‹ Anne de GravilleChapitre 84 sur 154 · I. — François de Balsac d'Entragues · texte numérisé non relu

I. — François de Balsac d'Entragues

François de Balsac naquit en 1541 *. Nommé gouverneur de Chartres en 1568, il y fut mal accueilli par la duchesse de Ferrare (Renée de France) et obtint (1570) d'être transféré à Orléans avec le titre de bailli de la ville et de lieutenantgénéral en la province 2. Il avait épousé Jacqueline de Rohan, de la branche de Guéménée, et en eut trois enfants. A peine veuf, il se remaria, en octobre 1578, avec Marie Touchet.

C'est lui-même, si l'on en croit les Nouveaux Mémoires de Bassompierre 3, qui, quelque dix ans auparavant, l'avait « produite » au roi Charles IX 4. Elle avait eu un fils, Charles, bâtard de Valois, comte d'Auvergne, plus tard duc d'Angoulême, et, après la mort du roi, était rentrée à Orléans, dans sa famille, et y avait repris, en toute placidité, sa vie simple d'autrefois. François de Balsac devint amoureux d'elle et demanda sa main : elle avait vingt-cinq ans.

1. Bibl. nat.,ms. fr. 20350: mention de la feuille de garde. (V. Appendice, n° II).

2. Cossé en était le gouverneur. A Cossé succéda Cheverny, en 1582.

3. Publiés en l'an X (Paris, Locard fils) ; nouvelle édition en l'an XI (Paris, Mme Devaux). L'authenticité de ces Mémoires n'est pas absolument certaine, mais paraît très probable.

4. « La fille, dit Bassompierre, fut produite au roi, qui la dévirgina, et elle lui... Marie Touchet depuis se maria avec le même Antragues qui l'avait produite au roi Charles. » — « Il épousa en secondes noces, dit, de son côté, Simon de La Motte, madame Marie de Belleville Touchet... avec laquelle il s' étoit joué, et qui... avoit été auparavant la bonne amie du feu roy Charles IX. »

Le mariage se fit à Langeais *. Le contrat stipulait, en faveur de la future épouse, un douaire de mille écus d'or à prendre sur la seigneurie de Malesherbes ; quant au futur époux, il devait jouir « des pensions que ladite dame avoit du Roy et de Monseigneur son frère et de tout ce que, par leurs Majestés ou autres seigneurs et dames, ses parents et amysjuy pourroient estre donnez2 ».

« Le ménage vécut à Orléans, où les fonctions de François d'Entragues le retenaient, beaucoup à Malesherbes, dans la belle terre qui subsiste encore tout entière, un peu à la cour, où le mari comme la femme avaient leurs entrées 3. » En décembre 1578, Tordre venant d'être fondé, François fut nommé chevalier du Saint-Esprit.

Dès les premiers essais, tentés, en 1576, par le duc Henri de Guise, pour former une « ligue », il s'était montré ligueur déterminé ; et quand, huit ans plus tard, la Ligue eut achevé de s'organiser, il en favorisa de son mieux toutes les entreprises. Il eut même l'audace, en 1585, de recevoir à coups de canon les troupes royales, venues, sous le commandement du duc de Montpensier et du maréchal d'Aumont, pour occuper la citadelle d'Orléans. Montpensier et d'Aumont durent s'en retourner,

1. Charles IX lui avait donné le château de Langeais. Elle tenait en outre de la reine mère la seigneurie de Belleville, près Paris.

2. Henri Stein, Le contrat de mariage de Marie Touchet. Orléans, H. Herluison, 1893.

3. Comte Baguenault de Puchesse, Marie Touchet et ses filles. (Extrait de la Revue des Etudes historiques, septembre-octobre 1912.)

ENTRAGUET j 81

dit L'Estoile, « avec leur artillerie et gendarmerie et avec leur courte honte » .

Comment et par quels motifs intéressés il se dégagea du parti des Guises ; comment, à partir de 1588, il se déclara pour le roi, auquel il vendit Orléans; quel fut son rôle dans le drame de Blois, — c'est ce que va nous apprendre l'histoire de son frère Entraguet, avec laquelle la sienne, à un moment donné, se confond, comme elle se confondra plus tard avec celle de la marquise de Verneuil.

Page 1