Henry Guy, p
126 l'œuvre poétique d'anne de graville
de l'émotion lyrique ».Les rondeaux pullulèrent au xve et dans la première moitié du xvie siècle. On en fit de descriptifs, de satiriques, de funèbres, de dramatiques, d'amoureux, de pieux, d'obscènes, que sais-je encore '. « Il n'y a pas lieu de chercher, dit M. Henry Guy, quelles sont les bornes de ce genre : il n'en a point ; sa place est partout ; il joue un rôle universel, et croit pouvoir exprimer la diversité infinie des choses. »
Les raisons de cet engouement ne sont pas difficiles à démêler. Les rhétoriqueurs manquaient de fond et ne s'intéressaient qu'à la forme ; aussi furentils naturellement amenés à la recherche de la difficulté, des raffinements prosodiques. Ils eurent, en particulier, le goût, la passion des rimes rares, inattendues, et, par suite, une prédilection marquée pour les genres à forme fixe, tels que le rondeau, qui exigent la perpétuelle répétition des mêmes consonances2. Le rondeau, du reste, leur devait être cher à raison même de son insuffisance lyrique : la débilité de leur inspiration s'accommodait à souhait de ce moule rigide, de cette gaine étroite à enfermer la pensée.
Mais l'insuffisance du rondeau, à laquelle il avait dû sa fortune, fut aussi la cause de sa déchéance.
1. Il y a de nombreux recueils de rondeaux (sur ces recueils, voir H. Guy, p. 132), parmi lesquels celui qui a été publié, par M. G. Raynaud, d'après le ms. fr. 9223 de la Bibl. nat.,dans son livre plus haut cité.