de

feu monsieur de Montpesat, mareschal de France 4...

Issu de tels parents, le défunt, s'il avait vécu, n'eût pas démenti les traditions de vertu et de piété de ses ancêtres,

D'autant que, depuis sa blessure jusques au dernier souspir, il n'a cessé d'employer grande partie du temps à faire péni-

1. Ce titre, qui passa à ses descendants, fut donné à Guy Ier de Lévis, qui se croisa sous le comte de Montfort pour la guerre des Albigeois, et fut fait maréchal de l'armée des Croisés.

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