‹ Anne de GravilleChapitre 57 sur 154 · Livre II, ch. III · texte numérisé non relu

Livre II, ch. III

3. « C'est un genre d'écrire (le rondeau) qui est propre à la raillerie », écrivait-il, le 8 janvier 1638, à M. de Jonquière. — Œuvres. Paris, Charpentier, 1855, t. II, p. 314.

128 l'œuvre poétique d'anne de graville

du fameux sonnet de Job et de nombreux livrets composés pour les ballets de la cour, Benserade, que Mme de Sévigné égale presque à La Fontaine 1 , prit la succession de Voiture, Louis XIV lui ayant un beau jour ordonné (le croirait-on !) de mettre en rondeaux, à l'usage du dauphin, les Métamorphoses d'Ovide. Le roi se chargeait des frais d'impression, et voulait que l'ouvrage fût enrichi de figures et orné d'un frontispice de Lebrun 2. Benserade s'exécuta, sans enthousiasme, semble-t-il, et — comme

1. « On ne fait pas entrer certains esprits durs et farouches dans le charme et dans la facilité des ballets de Benserade et des fables de La Fontaine. Cette porte leur est fermée, et la mienne aussi » (Lettre à Bussy, 14 mai 1686).

Mme de Sévigné avait quelque partialité pour Benserade, dont le nom se liait inséparablement à ses plus brillants souvenirs mondains. N'avait-il pas, en 1664 et en 1665, dans le ballet des Amours déguisés et dans celui de la Naissance de Vénus, dans lesquels figurait Mlle de Sévigné, composé pour « la plus jolie fille de France » des couplets qui avaient délicieusement flatté l'amourpropre maternel ? — Mme de Sévigné, lors de la publication, n'en apprécia pas moins à leur exacte valeur les Métamorphoses d'Ovide en rondeaux : « Vous trouverez (ici), dans un autre genre, les rondeaux de Benserade, écrivait-elle à sa fille le 21 octobre 1676 ; ils sont fort mêlés; avec un crible, il en demeureroit peu : c'est une étrange chose que l'impression. »

2. Ainsi fut fait. L'ouvragé parut sous ce titre : Métamorphoses d'Ovide en rondeaux, imprimez et enrichis de figures par ordre de Sa Majesté et dédiez à Monseigneur le Dauphin. Paris, de l'Imprimerie royale, 1676. — On ne peut douter, à la lecture de ce titre, et à celle de la « préface en rondeau » par laquelle s'ouvre le volume, qu'il n'ait été écrit sur l'ordre direct du roi :

Une personne en crédit aujourd'hui Veut que j'imprime, ay-je pu l'en dédire? Cette personne est le Roy nostre Sire...

D'un ornement d'images il désire Enrichir l'œuvre...

il ressort de Y « errata en rondeau » par lequel se clôt le volume — sans se faire d'illusions sur la valeur de son œuvre :

Pour moy, parmi des fautes innombrables, Je n'en connois que deux considérables, Et dont je fais ma déclaration :

C'est l'entreprise et l'exécution.

Tout le monde, par malheur, fut de son avis.

« Le rondeau est mort sous Benserade » , a dit Sainte-Beuve1. Sous lui, mais non par sa faute ; et c'est bien injustement que Théodore de Banville rend responsable de ce trépas « le féroce x vne siècle » . Le xviie siècle, ayant trouvé le rondeau agonisant, s'efforça au contraire de le rendre à la vie. Mais, au siècle précédent, la Pléiade, ennemie de tous les vieux rythmes gaulois, lui avait porté, ainsi qu'à la ballade, au virelai, etc.. le coup fatal2; un coup dont — et c'est grand dommage — ils ne se relèveront pas.

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