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L'Estoile

Grâce à la protection du duc, Entraguet ne fut pas inquiété. Chez Henri III, d'ailleurs, les impressions étaient vives, mais superficielles ; et il eut, vers ce moment-là et dans les années qui suivirent, d'absorbantes préoccupations qui lui firent oublier sa rancune. Entraguet, pendant ce temps, s'assagissait ; ses ambitions, jusque là toutes tournées à la galanterie, prenaient un autre caractère.

C'est en 1585 — après la mort du duc d'Anjou — que la Ligue se constitua définitivement ; c'est alors que, sous couleur de poursuivre l'extirpation de l'hérésie, elle commença de se manifester comme parti d'opposition. Entraguet, perdu dans l'esprit du roi et désespérant de rentrer jamais en faveur, y adhéra l'un des premiers, ainsi que son frère François, « sur l'esprit duquel il pouvoit beaucoup » 1, et, avec tous les disgraciés, tous les mécontents, sans parler des catholiques exaltés, se rangea sous la bannière du duc de Guise.

Mais peu à peu ses dispositions se modifièrent2. Son second frère, Glermont d'Entragues (le capitaine des gardes), le pressait de revenir au parti du roi. Il

1. Bibl. nat., Dossiers bleus, 54, fol. 74. — Cf. Villeroy, Mémoires : « Le sieur de Dunes... lequel avoit tout pouvoir envers son aisné. »

2. De Thou, Histoire Universelle, trad. de 1740, t. VII, p. 323 et suiv. : « Les sieurs de Balsaç avoient d'abord embrassé le parti de la Ligue ; mais, soit que les bienfaits du duc de Guise, quelque libéral qu'il fût du bien d'autrui, ne fussent pas capables de contenter leur avarice, et qu'ils espérassent mieux faire leur compte avec le roi, comme les Ligueurs le publièrent... sollicités d'ailleurs par Charles de Clermont, leur frère, un -des quatre capitaines des gardes du corps, ils avoient repris le parti du roi » etc....

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réfléchit au surplus que François disposait d'Orléans ; que le roi avait le plus évident intérêt à se rendre maître de cette grande ville, située au cœur du royaume et jusqu'alors acquise à la Ligue ; qu'il serait par conséquent facile de la lui vendre très cher. Ces réflexions d'ordre exclusivement pratique eurent bientôt achevé de le déterminer.

« Celait, dit de Thou, l'homme du monde le plus habile à manier une intrigue de cour. » Il profita de son intimité avec les ducs de Mayenne, de Nemours, d'Aumale et d'Elbeuf pour les indisposer contre le duc de Guise, dont ces princes ne supportaient qu'impatiemment la suprématie ; et, vers le même moment, "engagea, par l'intermédiaire de Villeroy, une négociation longue et compliquée à l'effet de livrer Orléans à Henri III. Il demandait pour son frère le gouvernement en chef du duché (François n'y était que le subordonné du chancelier de Gheverny l) avec, pour lui-même, la lieutenance et une compagnie de cinquante hommes d'armes. En échange, François promettrait, offrant au besoin « de faire ses Pasques et recevoir le Saint-Sacrement » , de se « départir de toutes ligues, praticques, associations, obligations et intelligences » 2 contraires aux intérêts du roi, et de tenir

1. François demandait aussi les gouvernements du pays Chartrain, du Blaisois, d'Amboise et de Loudun, qui appartenaient également à Gheverny. Mais il accepta vingt mille écus en échange de cette prétention, et aussi en manière de satisfaction pour un affront que son fils se plaignait d'avoir reçu du duc d'Epernon l'année précédente. — Cf. Dossiers bleus, 54, f° 68.

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