Mémoires, t. III, p
rendre fructueuse pour lui. Voici le mode de procéder qu'il adopta, d'accord avec sa dupe : « Je devais, dit-il, féconder d'un garçon, par un moyen connu des seuls frères rose-croix, une vierge, fille d'adepte... Ce fils devait naître vivant, mais seulement avec une âme sensitive. Madame d'Urfé devait le recevoir dans ses bras à l'instant où il viendrait au inonde, et le garder sept jours auprès d'elle dans son propre lit. Au bout de ces sept jours, elle devait mourir en tenant sa bouche collée à celle de l'enfant, qui, par ce moyen, recevrait son âme intelligente. Après cette permutation, ce devait être à moi à soigner l'enfant... Avant tout, madame d'Urfé devait faire un testament en bonne forme pour instituer héritier universel l'enfant, dont je devais être le tuteur jusqu'à l'âge de treize ans j. »
Il faut lire dans les Mémoires de Casanova (on sait qu'ils sont en général assez véridiques 2) la suite et les détails désopilants de cette comédie. Pour jouer le rôle de la « vierge divine » dont le concours était nécessaire, il fit venir de Prague, où elle dansait alors, une ballerine italienne, la Corticelli, qu'il avait autrefois connue à Bologne. Afin de la mieux styler, il alla à sa rencontre jusqu'à Metz, tandis que, fébrile d'impatience, la marquise les attendait tous deux au château