Le P. Anselme, t. IX, p
3. Bibl. na t., ms. fr. n° 25441 : mention de la feuille de garde. — D'après Chabrol {Coutumes locales de la Haute et Basse Auvergne, t. IV, pp. 85, 412), Jeanne de Balsac aurait porté dans la maison d'Urfé les seigneuries de Balsac et de Paulhac. C'est la
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Un important personnage, ce Claude d'Urfé, qui fut bailli de Forez, l'un des ambassadeurs pour la France au concile de Trente, gouverneur des fils de Henri II, et bien d'autres choses encore. Un important personnage, et, qui mieux est, un type accompli de grand seigneur de la Renaissance, érudit et amoureux d'art j.
Il embellit et restaura son château de la Bastie, près de Montbrison. Il y rapporta de Rome des antiques et des statues en quantité, et, en revenant du concile; y fit construire, par des ouvriers recrutés à prix d'or en Allemagne et en Italie, une somptueuse chapelle 2.
Il avait la passion des beaux livres, et, dit le P. Jacob dans son Traité des plus belles bibliothèques, « dressa », à la Bastie, « une splendide et riche bibliothèque où il mit plus de 4.600 volumes, entre lesquels il y avoit deux cents manuscrits en
baronnie d'Entragues qu'elle y porta. Les Balsac, du reste, n'en continuèrent pas moins de se qualifier de seigneurs d'Entragues. Quant aux seigneuries de Balsac et de Paulhac, elles ne sortirent de la maison de Balsac qu'en 1551 . Elles furent, dix ans plus tard, achetées par Gaspard de Montmorin Saint-Hérem qui, en 1553, avait épousé Louise d'Urfé, la fille de Jeanne. Des Montmorins, ces deux seigneuries passèrent aux Brezons, et des Brezons aux Miramons. (Voir, pour plus de détails, ma Suite des Seigneurs de Paulhac, p. 25.)
1. Aug. Bernard, Les d'Urfé, souvenirs historiques et littéraires du Forez au XVIe et au XVIIe siècle. Paris, Impr. royale, 1839. — Norbert Bonafous, Etudes sur V Astre e et sur Honoré d'Urfé. Paris, 1846. — Comte G. de Soultrait et F. Thiollier, Le château de la Bastie d'Urfé et ses seigneurs, 1886. — O.-C. Reure, La vie et les œuvres d'Honoré d'Urfé. Paris, Pion, 1910.
2. Pour la description de cette chapelle, voir Aug. Bernard, p. 471.
vélin, couverts de velours verd » '. Beaucoup de ces manuscrits lui venaient de sa belle-mère qui avait recueilli autrefois, dans sa part successorale, la plupart des livres collectionnés par l'amiral. La bibliothèque d'Anne de Graville, ajoutée à celle de la Bastie, en constitua peut-être le fonds primitif le plus important 2.
Jeanne, en héritant des livres de sa mère, avait en même temps hérité de ses goûts et partageait tous ceux de son mari. On la disait aussi lettrée que lui et Ton vantait son « gentil esprit en la poésie 8 ». Elle fit, pour être gravés sur le monument funéraire des seigneurs d'Urfé, dans l'église de l'ab-
1 . Traité des plus belles bibliothèques publiques et particulières, qui ont esté et qui sont à présent dans le monde. Paris, 1655, p. 671. — Les volumes provenant de la bibliothèque de la Bastie sont, en effet, reliés en velours et en maroquin vert et décorés d'ornements en bronze doré. Au milieu, l'écu d'Urfé; aux angles, des cartouches triangulaires et les monogrammes de Claude et de Jeanne.
2. Je signale comme provenant certainement d'Anne de Graville, parmi les épaves de la collection d'Urfé recueillies dans nos bibliothèques publiques :
1° A la Bibliothèque nationale, les mss. fr. nos 20853 (Recueil de pièces sur les croisades) et nlles acq. 1880 (\oyages de Marco Polo) ;
2° A l'Arsenal, mss. nos 2691 [46 S. A. F.) : Recueil de différentes pièces et 3172 (321 B. F.): Livre de la mutation de Fortune.
La bibliothèque d'Urfé contenait en outre, comme on sait, au moins un manuscrit de Palamon etArcita. Ce manuscrit (Bibl.nat, n° 25441), qui a appartenu à Jeanne de Balsac, lui venait assurément de sa mère (Appendice, n° III). — Quant au Roman de Theseo ou d'Arcite et Palemon, etc.. signalé par M. Wahlund (p. 418, n. 1) comme ayant appartenu à Claude d'Urfé, et dont on a perdu la trace, il avait sans doute la même provenance. (Appendice, n°II,§C.)
3. Anne d'Urfé, Description dupais de Forez, 1606 (DansAug. Bernard, op. cit., p. 455).
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baye de Bonlieu, près de la Bastie, les vers suivants :
Par mort qui rend toute terre à la terre Gisent ici les bons seigneurs d'Urfé, Justes en paix, audacieux en guerre, Ayant d'honneur le voulloir eschaufé, Qui ont souvent en armes triomphé, Comme il appert en mainte et mainte histoire ; Mais ce leur est mille fois plus de gloire D'avoir, par foy vive et sans fiction, Du viel serpant invisible victoire Sous l'estandard de ceste passion1.
Jeanne de Balsac alla, bien jeune encore, rejoindre en leur dernière demeure, « les bons seigneurs d'Urfé ». Elle mourut âgée de vingt-six ans, le 9 mai 1542. Son mari lui lit élever, dans l'église de Bonlieu, un superbe mausolée. Sur des dalles de marbre gris, enchâssées dans la muraille du chœur, se lisait l'épitaphe de la défunte. Il y est question (nous en avons le texte) de ses admirables vertus, de sa beauté, de son génie, qualifié de divin2.
Jeanne laissait six enfants3. L'aîné, Jacques, épousa Renée de Savoie-Tende, d'une branche légitimée de la maison de Savoie, et qui, par sa grand'-
1. Le monument des d'Urfé était décoré de sculptures représentant les scènes de la Passion.
2. « Floruit intégra forma, ingenio praeterea usque adeo divino... Siquidem praeter raras animi dotes omnibus videbatur divina et caelestis »... — La sépulture des d'Urfé fut violée par les réformés en 1574.
3. Bibl. nat., ms. fr. 25441 : mention de la feuille de garde.
166 LA POSTÉRITÉ d'àNNE DE GRAVILLE
mère Anne de Lascaris, était de race impériale. (Les aînés de la maison d'Urfé joindront désormais à leur nom celui de Lascaris.) Jacques eut douze enfants, parmi lesquels l'auteur de YAstrée.
L'illustre maison d'Urfé semblait assurée de longues prospérités. Cependant, à partir d'Honoré (1567-1625), elle entre en pleine décadence et marche à la ruine, accablée qu'elle est de procès, <( dévorée par les dettes, réduite aux expédients, disputant aux créanciers les lambeaux de son patrimoine 1 » . Du reste, elle ne va pas tarder à s'éteindre. Vers le milieu du xvne siècle, elle comptait encore six représentants mâles. Mais l'un deux mourut sans avoir été marié et quatre entrèrent dans les ordres, parmi lesquels Louis d'Urfé, qui fut évêque de Limoges et se signale à notre attention pour, étant jeune, avoir, dans un accès de pieuse pudibonderie, mutilé dans le parc de la Bastie la plupart des statues qu'y avait autrefois placées son aïeul. Restait, pour continuer la race, Joseph-Marie de Lascaris, marquis d'Urfé, qui fut menin de Monseigneur (le fils de Louis XIV) et lieutenant des gardes du corps, et qui, à la cour, où il végéta obscurément, n'eut d'autre distinction que d'être le seul officier des gardes admis à manger, en campagne, avec le roi2. Il épousa, en 1684, Louise de Gontaut- Biron3, dont iln'eutpas d'enfants, etmourutenl724.