La ballade et le virelai ont une origine analogue
l'œuvre poétique d'anne de graville
diversifia en de nombreux types 1 . Ces types allèrent se précisant, se simplifiant. Le triolet se constitua en une variété distincte. En même temps évoluait le rondeau proprement dit. Cette évolution est caractérisée par le raccourcissement progressif du refrain. Le refrain, qui comprenait d'abord la moitié du premier couplet, ou même, à la fin du troisième, le premier couplet tout entier, se réduisit peu à peu, faute de soutien musical, à un seul vers, et enfin aux premiers mots du premier vers. Il y a là un phénomène littéraire assez analogue (on excusera le prosaïsme de cette comparaison) au phénomène physiologique par suite duquel, sous l'influence d'un changement d'alimentation, Tune de nos circonvolutions intestinales se trouve aujourd'hui réduite à l'appendice.
Abrégeons. — Tel qu'il s'est définitivement constitué, le rondeau 2 comprend treize vers de huit ou de dix syllabes. Il est écrit sur deux rimes, l'une masculine et l'autre féminine, et se compose de trois strophes (la première et la troisième de cinq vers, la seconde de trois vers) et d'un refrain. Ce refrain, formé du premier ou des premiers mots du premier vers, s'ajoute, sans qu'il rime avec rien, au bout de la seconde strophe et au bout de la troisième.
« Le refrain, dit Théodore de Banville dans son Petit traité de poésie française, ne compte pas dans le nombre des vers, et en effet il n'est pas un
1. Eustache Deschamps, dans son Art de dictier, énumère quelques-uns de ces types.
2. Je parle ici du rondeau simple, qui est le type essentiel du rondeau.
vers. Il est plus et moins qu'un vers, car il joue dans l'ensemble du rondeau un rôle capital.
« Il en est à la fois le sujet, la raison d'être et le moyen d'expression. Car ce n'est que pour répéter trois fois ce mot persuasif ou cruel, ce n'est que pour lancer au même but l'une après l'autre ces trois pointes d'acier qu'on les ajuste au bout des strophes, qui sont à la fois le bois léger et les plumes aériennes du trio de flèches que représente le rondeau. »
Boileau, déjà cité, a encore dit :
Le rondeau, né gaulois, a la naïveté.
« Il n'a pas que la naïveté, remarque Banville ; il a encore la légèreté, la rapidité, la grâce, la caresse, l'ironie, et un vieux parfum 'de terroir fait pour charmer ceux qui aiment notre poésie (et en elle la patrie) à tous les âges qu'elle a traversés. » — Voilà qui est très exact, mais à la condition d'ajouter que, pour avoir tant de vertus, le rondeau ne les a pas toutes. Les motifs larges et profonds lui sont interdits, et il ne faudrait pas demander à ce flageolet, bon à siffler des chansonnettes, l'éloquence et la puissance d'un orchestre.
C'est pourtant ce que firent les rhétoriqueurs. Ils prétendirent lui faire exprimer « la gamme entière des passions et des idées » !, et lui attribuèrent, en un mot, le rôle et le rang que nous attribuons — plus justement — au sonnet, ce « précieux condensateur