Ici, un portrait d'Emylia en costume de chasse
Ses cheveulx eust sur le derrier espars Qui luy couvraient le corps en maintes pais Et ung chappeau de roses par dessus Sy bien séant que impossible est de plus Sa cotte fust d'ung drap d'argent frisé Lequel n'estoit ny couppé ny usé Juste au pougnet et richement bordée De gros rubis partout entrelardée ; Et pour monstrer de vierge honnesteté, Elle avoit l'arc ot la trousse au costé...
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en « jeux et esbatemens », et « se font aymer de la noblesse ».
L'année révolue, arrivent en bande et descendent au palais les « roys et ducs » de Grèce. La plupart sont là, Pelée, Nisus, Agamemnon, Pygmalion, Castor et Pollux, bien d'autres encore. (Parmi les manquants, Léandre, qui a traversé l'Hellespont « pour voir Ero, sa mye », Narcisse, qui « muse à la fontaine », Persée, occupé à délivrer Andromède, Bellérophon, à combattre la Chimère...)
Thésée réunit la noble assemblée. Il fixe devant elle (on dirait d'un duel moderne) les conditions du tournoi, auquel deux cents chevaliers doivent prendre part, et décide que tout cavalier désarçonné sera par là même considéré comme vaincu :
.... qui sera getté par terre, Il ne pourra plus le combat requerre.
Cependant, à la veille d'en venir aux mains, les deux rivaux cherchent à se concilier la faveur des dieux. Arcita offre un sacrifice à Mars et lui promet, s'il est vainqueur, que
Sa barbe et poil jamais ne seront faictz.
Palamon, de son côté,
... Va en plus de trente lieux Pour requérir les déesses et dieux.
Il invoque tout particulièrement le secours de Vénus. Quant à Emylia, c'est à Diane qu'elle s'adresse :
A son sainct temple alumer faict maint cierge...
Elle supplie la déesse de lui révéler qui, de Palamon ou d' Arcita, sera vainqueur, et auquel des deux elle est destinée. Mais, à cette question, Diane ne répond pas... Et voici que le grand jour se lève.
Autour de la lice, magnifiquement décorée, se dressent des échafauds, garnis de tapisseries et d'écussons. Sur ces échafauds, autour d'Ypolite et d'Emylia, sont groupés les nobles spectateurs. Thésée fait les deux adversaires chevaliers et leur ceint leurs épées ; quatre seigneurs leur chaussent leurs éperons. Sonnerie de trompettes. Le combat commence.
Longue description. Bientôt, une centaine de chevaliers jonchent le sol de leurs corps. Emylia, plus morte que vive, et ne sachant pour qui faire des vœux, maudit sa beauté, cause de tout ce carnage...
A ce moment, et comme Palamon et ceux de son camp semblent prendre le dessus, Mars descend du ciel, et, sous les traits de Thésée, vient encourager Arcita. Palamon est jeté à bas de son cheval. Il est donc vaincu, c'est la règle du tournoi. Emylia, tirée de peine, et qui sait enfin qui elle doit aimer,
A Arcita ottroye et corps et ame En le louant et prisant la deffaicte De Palamon comme par elle faicte...
Mais tout n'est pas fini. Vénus, la protectrice de Palamon, suscite une tempête affreuse et amène sur le champ du combat une Furie qui surgit brus-
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quement devant le cheval d'Arcita vainqueur. Le cheval se cabre et se renverse sur son cavalier. On accourt : Emylia couche Arcita « en son giron ». Il reprend ses sens pour entendre proclamer sa victoire et se voir ramener au palais, soutenu par Emylia, dans un char de triomphe que suivent Palamon et les autres vaincus. Emylia remet à ce dernier un « blanc anneau », en lui exprimant le regret de ne pouvoir mieux faire pour lui ; mais les dieux ont décidé, et Font donnée à Arcita, à qui elle appartient désormais « toulte entière en cœur, corps et voulloir ». De fait, son mariage avec Arcita est célébré en grande pompe : mais on remet, et pour cause, le coucher à quinzaine... Cependant, l'état d'Arcita va en empirant. Les médecins le condamnent. Se sentant perdu, il réclame de Thésée une « honneste sépulture », et le prie de
Voulloir donner à Palamon sa femme .
Thésée le réconforte de son mieux. Tu as, lui ditil, pour te guérir,
. . . Une médecine Qui plus y peult que toulte herbe et racine, C'est Emylie avec ses rians yeulx. . .
Arcita n'est pas dupe de ces encouragements. Il
s'adresse à Palamon, qui pleure à son chevet, et
le prie d'accepter Emylia de sa main :
.... Tu auras en elle exquise chose.
Aymé la bien . . .
Palamon répond par de bonnes paroles :
J'ay bon espoir que de brief gariras, Et que en la fin tu nous enterreras. . .
150 l'œuvre poétique d'anne de gra ville
Mais Arcila, tenace, insiste auprès d'Emylia en personne pour qu'elle épouse Palamon. Emylia répond qu'elle porte malheur à tous ceux qui l'aiment : elle veut mourir ou du moins rester vierge ; et le baiser qu'elle va donner à Arcita, elle ne le donnera pas à d'autres. Ce disant, elle se jette sur la couche du moribond, et
.... Autour du col lui lye Ses deux longs bras . .
Les amants demeurent pâmés...
Arcita ne sort de sa pâmoison que pour faire ses adieux à Emylia, à Thésée, à Ypolite, à Palamon. Il meurt en prononçant le nom de sa bienaimée.
Funérailles d' Arcita. Le corps est exposé, au dessus du bûcher, sur un magnifique lit de parade. Palamon
Barbe meslée et cheveux hérissés
le veille. Emylia, le moment venu, met le feu au bûcher, dont les assistants font neuf fois le tour en y jetant, les dames leurs blonds cheveux, les hommes des armes et des objets de prix. Les cendres d'Arcita sont recueillies et mises, dans un vaisseau d'or, sur un cheval qui, en les portant, pleure « à grosses chauldes larmes ». Jeux funèbres. Palamon fait ériger un temple à la mémoire de son ami.
Thésée, sur ces entrefaites, assemble la noblesse et lui annonce son intention, suivant le vœu du « pauvre mort », de célébrer le mariage d'Emylia avec Palamon. Les jeunes gens, après s'être un peu fait prier, se résignent à être heureux. Préparatifs
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des noces !, Brodeurs et tailleuj's besognent. Les dames composent leurs toilettes :
L'une ce jourveult estre toute blanche Fors ce qui est sous la cotte et la manche L'aultre se faict tannée ou toute noyre Pour son ennuy monstrer et faire croyre Quelque aultre porte argent, l'aultre velours. . .
Mais le costume d'Emylia efface en beauté tous les autres :
On luy vestit surcot 2 de satin blanc
Fort juste au bras et bien serré au flanc,
Et estoit long à troys doys près de terre ;
Sus ces patins3 eust mainte riche pierre,
Et sy estoient d'or tyré à grantz neuz
Entrepassés parmi des e e tous bleux. . .
Le surcot feust bordé fort richement
De tous cou s tés de perles d'orient
Et n'y avoit ni quartier ni cousture
Que tout ne feust de semblable bordure. . .
Dessus le chef n'eust que d'or une tringle
Qui ne tenoit à bride ni espingle,
Mais seullement mise comme ung chapeau
Plain de rubis ardans comme ung flambeau 4. . .
Ainsi parée, elle est conduite au temple, où un « evesque » l'unit à Palamon, tout pâle de joie, si bien que
. . . Maint en riant lui dist Qu'avant combattre il estoit desconfit.
Le poème s'achève par une tirade assez inatten-
1. C'est en décrivant ces préparatifs qu'Anne de Graville fait une allusion directe à l'entrevue du Camp du Drap d'Or. %, Robe de dessus.