Palamon et Arcita : dédicace à la reine Claude
2. Si l'on admettait, avec M. Wahlund, qu'Anne de Graville a écrit son remaniement de la Teseide (Palamon et Arcita), non pas d'après une ancienne traduction française, mais d'après le texte de Boccace, il faudrait par là même admettre qu'elle savait l'italien. L'italien était d'ailleurs très à la mode à la cour de François Ier.
3. Littéralement : « La nature m'a donné les muses, la fortune les larmes. »
4. Perron (de Langres), L'Anastase de Marcoussis, p. 57. — Le Roux de Lincy, op. cit., livre IV, ch. m. — Malte-Brun, p. 44 et suiv.
« tant de leurre que de poing » , sa faisanderie et sa fameuse héronnière, — c'était une des demeures seigneuriales les plus remarquables de l'Ile-de- France. Tout à côté, se voyaient l'église des Gélestins et leur monastère, jadis fondés par Jean de Montaigu (il avait son tombeau dans l'église), et que ses successeurs — et notamment l'amiral — n'avaient cessé d'enrichir de leurs libéralités.
C'est dans le cadre seigneurial et simple à la fois 1 de Marcoussis qu'Anne de Graville vécut ses plus belles années. Elle avait treize ou quatorze ans lorsqu'elle perdit sa mère (1503). Ses deux sœurs, depuis longtemps mariées, avaient quitté le foyer paternel. Elle dut s'élever un peu toute seule, auprès d'un père vieillissant, et du reste absorbé par ses importantes fonctions.
La vie, à Marcoussis, était assez austère et monotone. Cependant, à de certains jours, le château solitaire, les bois silencieux s'animaient 2. Des hennis-
1. Perron (de Langrcs), dans son Anastase de Marcoussis, donne des renseignements intéressants sur l'ancien ameublement du château : « La plupart des meubles, comme tables, chaises, etc., n'étoient que de bois de chêne ou de noyer, quelque peu de cèdre et autre bois odoriférent, comme coffres, armoires et buffets à l'antique etc. On y trouve deux ou trois douzaines de tables longues, en forme de caisses à mettre des vers à soye ; des rouets, des petits moulins et autres ustenciles servant à façonner la soye, et même de la filasse de plusieurs sortes, des laines apprêtées et du poil de lin prest à filer, ce qui marque une grande économie. »
2. Ils s'animaient même trop, au gré des Célestins. Pour s'isoler du bruit, ils firent construire un mur à la place de quelques haies qui séparaient seules le monastère des jardins du château. L'amiral s'opposa à cette construction (1509), qu'ils s'obstinèrent à continuer. D'où procès, saisie du temporel du monastère, etc. — Malte-Brun, p. 115; Perret, p. 227.
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sements, des aboiements, des appels de trompe remplissaient l'air ; une troupe joyeuse et bigarrée faisait irruption dans la vaste cour intérieure ; on ne voyait que lévriers tirant sur leurs laisses, chevaux caparaçonnés, faucons aux ailes frémissantes posés sur le gantelet des piqueurs et faisant sonner leurs vervelles. C'était le roi qui venait voler la perdrix ou courre le cerf chez son bon ami l'amiral. La nuit venue, la chasse finie, l'on regagnait le château, dont les hautes cheminées flambaient. Affamés et recrus de fatigue, les chasseurs y soupaient bruyamment, et repartaient le lendemain, dès l'aube, au son des fanfares, tandis que l'ardente jeune fille, le coude sur la pierre et le menton dans la main, suivait des yeux, se déroulant à travers la campagne, la fastueuse cavalcade.
On aurait tort, on le voit, de se la représenter comme une sorte de Gendrillon, sevrée de fêtes et de plaisirs. Du reste, elle quittait souvent Marcoussis, accompagnait son père au Bois-Malesherbes, à Rouen !, dans la plupart de ses voyages, et aussi dans les fréquents séjours qu'il faisait à Paris, en son hôtel du Porc-Epic 2.
4 . Plusieurs des livres qui lui ont appartenu portent la mention : « Achetté à Rouen ».
2. « Louis Mallet de Graville, dit Sauvai (Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, t. II, p. 152), demeuroit devant le palais des Tournelles à l'hôtel de Graville, qui se nommoit encore ainsi en 4551... Il a demeuré encore à la rue Percée et celle de Joui, dans la maison du Porc-Epic »... — D'après Sauvai, Graville aurait possédé, comme on voit, deux hôtels à Paris ; mais il se trompe assurément. L'hôtel du Porc-Epic s'appelait, sous Charles V, la maison des Marmousets. La maison des Mar-
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Il paraît bien l'avoir aimée de cet amour exclusif et tant soit peu jaloux qui, chez certains pères, prend une forme quasi conjugale. Elle était la joie de sa maison, la consolation de sa vieillesse. Il eût voulu la garder auprès de lui ; peut-être lui avait-elle promis de ne jamais le quitter *.
Cependant, pour l'acquit de sa conscience, il lui
mousets devint, en 1367, la propriété du célèbre prévôt de Paris, Hugues Aubriot. En 1397, le chancelier Pierre de Giac, qui l'avait acquise, la vendit au duc d'Orléans, frère du roi (c'est depuis lors qu'elle prit le nom d'hôtel du Porc-Epic, à raison de l'emblème adopté par le duc). En 1404, le duc d'Orléans échangea avec le duc de Berry l'hôtel du Porc-Epic contre celui des Tournelles. Le duc de Berry céda immédiatement l'hôtel du Porc-Epic au surintendant Jean de Montaigu. Les biens de Jean de Montaigu furent confisqués en 1409, mais, par l'effet de sa réhabilitation, l'hôtel, après avoir passé en diverses mains, finit par revenir à son arrièrepetit-fils dans la ligne maternelle, l'amiral de Graville, qui en partagea la propriété avec les d'Estouteville. — A la mort de l'amiral, la propriété fut démembrée entre : 1° ses héritiers ; 2° le prévôt Jean d'Estouteville. L'une des parties, celle attenant aux anciens murs de la ville — dite maison du Porc-Epic — échut à Anne de Graville ; l'autre — dite Yhôtel de Graville — située le long de la rue Percée, aux enfants de sa sœur Louise et de Jacques de Vendôme : l'on s'explique, par ce démembrement de propriété, la méprise de Sauvai. (Cf. Le Ménagier de Paris, traité de morale et d'économie domestique, composé vers 1393 par un bourgeois parisien, éd. de la Soc. des Bibliophiles, Paris, 1846, t. II, p. 253, note ; et Ch. Sellier, Rapport sur Vancien hôtel dit « du Prévôt », successivement appelé maison des Marmousets, hôtel du Porc-Epic, etc. (Ville de Paris. — Commission municipale du Vieux Paris. Procès-verbaux, année 1907). — Voir aussi le François Villon de M. P. Champion, Paris, 1913, t. I, p. 181.)
Rien ne subsiste plus aujourd'hui (passage Chârlemagné) de l'ancien hôtel du Prévôt : les derniers restes en ont été abattus en 1906 et 1908. Mais on conserve, dans la bibliothèque de la Ville de Paris (G. P. XIV, 25 ; G. P. XIV, 27), des photographies, fort intéressantes, de ces restes.
1. C'est du moins ce qu'avance Malte-Brun, op. cit., p. 99; mais je ne sais où il a pris ce renseignement.
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proposait des partis, avec le secret espoir qu'elle n'en accepterait aucun. Mais laissons ici la parole au bon Simon de la Motte, ce sous-prieur des Gélestins de Marcoussis, qui, sur la fin du xvne siècle, écrivit la vie de Jean de Montaigu, fondateur du monastère, « les éloges de ses parents... et quelques événements du dit monastère » :
Il s'est trouvé depuis peu, dit-il, dans le chartrier du château de Marcoussis *, une lettre du seigneur amiral (à sa fille) par laquelle, lui faisant savoir qu'elle estoit demandée en mariage par trois jeunes seigneurs, il lui en représentoit un d'entre eux assez volage ; il faisoit passer le second pour un emporté et un téméraire; et, quant au seigneur de Balsac (Pierre de Balsac, dont La Motte a parlé antérieurement), il lui dit qu'encore qu'il ne fût pas si riche ni autant accommodé que les deux autres, n'ayant que huit mille livres de rente, il estoit toutefois un gentilhomme sage, modéré et d'une belle conduite.
L'amiral n'avait garde, on le voit, de surfaire la marchandise ; et Pierre de Balsac est le seul des trois candidats auquel il se montre, après tout, favorable. De fait, malgré la modicité de sa fortune, Pierre était un excellent parti. Gentilhomme de bonne race, cousin de Marie de Balsac, fils de ce sénéchal d'Agenais, l'un des serviteurs les plus dévoués du duc d'Orléans, devenu Louis XII 2, il
1. Cette trouvaille fut probablement faite par Perron (de Langres), l'auteur, dont il sera parlé plus loin, de VAnastase (la résurrection) de Marcoussis.
2. Qu'on se rappelle le mot, plus haut cité (ch. i), de Charles VIII sur Robert de Balsac : « C'est l'homme du duc d'Orléans. »
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n'aurait eu, semble-t-il, qu'à demander dans les formes la main d'Anne de Gra ville pour l'obtenir sans peine, quel qu'eût été le secret déplaisir de l'amiral...
Au lieu de cela, il enleva la jeune fille. Quelles raisons le déterminèrent, c'est ce que l'on ignore. Mais Simon de la Motte fait à ce sujet des suppositions assez vraisemblables :
Or de savoir pourquoi ce seigneur si considéré se détermina de la façon et résolut cet enlèvement et cet excès peu louable après un témoignage si avantageux et si favorable de la part de son futur beau-père, c'est ce que je n'ai pu apprendre ni découvrir jusqu'à présent, si ce n'est que, pour prévenir la violence aussi bien que l'autorité de ses concurrents en une telle conquête, il a imaginé qu'il lui étoit plus expédient d'en user de la sorte et moins important pour lui de s'exposer à la disgrâce d'un beau-père qui, étant sage et avisé, pouvoit, en excusant sa passion amoureuse, lui remettre cette entreprise téméraire et cet attentat... que de prodiguer le sang humain pour le soutien de la poursuite de ses prétentions et la jouissance de sa dite conquête... *
Pour l'aider dans son entreprise, Pierre de Balsac s'était assuré de plusieurs complices, — d'un nommé Antoine, son laquais, d'une femme, Loyse
1. Montlosier raconte dans ses Mémoires que, sous Louis XIV, c'était encore, en Auvergne, un usage établi que d'enlever sa fiancée : « Je connais peu, à cette époque, de mariages de gentilshommes qui ne se soient faits ainsi, ajoute-t-il ; les parents et amants avaient beau être d'accord, une demoiselle un peu fière ne se croyait pas assez estimée si, à la suite de ces accords, son amant négligeait de l'enlever. » — Je ne suppose pas que Pierre de Balsac ait enlevé Anne de Graville pour se conformer à cette vieille coutume auvergnate.
Blancher, d'un certain maître Pierre, chantre (?) au service d'Anne de Graville, d'autres encore. C'est ce que nous apprend un « défaut » du 27 janvier 1507 (1508 nouv. st.), la seule pièce qui subsiste de toute la procédure criminelle engagée par l'amiral contre son gendre et sa fille 1 .
Anne, cela va sans dire, était de connivence avec Pierre de Balsac; elle paraît même ne s'en être pas tenue, dans la circonstance, au rôle passif que l'on croirait. Perron (de Langres), cet avocat au Parlement qui explora, vers 1650, les archives, alors très complètes, du monastère et du château de Marcoussis, nous dit qu'elle consentit à son enlèvement sous ombre d'un écrit malentendu ~ ;
1. Arch. nai., Parlement criminel X2 A 66, f° 157. — Voici cette pièce, dont je dois la découverte à M. Pierre de Vaissière, qui a eu l'extrême obligeance d'explorer à mon intention, aux Archives nationales, le fonds du Parlement :
« Deffault à Loys, seigneur de Graville, admirai de France, demandeur en cas d'excès, rapt, crimes, delictz et maléfices, le procureur g-énéral du Roy joint aveq luy — contre Pierre de Balsac escuyer, seigneur d'Entresgues, un nommé Anthoine son laquays, Loyse Blancher, veufve de feu Sevestre Lefevre, Anne de Graville damoiselle, défendeurs es ditz cas — adjournez a comparoir en leurs personnes sur peine de bannissement de ce royaulme, de confiscation de corps et de biens et d'estre attainctz et convaincuz des cas à eulz imposez — et encore contre ung nommé Pierre de Nevers, un aultre nommé maistre Pierre, chantre et serviteur de ladite damoyselle Anne de Graville, aussi deffendeurs es ditz cas et adjournez à comparoir en leurs personnes par ordonnance du bailly de Meleun ou son lieutenant commissaire en ceste partie — non comparans. — Appelle et rapporté par Tillet. Du jeudi XXVIIe jour de janvier mil cinq cens sept, en la grant chambre. Baillet, président. »
2. V Anastase de Marcoussis, Avertissement : « On donnera de plus le dénouement des intrigues galantes du mariage de Louise (pour Anne) de Graville, fille de Louis, l'amiral de France,
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et nous allons voir, par ailleurs, son père la traiter, dans un instant, de faussaire. Rapprochons ces deux indications. L' « écrit malentendu » dont parle Perron (de Langres) ne serait-il pas la lettre, citée plus haut, tpar laquelle l'amiral, s'adressant à sa fille, lui désignait Pierre de Balsac comme digne d'aspirer à sa main? Il n'y aurait après tout rien d'impossible à ce qu'Anne de Graville, pour légitimer, en quelque sorte, son coup de tête, et en prévenir les conséquences, eût forgé de toutes pièces la lettre en question, dont elle devait se prévaloir obstinément dans la suite, en lui attribuant le sens et la valeur d'un consentement à son mariage.
Mais pourquoi, demandera-t-on, ce scandaleux coup de tête, et que n'imposait-elle à l'impatience de son futur mari les lenteurs d'une union régulièrement contractée? A cette question, il dut y avoir autrefois plus d'une réponse l ; il n'y en a qu'une aujourd'hui : elle l'aimait. Et l'enlèvement dont elle se fît complice ne fut que l'épilogue d'un roman d'amour dont nous sommes en mesure de reconstituer au moins un épisode.
La célèbre collection formée par sir Thomas Phillipps, à Çheltenham, compte, au nombre de ses
qui, sous ombre d'un écrit malentendu, consentit à son enlèvement par le jeune baron d'Entragues »... — L'ouvrage de Perron devait avoir cinq parties. Il n'eut malheureusement pas le loisir de l'écrire, et se contenta, en 1694 (plus de quarante ans après les avoir prises), de réunir ses notes, toutes relatives à la première partie, en un petit volume in-18 de 146 pages, qui ne fut tiré qu'à vingt-sept exemplaires.
1. Peut-être était-elle grosse, et par suite très pressée de régulariser sa situation .
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manuscrits, une traduction française des Histoires chaldéennes de Bérose, qui porte, sur le verso du premier feuillet de garde, la signature d'Anne de Graville j . Le texte se termine par cet explicit : « Gy finist le livre d'amour, lequel a voulu estre ainsy nommé parce que amour ha induyt l'acteur et commandé le faire. »
« L'intention marquée dans ce passage, dit M. le comte Durrieu, à qui l'on doit une étude sur les manuscrits à peintures de Gheltenham 2, se trouve également accentuée dans une miniature à pleine page placée en tête du manuscrit3. Gette miniature figure la présentation du livre. Anne le reçoit assise sur une chaise à haut dossier, ayant ses femmes debout derrière elle ; mais ce n'est pas, comme dans les miniatures du même type, l'auteur en personne qui le lui offre ; c'est une main qui sort d'un nuage et que guide un amour. Pour que l'al-
1. « Anne de Graville. vc xvm. » — Au recto du même feuillet se lit cette note : « Mémoire que je me souvienne de ce qui m'avint le samedy, huitième novambre, lissant (sic) dedans mon lit à Annet. »
2. Paul Durrieu, Les manuscrits à peintures de la bibliothèque désir Thomas Phillipps à Cheltenham. Paris, 1889. (Extrait de la Bibliothèque de VEcoledes Cha rtes, 1889, pp. 381-432.) — Commencée en 1886, la dispersion de la magnifique bibliothèque Phillipps (aujourd'hui la propriété de M. T. Fitz Roy Fenwick, petit-fils de sir Thomas Phillipps) s'est continuée depuis lors : treize ventes partielles ont eu lieu entre 1886 et 1908 (H. Omont, Catalogue des manuscrits latins et français de la collection Phillipps acquis en 1908 par la Bibliothèque nationale. Paris, Leroux, 1909).
3. C'est la miniature inexactement et incomplètement copiée par Gaignières, ou plutôt par son dessinateur, puis, d'après lui, par Montfaucon, et dont je donne, dans le présent volume, la reproduction, pour la première fois intégrale et fidèle.
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légorie soit bien claire, auprès du petit dieu, le miniaturiste a écrit en lettres d'or le mot : Amour. Près de la bouche de la demoiselle, une banderole porte sa devise : J'en guarde un leal, anagramme de son nom... Plus à gauche est une autre banderole avec les mots : Nonplus. Enfin, au bas de la page, sont peintes les armes de Malet, de gueules à trois fermaux d'or, avec cette troisième devise : A autre non. Dans le courant du livre, il y a de nombreuses initiales peintes accompagnées de motifs ornementaux au milieu desquels se voient fréquemment répétés le chiffre A et les deux devises A autre non et Non plus. »
« L'auteur de la traduction ne s'est pas nommé, ajoute M. Durrieu, mais on peut le deviner d'après une courte note — contemporaine du texte — sur le verso du premier feuillet de garde, près de la signature d'Anne de Graville :
Tout pour le mieux.
Vostre bon cousin et ami, c'est moy. »
Ce « bon cousin et ami » n'est autre, en effet, que Pierre de Balsac. Et le cadeau qu'il fit à sa cousine nous en dit long sur elle — et sur son temps.
Il semble difficile d'admettre, comme le fait M. Durrieu *', que Pierre de Balsac soit l'auteur de la traduction de Bérose. Il ne devait pas être beau-
1. Il paraît d'ailleurs être revenu sur cette opinion. (Cf. Les heures à V usage d'Angers de la collection Martin Le Roy. Paris, 1912, préface.)
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coup plus lettré que la plupart des gentilshommes ses contemporains, lesquels savaient tout au plus leur croix de par Dieu. En tout cas, l'imagine-t-on capable — en un temps où les hellénistes étaient fort rares — de traduire un texte grec ? Il dut s'adresser à quelqu'un de ces réfugiés que la ruine de l'empire d'Orient avait contraints de chercher un asile en Italie et en France, et qui y gagnaient leur vie comme ils pouvaient. Le travail de traduction et celui qu'exigea la décoration du manuscrit durèrent assurément plusieurs mois ; d'où l'on peut conclure qu'avant d'enlever sa cousine, Balsac lui fit une cour prolongée. C'est peut-être pour l'achever de séduire et pour lever ses derniers scrupules qu'il lui offrit les Histoires de Bérose.
Ce n'est pas faire injure au lecteur, même érudit, que de ne pas le supposer très familier avec Bérose, ce prêtre du dieu Bêlos, contemporain d'Antiochus Soter, qui, mettant à contribution les archives des temples de Babylone, écrivit une histoire de la Babylonie et de la Ghaldée. Gosmogoniques et historiques, les fragments, peu nombreux, de son œuvre qui sont arrivés jusqu'à nous, se trouvent épars dans Josèphe, Eusèbe, Clément d'Alexandrie, etc.. Et, au commencement du xvie siècle, ces fragments n'avaient pas encore été réunis 1 .
Je les ai lus par acquit de conscience 2, et je
1. L'histoire en cinq livres publiée, à la fin du xvc siècle, sous le nom de Bérose, par Annius de Viterbe, n'a aucune authenticité.