Saint-Simon
3. Sœur de madame de Nogaret, et, comme sa sœur, très liée avec le duc et la duchesse de Saint-Simon.
LA MARQUISE d'uRFÉ 167
Avec lui finissait sa race; mais, comme il arrivait souvent, à la race survécut le nom. L'une de ses sœurs avait épousé un La Rochefoucauld-Langeac. Joseph-Marie légua ses biens au petit-fils de cette sœur, Louis-Christophe de La Rochefoucauld, à charge par lui de relever le nom et les armes d'Urfé.
Louis-Christophe de La Rochefoucauld de Lascaris, marquis d'Urfé, mourut en 1734. Il avait épousé, dix ans auparavant, Jeanne Camus de Pontcarré, fille de Pierre-Nicolas, premier président du Parlement de Rouen.
Ce fut une femme instruite, voire même une femme d'esprit que Jeanne de Pontcarré, la dernière marquise d'Urfé *.« Mais il faut ajouter, pour lui rendre justice, qu'elle était parfaitement folle. On sait qu'au xvme siècle — le siècle des philosophes,
li Casanova, Mémoires (éd. Garnier), t. III, IV, V. — J. Cazotte, Correspondance mystique avec Laporte et Ponteau. Paris, an VI.
— L. da Ponte, Mémoires. Paris, Pagnerre, 1860. — Ed. Maynial, Casanova et son temps, Paris, Mercure de France, 191 1 . — G. Capon Casanova à Paris. Paris, Schemit, 1913. — Charles Samaran, Jacques Casanova, Vénitien. Paris, Calmann-Lévy, 1914. — David de Saint-Georges, Biographies foréziennes. Achille- François de Lascaris d'Urfé, marquis du Chastellet, 1759-1774. Dijon, 1896.
— Souvenirs de la marquise de Créquy. Paris, Garnier, s. d. (Ces souvenirs sont apocryphes, mais ont été rédigés par Cousin de Courchamps d'après des documents et des conversations qui leur donnent quelque valeur.) — Comte de Soultrait et F. Thiollier, op. cit.
168 LA POSTÉRITÉ d'aNNE DE GRAVILLE
mais aussi celui des Saint-Germains et des Cagliostros — les sciences occultes et la cabale furent en grande faveur, et combien y firent tourner de têtes les rêveries pseudo-scientifiques des alchimistes. La marquise, ex-jolie femme, qui passait pour avoir été distinguée par le Régent, donna, l'âge venu, dans l'alchimie : elle avait un laboratoire où, parmi les cornues et les alambics, elle « soufflait » sans relâche, cherchant la vraie formule de la « poudre de projection »1 ou du baume de longue vie. Et elle donnait aussi dans la cabale. « Sa grande chimère était de croire fermement à la possibilité d'entrer en colloque avec les esprits élémentaires » ; elle espérait, par leur intervention, « obtenir le privilège de se régénérer et de se métamorphoser en homme » 2.
Cazotle, qui fréquenta chez elle, et qui l'appelle « la doyenne des Médées françaises », raconte que sa maison « regorgeoit d'empiriques et de gens qui galopoient après les sciences occultes ». Certain jour de Tannée 1757, l'un de ses neveux, le comte de La Tour d'Auvergne, lui amena, pour son malheur, quai des Théatins, où elle demeurait alors, un Vénitien à qui sa récente évasion des Plombs venait de donner une certaine notoriété, un aventurier séduisant et infiniment dangereux, Jacques Casanova.
Casanova avait été devancé dans la maison par
1. Poudre à laquelle les alchimistes attribuaient la vertu de changer les métaux inférieurs en or et en argent.