Romatùa, t. XXXIV, p
2. Grands écrivains français de la Renaissance . Paris, Champion, 1914, pp. 251 et suiv. — Voir aussi G. Reynier, Le roman sentimental avant VAstrée. Paris, Colin, 1908.
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sont violemment hostiles ; Jean de Meung les traite fort mal dans la seconde partie du Roman de la Rose ; Matheolus, dans ses Lamentations, se montre implacable pour elles. Au xve siècle, l'attaque se fait encore plus violente. Eustache Deschamps leur jette à la tête les treize mille vers enragés de son Miroir de mariage ; et, à sa suite, d'innombrables plumitifs déversent sur elles les accusations et les outrages. Mais, en face de ces détracteurs, des défenseurs des femmes n'avaient pas manqué de surgir. Christine de Pisan plaida énergiquement leur cause ; Martin Le Franc écrivit son Champion des dames, en vingtquatre mille vers, où à la satire des femmes s'oppose symétriquement leur éloge 1 . Puis vinrent d'innombrables Louenge des dames, Miroir des dames, qui sont de purs panégyriques. La querelle se perpétua, avec des accalmies et des reprises, pendant toute la première moitié du xvie siècle ; et M. Lefranc a montré que le « tiers livre » du Pantagruel (1546), tout entier consacré à la question du mariage, s'y rattachait étroitement.
Mais revenons à la Belle dame sans mercy.
Elle s'était insérée parmi les innombrables écrits que se renvoyaient depuis longtemps féministes et antiféministes. Les uns comme les autres revendiquèrent Ghartier pour l'un des leurs, s'efforcèrent de le tirera eux 2. Et le prodigieux succès du poème
1. Arthur Piaget, Martin Le Franc, prévôt de Lausanne. Lausanne, Payot, 1888.
2. C'est ainsi, par exemple, que Gratien du Pont, seigneur de Drusac, qui, sous ce titre, Controverses des sexes masculin et feme-
fut, en outre, pour ainsi dire indéfini. La reine de Navarre, dans une de ses compositions dialoguées, Les quatre dames et les quatre gentilshommes, s'en est inspirée directement 1 :
. . .Dont estes-vous venue, Est-ce d'un roc très dur ou d'une nue,
demande l'un des gentilshommes à sa « dame sans pitié ». Il veut mourir, il va mourir; il la rend responsable de sa mort ; elle sera damnée, lui dit-il, jetée dans la plus vilaine chaudière
Qui soit en bas en l'infernal dommaine : C'est ce que doit avoir l'âme inhumaine, Pleine d'orgueil, cruelle, et gloire vaine...
Autant d'invectives empruntées au vocabulaire de « maistre Allain » et de son amoureux transi.
ni/», publia, en 1534, une longue compilation versifiée de tout ce qui fut jamais écrit de plus injurieux contre les femmes, classe Chartier parmi les auteurs qui leur sont hostiles (Ed. de 1536, p. 212 : Les autheurs qui blasment les femmes, et en quel lieu).
M. Piaget {Romania, t. XXXIV, p. 596) attribue, par une inadvertance assez singulière, les Controverses à Jean Bouchet. Jean Bouchet (qui a toujours défendu les femmes) déconseille {Angoysses et remèdes d'amour du traverseur en son adolescence. Poitiers, 1536, p. 114) la lecture de Chartier, qu'il considère, ainsi qu'Ovide, Tibulle, etc., comme un auteur immoral.
i. Elle était grande admiratrice de Chartier, dont elle s'inspire encore dans son poème La Coche, dont le sujet est « digne d'un Alain Charretier », dit-elle.
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Qu'Anne de Graville ait eu, elle aussi, l'idée de transposer les thèmes principaux d'un poème encore célèbre à son époque, d'en prendre, suivant son expression, « le plus fin et exquis » 2, il n'y a rien là que de naturel. Ce qui pourrait surprendre, en revanche, c'est qu'elle ait mis sa transposition en rondeaux. L'on s'expliquera le choix de ce moyen d'expression quand on saura le rôle prépondérant qu'attribuait aux genres à forme fixe, en particulier au rondeau, la poétique du temps.
Boileau a dit (Art poétique, chant I) :
Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller l'art confus de nos vieux romanciers. Marot bientôt après fit fleurir les ballades, Tourna des triolets, rima des mascarades, A des refrains réglés asservit les rondeaux.
Il n'y a pas un mot, dans ces vers qui ne soit une erreur. La versification française était fixée, toutes les règles en avaient été trouvées très antérieurement à Villon. Marot, s'il a composé un cer-
1. Henry Guy, op. cit. — E.Langlois, Recueil d'arts de seconde rhétorique. Paris, Impr. nat., 1902. — Gaston Raynaud, Rondeaux et autres poésies du XVe siècle. Paris, Firmin-Didot, 4889. — Henri Châtelain, Recherches sur le vers français au XV6 siècle. Paris, Champion, 1908.