Voir plus loin la transaction du 20 novembre
3. Il eût été fort intéressant de retrouver tout cela. Mais, bien que le fonds du Parlement de Paris, aux Archives nationales, comprenne 25.000 registres, les papiers relatifs aux instructions ont à peu près complètement disparu.
Pierre de Balsac avait dans le Midi (Dunes ou Clermont-Soubiran), soit dans ses terres d'Auvergne, Saint- Amand ou Paulhac1. Ils furent bientôt las de cette vie errante. Du reste, la saisie pratiquée, à la requête de l'amiral, sur les biens de son gendre, privant celui-ci de tous ses revenus, eut très vite pour effet de le réduire, ainsi que sa femme, à la gêne, presque à la misère. Il était urgent pour eux d'aviser. Soit repentir véritable, soit que son intérêt bien entendu la lui dictât, Anne fit une tentative de rapprochement. Elle joignit son père, et se jeta à ses pieds, implorant son pardon 2. Il ne semble pas que cette première démarche ait eu de résultat positif : l'amiral était encore trop ulcéré pour céder. Mais Anne la renouvela bientôt. Elle eut recours cette fois aux Célestins de Marcoussis, qu'elle connaissait depuis son enfance, et les mit dans ses intérêts. Le prieur l'assura de ses bons offices : il ne s'agissait que d'attendre une occasion favorable. Simon de la Motte nous raconte quelle fut cette occasion :
Comme un jour de vendredi saint ce pieux et dévot amiral se préparoit à l'adoration de la vraye croix qui s'expose aux
4. Les archives du château de Paulhac contiennent de nombreux actes passés à son nom. Il semble donc bien qu'il se soit intéressé à cette seigneurie, et qu'il y ait fait des séjours. Sa femme l'y accompagna, autant qu'en peut témoigner la pierre sculptée dont je donne la reproduction en tête de mon Avant- Propos. (Cf. ma Suite des seigneurs de Paulhac.)
2. « Considérant, est-il dit dans la transaction du 20 novembre 1510 (voir plus bas), que la dicte demoiselle Anne a jà par deux foiz, en soy prosternant et jectant à genoulx, supplié et requis pardon et mercy du dict seigneur de Graville. »
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yeux d'un chacun pour ce sujet tous les ans en cette journée, le Supérieur, qui avoit retiré dans le monastère le soir précédent la dite demoiselle avec son époux afin de les lui présenter le lendemain à l'église s'étant apperçu qu'il se pros-
ternoit pour satisfaire à sa dévotion, lui remontra assez vivement et avec zèle qu'il n'étoit pas juste qu'il s'approchât du bois sacré sur lequel le Fils de Dieu, pour réconcilier et réunir les hommes à son Père éternel, avoit répandu son sang précieulx et exposé sa vie, s'il n'étoit résolu de l'imiter en pardonnant volontiers à ses deux enfants qui présentement l'en supplioient avec tous les ressentimens de douleur possibles de s'être oubliés avec tant d'excès que d'avoir, par leur faute et conduite téméraire, provoqué son courroux et mérité sa disgrâce. Ce généreux seigneur et vieillard vénérable, touché sensiblement de l'amour et du respect qu'il devoit à son Sauveur, et d'autre côté ses entrailles s'étant émues de voir sa fille les cheveux épars et sans ordre, les larmes aux yeux avec son époux, tous deux dans un équipage capable de toucher et fléchir les plus insensibles et obstinez, avouer par un morne silence les paroles de ce bon religieux, leur pardonna franchement et sans difficulté ; puis, les ayant embrassés avec une affection et une tendresse de père, acheva son adoration par (sic) une piété exemplaire qui édifia généralement l'assistance ; et eux, en action de grâce, s'acquittèrent ensuite de ce devoir avec toute la joie que l'on peut s'imaginer d'une action si touchante et si louable.
C'est le vendredi saint de Tannée 1509 ou 1510 que se passa cette « scène de l'église ». (Je ne précise pas à cet égard, car, si Tordre chronologique des faits paraît établi, les dates, on le verra, restent assez douteuses.) En même temps, le roi Louis XII, toujours bien disposé pour Balsac, intervenait auprès de l'amiral, et lui conseillait l'indulgence. Le cardinal d'Amboise, avec l'autorité que lui don-
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naient sa dignité, ses fonctions, et aussi sa qualité d'oncle par alliance de Jeanne de Graville, intervint à son tour. Tant d'efforts réunis ne pouvaient manquer d'atteindre leur but : l'amiral consentit à transiger avec sa fille et son gendre. Celte transaction, dont les termes avaient été arrêtés au château de Vigny !, où se trouvait alors la cour, fut, le 20 novembre 1510, mise en forme authentique par deux notaires du Châtelet, et, le 7 décembre, homologuée par le Parlement. La voici 2 :
» Furent présens Loys, seigneur de Graville, admirai de France, conseiller, chambellan du roy nostre sire, d'une part, et damoiselle Anne de Graville sa fille, tant en son nom que pour et au nom et soy faisant fort de Pierre de Balsac, seigneur d'Entragues, par lequel elle a promis faire ratifier et de nouvel passer et accorder le contenu de ces présentes, et d'en bailler et envoyer à ses despens lettre en forme deue, expédiée et passée sous le scel royal : disans les dites parties que procès est pendant, en la cour du Parlement de Paris, entre le dit seigneur de Graville, admirai, demandeur d'excès,
1. Le château de Vigny (sur la route de Paris à Rouen, à 10 kil. au nord de Meulan) avait été acheté, en 1504, par le cardinal d'Amboise a Françoise de Rouvray, dame de Saint-Simon. Il a été restauré, en 1888, par le comte Philippe Vitali, à qui il appartient actuellement. — G. Tubeuf, Domaine de Vigny (Seine-et- Oise). Monographie du château et de Véglise. Paris, Fanchon,
2. Elle n'est pas datée, mais la date en est donnée dans le testament de l'amiral, qu'on lira plus loin. — Ce document et ceux qui suivent ont été découverts par le Mis de Laqueuille aux archives d'Eure-et-Loir, dans les papiers de la famille de Vendôme (la fille aînée de l'amiral avait, on s'en souvient, épousé Jacques de Vendôme). — Anne de Graville, ses poésies, son exhérèdation (Mémoires de la Société archéologique d'Eure-et-Loir, t. I, p. 328 et suiv. Chartres, Garnier, 1858).
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delictz et maléfices, et requérant contre les dits de Balsac et damoiselle Anne de Graville réparacion tant honorable que proufitable, et aussi contre la dicte Anne déclaracion d'exhérédation et privacion de tous ses biens et succession, d'une part, et les dits de Balsac et Anne de Graville deffendeurs, d'autre part, à cause du rapt et inceste prétenduz par le dict seigneur amyral avoir esté commis en la personne de la dite Anne par ledit de Balsac, ingratitude, offense et delictz aussi par lui prétenduz avoir esté commis par la dicte damoiselle Anne en donnant consentement aux dits rapt et inceste, en soy alliant par mariage avecques le dict de Balsac, au desceu et contre le gré du dict sieur amyral son père, comme il disoit : les dits de Balsac et sa femme disans et soutenans le contraire, et tout ce qu'ils avoient faict estoit en ensuyvant le bon plaisir, consentement et lettres missives du dict seigneur son père * et que par ce ils estoyent en voye d'absolucion. Auquel procès tant a été procédé que, entre le dict sieur amyral et la dicte damoiselle il y a eu enqueste faicte, tant principale que objective 2, et production de lettres, tellement qu'il est en droict, et contre le dict de Balsac ont esté donnés par la dicte cour plusieurs deffauts obtenuz par le dict sieur amyral 3, qui sont en estât déjuger et décider finallement. — Les dictes parties, considérant la proximité qui est entre eulz, et les grans fraiz, travaulx et despenz faiz à cause du dict procez et aussi que la dicte damoiselle Anne a jà par deux foiz, en soy prosternant et gectant à genoux, supplié et requis pardon et mercy du dict seigneur de Graville, son père, et par l'advis de plusieurs personnages et gens de conseil et mesmement icelluy seigneur de Graville pour complaire au roy nostre sire, et aussi en faveur de la requeste qui luy a esté faicte par le très révérend père en Dieu mon-
1. Il s'agit de la lettre dans laquelle Graville faisait savoir à sa fille qu'elle était demandée en mariage par Pierre de Balsac et par deux autres jeunes seigneurs.