‹ Anne de GravilleChapitre 56 sur 154 · H. Guy, pp · texte numérisé non relu

H. Guy, pp

La Pléiade qui, aux genres du xve siècle, aux « formes étroites, maigres et compliquées », substitua les formes « larges, simples, réceptives » qui « mettaient l'inspiration à Taise a,â, — la Pléiade ne pouvait manquer de le jeter par-dessus bord. « Laisse, s'écrie du Bellay en 1549, dans sa Défense et illustration de la langue françoise, laisse toutes ces vieilles poésies françaises aux jeux floraux de Thoulouze et au puy de Rouan, comme rondeaux, ballades, virelais, chants royaux, chansons, et autres telles episseries, qui corrumpent le goust de nostre langue, et ne servent si non à porter témoingnage de nostre ignorance. » Le conseil fut suivi ; Sibilet, cinq ans plus tard, en témoigne dans son Art poétique 2 : « Pour ce que, dit-il, la matière du rondeau n'est autre que du sonnet ou épigramme, les poëtes de ce temps les plus frians ont quitté les rondeaux à l'antiquité pour s'arrester aux épigrammes et sonnetz, poëmesde premier pris entre les petits. »

Le rondeau semblait mort : il n'était qu'en léthargie. Il fut galvanisé, remis à la mode, au commencement du xviie siècle, par Voiture, qui, suivant le mot de Banville, est « le grand, l'unique maître du rondeau » et « se l'est approprié pour jamais ». Il avait très bien saisi les lois du genre, qui exige avant tout de la gentillesse et du trait 3, et s'accommode admirablement de la préciosité. Benserade, l'auteur

Page 1