‹ Anne de GravilleChapitre 18 sur 154 · Bibl. nat., Pièces originales, Balsac, vol. 178, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Pièces originales, Balsac, vol. 178, f

toriographe lyonnais Symphorien Champier. L'un de ces opuscules a pour titre La nef des batailles. Robert de Balsac était qualifié pour composer ce petit traité d'art militaire 1 où l'on voit décrit « Tordre et train que ung prince ou chief de guerre doit tenir tant pour conquester ung pays et passer ou traverser celluy des ennemys ».

Robert est également l'auteur d'une moralité, Le droit chemin de Ihopital et les gens qui le trouvent par leurs œuvres et manières de vivre 2, etc. Le Droit chemin de Ihopital est une œuvre humoristique. L'auteur y passe en revue tous les gens qui se ruinent et toutes les manières qu'il y a de se ruiner. Il cite entre autres comme destinés à finir à l'hôpital :

Ceux qui ont petit et despendent beaucoup... Gens, quelque grande seigneurie qu'ils ayent en présent, qui despendent le leur follement et sans raison ne ordre... Gens qui couchent tard et lièvent tard... Gens qui font porter grans habillemens et grands triumphes à leurs femmes plus que leur chevance ne biens ne portent... Gens qui demourent beaucoup à se habiller le matin pour ce que le lasset est desserré et les aiguillettes des chausses... Gens qui chantent

1. « Fait et compose par noble et puissant seigneur Robbert de balsac seigneur dantregues et de saint amand es montaignes : conseiller et chambellan du roy nostre sire et son seneschal es pays de gascongne et agenes ».

2. M. Allut, op. cil., a reproduit le Chemin de Ihopital d'après l'édition de Champier (1502). M. Tamizey de Larroque en a donné un texte un peu différent, d'après une autre édition, qui doit dater, pense-t-il, des environs de 1525. La moralité de Robert de Balsac a, du reste; été réimprimée deux ou trois fois, à Lyon et à Paris, dans les premières années du xvie siècle, mais toujours avec des variantes et des modifications dans le titre.

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toujours de gaudeamus et jamais de requiem... Gens qui laissent perdre cent escuz pour peur de en despendre dix...

On voit le ton et les allures de pince-sans-rire. Cette satire morale « paraît avoir eu une grande vogue vers la fin du xve siècle et au commencement du xvie. Pierre Gringoire s'en est sans doute inspiré dans les Abus du monde ; le Catholicon des Maladvisez de Laurens des Moulins n'en est qu'une amplification poétique ; enfin d'Adonville, dans ses Regrets et peines des Maladvisez et dans ses Moyens d'éviter merencolie, s'est borné à la mettre en rimes »... !.

Robert de Balsac testa le 3 mai 1503 et mourut le 9 du même mois. Il fut inhumé dans l'église collégiale de Saint-Amand, qu'il avait fait bâtir 2. Il laissait cinq enfants 3, dont deux fils : l'aîné, Pierre, fut le mari d'Anne de Graville.

1. Emile Picot, Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le Baron James de Rothschild. Paris, Morgand, 1884, p. 75, art. 137.

2. Déribier-du-Châtelet, op. cit., t. III, p. 109-110. — On a trouvé, lors de la démolition de l'église, une plaque de cuivre sur laquelle sont gravées son épitaphe et celle de sa femme. Voici ces épitaphes : « Cy devant gyt noble et puissant sénieur Robert de Balsac, chevalier, conseiller chambellan du roy nostre sire et son sénéchal d'Agenois et de Gascongne, et capitaine des gendarmes de l'ordonnance, et fondateur de l'église de céans, qui trépassa le neuviesme jour du mois de may mil cinq cents et trois. Priez Dieu pour son âme. — Cy devant gyt noble damoiselle Antonie de Castelnau de Brethenoux, famé et épouse dudit Robert de Balsac, senechal d'Agenois, laquelle trépassa le neuviesme jour de septembre l'an mil quatre cent quatre-vingt quatorze. Priez Dieu pour son âme. »

3. L'une de ses filles fut cette Jeanne de Balsac qui épousa, en 1497, Amaury de Montai, seigneur de la Roquebrou, et qui édifia le château actuel de Montai, cet admirable exemplaire de

Sur Marie de Balsac, femme de l'amiral de Graville, l'on n'a que des renseignements insignifiants \ Tout paraît indiquer qu'elle vécut, filant la laine dans l'ombre du gynécée.

En 1477, son mari l'ayant autorisée à tester, elle donna aux Célestins de Marcoussis plusieurs petits fiefs, dont le revenu devait être employé à la fondation d'une messe perpétuelle et quotidienne pour le repos de son âme 2. Elle augmenta cette donation en 1499.

Elle mourut le 23 mars 1503, « ayant été exer-

l'art et de l'architecture de la Renaissance. On sait comme quoi Montai, dont toutes les merveilleuses pierres sculptées — bustes, cheminées, etc. — avaient été arrachées par des spéculateurs sans scrupules et transportées à Paris, en 1881, pour y être vendues, a été depuis racheté par M. Maurice Fenaille, qui en a généreusement fait don à l'État, après avoir réussi, au prix d'efforts infatigables, à en reconquérir et à en remettre en place les membres dispersés.

1. Peut-être l'amiral la connut-il au cours d'un voyage qu'il fît en Armagnac, en 1470 ou 1471 (P. Anselme, t. VII, p. 865), tandis que Rauffet de Balsac — son futur beau-père — y commandait une partie des troupes royales envoyées contre Jean V(Devic et Vaissete, t. V, p. 43).

2. Perret, op. cit., p. 225. — Elle leur donna aussi, dit Simon de la Motte, une lampe d'argent doré et une coupe de vermeil « qui a servi à resserrer le Saint-Sacrement, lorsqu'il étoit exposé et suspendu au bout d'une crosse de cuivre sur le maître-autel ».

cée par une quantité de maladies », rapporte Simon de la Motte. Son épitaphe, qu'il a eu le soin de transcrire, parle de la « sainteté de sa vie ». Ce dut être une mère, une épouse modèle, et, par surcroît, une excellente femme, aimée de son entourage. L'un des serviteurs de Graville, Etienne Le Prévost, légua une partie de ses biens aux Gélestins de Marcoussis, à charge par eux de dire chaque jour, en revenant de la messe, en même temps qu'un De profundis pour le repos de son âme, une oraison pour « Mademoiselle l'Amirale * ».

De son mariage avec Graville, Marie de Balsac eut cinq enfants : deux fils, Louis et Joachim, qui moururent en bas âge, et trois filles, Louise, Jeanne et Anne. Les « damoiselles » de Graville furent élevées à Marcoussis, et l'on se les peut représenter, travaillant, sous l'œil de leur mère, dans la grande salle du château, à ce « ciel de velours violet » dont parle Simon de la Motte, sur lequel elles avaient brodé en perles fines les mots : 0 salutaris hostia, et qu'elles donnèrent, pour en orner le tabernacle, à l'église des Gélestins.

Louise de Graville, après avoir été, suivant 1. Perret, op. cit., p. 227.

toute probabilité, fille d'honneur de la reine Anne *, épousa, en 1497 2, Jacques de Vendôme, vidame de Chartres, prince de Ghabanais, grand-maître des eaux et forêts de France et de Bretagne 3. Elle eut de lui quatre enfants : Louis et Charles de Vendôme, Catherine, morte jeune, et Louise, mariée à Jean de Ferrières. Elle perdit son mari en 1507 ou au commencement de 1508, et le suivit de près dans la tombe. Nous voyons, en effet4, que l'amiral prêta, en septembre 1508, entre les mains du roi, foi et hommage pour les seigneuries de Lassay et de la Châtre, comme « ayant le bail et garde noble » de Louise et Charles de Vendôme, enfants mineurs de feu Jacques de Vendôme, vidame de Chartres, et de Louise de Graville 5.

1. Le Roux de Lincy, Vie de la reine Anne de Bretagne, Paris, Curmer, 1860, livre IV, chap. I. — Son nom, pourtant, ne figure pas parmi ceux des Dames, demoiselles et filles d'honneur de la reyne Anne de Bretagne pour les années 1496, 1497, 1498, cités dans r« Extrait des comptes de Jacques de Beaune le Jeune, trésorier général 'des finances de la reyne » (Godefroy, Histoire de Charles VIII, p. 708).

2. C'est M. Wahlund qui donne cette date ; je la donne après lui, sans en avoir trouvé la justification.

3. Le P. Anselme, t. VIII, p. 722 : Généalogie des anciens comtes de Vendôme.

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