Ms. de l'Arsenal, miniature de présentation
3. Je renvoie sur ce point à Babelais (Gargantua, ch. xxm) et à un curieux article de M. Pierre Lalo (Feuilleton musical du journal Le Temps. 12 mars 191 Î3).
Billon 1 qui, sous ce titre bizarre, Le fort inexpugnable de V honneur du sexe féminin, a écrit, en i 555, un panégyrique enthousiaste des femmes, cite, parmi les cantatrices les plus réputées à son époque, tant pour leur « perfection d'organe naturelle » que pour leur « expérience en musicalle composition », la fille de l'amiral de Graville, Mademoiselle d'Entragues, « entre toutes grandement recueillye pour sa musicalle voix, outre tout l'ornement de son honnesteté » ; Mademoiselle d'Entragues, qu'il avait eu la bonne fortune d'applaudir au temps où « il plaisoit au roy François lui donner entrée en ses chambres royales »2... — On s'imagine, d'après cette phrase, Anne de Graville faisant ses premiers pas dans le monde, je veux dire dans les « chambres royales » :
Orgueilleuse et les yeux baissés,
telle une Delphine Gay de la Renaissance.
Elle avait certes quelque sujet d'être orgueilleuse, d'autant que les avantages physiques n'étaient pas les seuls dont elle pût se prévaloir. Intelligente et spirituelle, d'esprit ouvert et curieux, elle était, en outre (bien qu'elle soit qualifiée d' « ignorante et
1. Il fut le secrétaire de Guillaume du Bellay, dont Rabelais fut le médecin.
2. Il cite, en même temps qu'elle, une Madame de Martinville (d'Orléans), et cette Isabelle de Hauteville (qui épousa sur le tard le cardinal de Chatillon). Il raffolait, comme la plupart de ses contemporains, de la voix féminine : « Entre les paroles des dames », dit-il, « se fait sentir une âme qui, en vertu d'un son proprement angélique, ravyt à soy les cœurs des écoutans, les amolyt et leur persuade ce que bon luy semble. »
peu sçavante femme * »), fort instruite et lettrée. Elle savait probablement le latin, peut-être l'italien 2 ; et, à ses goûts littéraires — elle se rend à elle-même ce témoignage dans la devise qu'elle s'est composée : musas natura, lacrymas fortuna 3 — elle joignait le don poétique.
Elle dut, comme avaient fait ses sœurs, passer son enfance et sa première jeunesse à Marcoussis.
Le château était situé à six lieues de Paris, près de Montlhéry. Construit au commencement du xve siècle par Jean de Montaigu, le favori de Charles VI, il avait été restauré, agrandi et richement décoré par son arrière- petit-fils, l'amiral de Gra ville 4. Avec ses quatre corps de logis, ses quatre grosses tours rondes et son donjon carré, seul reste d'une construction antérieure ; avec ses deux chapelles superposées, ses vastes communs, son immense parc, renommé pour le haras qu'il contenait, pour ses aires d'oiseaux