Les chanoines de Metz
dore de Saint-Chamond, abbé de Saint-Antoine, cruel ennemi de l'Evangile, me jugeant perdu si je tombais au pouvoir d'un tel bandit. Mais Dieu, notre Père céleste..., m'arracha des mains des tyrans. A lui seul soient honneur et gloire, et que le monde délire et s'attaque tant qu'il voudra à l'Evangile renaissant du Christ.
Je t'écrirais longuement — des choses tristes et d'autres gaies — si j'en avais le loisir ; mais j'erre çà et là, poursuivi parla haine de mes ennemis, que seul mon sang pourrait apaiser, et tu m'approuveras de ne t'adresser que quelques lignes rapides. Je suis dans le château de la très généreuse dame d'Entraigues, V appui des exilés du Christ] et il y a ici aujourd'hui quelqu'un qui part pour Paris, à qui je remettrai cette lettre pour Conrad ', afin qu'il te la fasse tenir, et que tu saches que ton Toussain est encore en vie. Certes, je regagnerais l'Allemagne, si je n'espérais que l'Évangile du Christ régnera bientôt en France.
J'ai été envoyé par nos frères à la cour afin de m'y renseigner. Comme je suis toujours persécuté par mes ennemis et que nos maîtres m'ont censuré a, je désirais savoir s'il me serait permis, grâce à la protection du roi, de vivre en France en sécurité. J'ai eu de fréquents entretiens avec la très illustre duchesse d'Alençon, et elle m'a reçu avec autant de bienveillance que si j'eusse été un prince ou un homme qui lui fût cher. Elle m'a obtenu des conditions (de séjour) très acceptables. Nous avons beaucoup parlé des questions se rapportant à la propagation de l'Évangile ; cette propagation est son désir le plus ardent, et non seulement le sien, mais encore celui du roi ; et ni l'un ni Vautre ne trouvent a ce sujet d'opposition chez leur mère 3. C'est pour
1. Conrad Resch, libraire à Paris, qui servait d'intermédiaire.
2. Toussain venait probablement d'être censuré par la Sorbonne.
3. Dans une lettre latine à Zwingli, du 7 octobre 4524 (Herminjard, n° 125), Toussain s'était exprimé en ces termes, sur le compte de Louise de Savoie : « L'illustre mère du roi pense bien, et elle est plus exempte de superstitions que les autres femmes. »
y travailler que le roi va partir pour Paris, à moins que des affaires militaires ne le retardent. Je me tiens ici caché, attendant son arrivée : la duchesse m'a promis, en effet, qu'elle ferait alors pour moi ce que je voudrais. Si je peux rester ici en sécurité, tant mieux ; sinon, je reviendrai vers vous. Les voyages me sont plus faciles que quand j'étais accablé de bénéfices. On m'en offre plus que je n'en ai perdus pour la gloire du Christ. Mais on ne me persuaderait pas facilement de rester à la cour : la sincérité en est exclue ; chacun y cherche son intérêt, non pas celui du Christ. On dit que l'évêque de Meaux *, plus soucieux de plaire aux hommes qu'à Dieu, a manqué ces jours-ci de franchise. La cour a beaucoup de ces pseudo-prophètes. Mais, si Dieu est avec nous, qui sera contre nous ? Certes, la duchesse d'Alençon est si bien instruite par le Seigneur, elle est si exercée aux saintes lettres, que rien ne pourra la séparer du Christ. Mais il est des gens à la cour qui,... avec ceux qui parlent bien du Christ, en parlent bien et qui blasphèment avec les blasphémateurs. Avec leurs longues robes et leurs têtes rases, ils briguent, sous couleur de religion, auprès du roi et de la duchesse, évêchés et bénéfices. A peine les ont-ils obtenus qu'ils combattent au premier rang contre ceux que le monde appelle luthériens.... Mais qu'attendre de la cour, cet asile de prostitution ? Priez le Seigneur qu'il nous suscite des prophètes qui aient l'esprit de force, non celui de crainte.
J'ai causé avec Lefèvre 2 et avec Ruffus 3. Lefèvre n'a aucune énergie. Dieu le soutienne et l'affermisse ! Qu'on soit prudent tant qu'on voudra, qu'on attende, qu'on diffère, qu'on dissimule, on ne pourra prêcher l'Évangile sans la croix. Quand je vois tout cela, mon QEcolampade, quand je vois les dispositions du roi, celles de la duchesse, on ne peut plus favorables à la propagation de VÉvangile ; quand